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01 mars 2026 — Une part importante des souvenirs n'est pas encore revenue à mon esprit. Je continue en partie à voir mon enfance sous l'aspect, partiellement réel et partiellement symbolique, de longues errances solitaires. Je marche seul, en état flottant, dans la maison familiale et le jardin. Je suis seul dans les rues ou dans des champs. Je m'y vois comme de dos, légèrement sur le côté gauche, dans un premier plan cinématographique trop rapproché. Surtout, les lieux sont vides, ils semblent bien avoir été désertés. On dit en effet m'avoir vu déambuler souvent. Dans ces moments-là, ma tête ne fonctionnait déjà plus, appesantie de brumes. J'ai l'impression d'avoir passé mon enfance expulsé de moi-même vers l'intérieur d'un corps, et que ce corps était alors plongé dans des lieux, un non-monde, une nacelle vide frappée d'une clôture immanente. Je me souviens du Simulacre et autrui est pour moi celui qui, quelles que soient par ailleurs ses qualités, vous livrera toujours et immanquablement. Je suis né dans la pure violence de l'inéluctable, l'horreur inexprimable d'un gouffre de perte et d'abandon que presque aucun adulte ne connaîtra jamais.
Ma mère organisait les viols et les tabassages et y assistait. Mes sœurs adorées m'ont toujours livré et ensuite menti. Tous les adultes, sans exception, participaient, faisaient semblant de ne pas savoir, ou se taisaient. Ils sont l'humanité et il n'y en existe aucune autre. En 2024 avec le truman show, vous l'avez tous encore prouvé, à de très rares exceptions près, peut-être, que je n'ai pas eu la chance de rencontrer. Vous êtes des animaux.
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Hier soir et ce matin, j'ai commencé à verser des éléments dans un post, un agrégat d'Abrasion and Draft concernant la mémoire et l'affectivité. Il y a plusieurs choses et si je résiste à l'envie d'établir une théorie, ce sera sans doute utile pour moi et, très éventuellement, pour d'autres. J'en suis très heureux, c'est positif. Il faudra penser à noter que l'affectivité n'est pas "un continent sombre", mais est essentiellement bonne.
Ça contraste avec l'entrée d'hier.
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Nous ne savons à peu près rien de l'affectivité. Pourtant, "la vie des gens, c'est leurs émotions". Ce jugement simple, populaire, ne peut guère être nié que par une extraordinaire mauvaise foi — une mauvaise foi généralement dogmatique, classiquement religieuse ou politique.
En privé, qu'ils soient ouvriers ou intellectuels, les individus ne parlent que de cela : leurs satisfactions ou difficultés relationnelles, leurs passions, leurs identités fastidieuses, leur besoin de reconnaissance, les mises en scène qu'ils créent pour leur orgueil généralement blessé, leurs plaisirs ou frustrations sexuelles, les contextes qu'ils organisent pour pouvoir vivre certaines émotions, leurs musiques ou films sans distanciation favoris, leurs jalousies, leurs nostalgies, leurs amours, leurs colères, leur affectivité mystique, leurs indignations, leur plaisir à nuire et à médire, le sentiment d'impuissance qui les humilie et les rêves de pouvoir qui les tenaillent, etc. La vie humaine semble être faite essentiellement de cela. Nous nous soucions de savoir si les individus sont épanouis au travail et dans leur vie de couple, pas s'ils ont actualisé en eux suffisamment de dignités du symbolique, afin de grappiller quelques échelons dans l'ascenseur social, ni s'ils ont bien lutté contre les surdéterminations politico-économiques pour, une fois le grand soir venu, se sentir enfin… épanouis ! On espère que leurs enfants vont bien et ont passé de bonnes vacances, pas qu'ils seront magistrats.
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Notes du 03 dans Abrasions : mentalement, j'ai gardé mon image d'un espace immersif en bas et d'un "plan ontologique" (sic) en haut, avec des laçages mouvants entre les deux (les points de laçage sont des inscriptions sur le plan, en haut, et des transformations continues en bas dans l'immançant) et des types de visibilités différents en chacun et de l'un vers l'autre.
Mes propres vécus ne sont pas communs. J'essaye de bien les tenir à distance pour les posts d'Abrasions. Je demande parfois à des IA si les autres vivent ça comme moi. Souvent, je me prends un coup de bambou sur la tête…
Mais cette représentation (espace/plan/nodalités mouvantes) peut intéresser d'autres personnes dans une situation similaire à la mienne. Cette représentation me fait beaucoup de bien : elle m'apaise globalement et calme un peu les douleurs dans le torse. Je m'autorise à rester dans le bain d'émotions et sensations fortes "d'énergies" tout autour de moi et à l'intérieur, sans me sentir obligé de symboliser. Je laisse le magma travailler, sans culpabiliser parce que "je ne nomme/statue pas". De temps en temps, je fais une touche de symbolisation (nommer, juger, conceptualiser, symboliser au sens des symboles graphiques courants, etc.), juste une touche, incomplète, et je laisse retomber. Ça m'aide, par exemple avant de pouvoir dormir, et ça peut peut-être intéresser d'autres personnes, des thérapeutes par exemple, qui pourraient retranscrire/transformer une partie de mon charabia dans un autre contexte.
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L'image au ralenti d'un homme, dehors.
De l'eau se déverse abondamment hors de lui ou de ses vêtements.
Cela évoque l'eau rendue par la torsion manuelle d'un linge, ou le don nourricier d'un dieu.
C'est encore un jeune homme.
Il se tient debout, et l'imprégnation de toutes les personnes qu'il a rencontrées déborde de lui. C'est un abyme qu'il n'en finira jamais de boire et de rejeter.
Débord im-monde, inenvisageable, « à fond perdu » — le fond traverse le bord.
Le corps ne parvient pas à stabiliser son contour.
Il regarde cela, saisi d'horreur silencieuse.
C'est un bel après-midi d'été ; chacun était venu trouver son repos et sa lenteur.
— En —
A slow-motion image of a man, outdoors.
Water pours from him or from his garment.
It resembles water wrung out of linen, or the nourishing gift of a god.
He is still a young man.
He stands upright, saturated with all the people he has ever met, overflowing from him. He will never be done drinking and rejecting this abyss.
Un-worldly, unimaginable, losing his ground 'full bleed' — the ground bleeds past the edge.
The body can hold no bounds.
This, he watches, in silent horror.
It is a beautiful summer afternoon; everyone had come to rest and sink into a drowsy slowness.
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Je crois que sur ce site, j'ai dit ce que j'avais à dire. Ce fut assez bref. Bien entendu, je croyais que cela ne s'arrêterait pas. Je n'aime pas tellement ma façon d'écrire et évite désormais les redites. Un arrêt sera bénéfique. Je n'ai jamais raconté ce qui est venu après l'enfance. Je préfère garder ces autres destructions pour moi. Quelque chose reviendra peut-être.
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J'ai beaucoup travaillé sur le post "mémoire et affectivité" toute la semaine. Les réflexions d'aujourd'hui m'ont énormément coûté émotionnellement. J'ai écrit une grande partie de la nuit et ce matin. Puis j'ai trébuché, suis tombé, ma jambe gauche a encaissé un mauvais coup. Me suis retrouvé à dissocier fortement pendant plusieurs heures d'affilée. Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps.
Je boite à nouveau, ai dû faire deux courses rapides en état dissocié, ce qui aura été pour les commerçants l'occasion de me trouver décidément très bizarre... Mon inconscient devait chercher une touche de pittoresque.
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Le post sur l'affectivité me donne maintenant l'impression que je suis sale. Je voudrais m'en nettoyer mais ai l'impression "ancrée" qu'il faut laisser le texte en l'état. J'ignore pourquoi je ressens ça. De toute manière, l'impression de souillure restera. Voilà ! La vérité en chair et en os, pour quiconque s'y intéresserait.
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Des images de religieux ébêtés, qui attendent et me regardent dans la rue, pour me dévorer whole cotton candy skin and blood pour les uns, comme une charge à marteler et démembrer pour les autres ; esprits vides, deux formes exprimées du néant. Émotions paranoïaques ou vraie lucidité ?
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Dans une première image, je suis enterré sous un vaste tapis de cendres. Ce tapis ondule très lentement, évoquant une eau calme. Je ne suis pas mort, je me régénère en silence. L'image est que je repose dans l'Esprit, pour d'amples germinations, invisibles, qui ont lieu à l'horizontale ; elles s'entendent plus loin sous terre comme un réseau. Cette vision associe intimement l'obscurité du noir de terre et la luminosité blanche radiante, émanante — une paix profonde, la naissance et la mort. Cette vision paraît réelle : elle appartient à un autre plan ou s'effectue concrètement dans son propre espace de vision.
La seconde image concerne les événements à la surface, sur le sol ferme. Parmi les humains, les visages de certains pivotent brusquement. Leur tête tourne et chaque fois un nouveau visage surgit latéralement, comme une mécanique. Chaque visage porte une expression : fureur, obséquiosité, effarement, orgueil, crainte ... Combien de faces pour chacune de ces têtes ? Il existe plusieurs de ces figures ou présences, clairement malintentionnées et dominatrices, mais qui semblent piégées. Elles tournent en rond dans le vide d'un orgueil furieux, presque paniquées, comme leur tête pivote sur elle-même. Parmi elles, je reconnais F. La taille de ces figures est plus grande que celle des humains, qui portent, eux, un fardeau ou parlent, mais semblent ne pas remarquer les figures. La scène a lieu en dehors d'une ville, à la campagne, sur un sol de terre où rien ne pousse.
Note : vision dans la vision — je vois la seconde image depuis le lieu de la première ; je sais qu'il faut se tenir éloigné, que la "temporalité" à la surface, parmi les humains, est faussée.
Note : les figures évoquent les Archontes. Dernièrement, j'avais rêvé que F. me (ou nous ? y avait-il une autre personne ?) conduisait en voiture à très grande vitesse, ce qui implique une grande maîtrise. J'en étais très surpris.
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« Elle est ignoble. »
Soyez lucides. Elle est l'humanité lorsqu'elle a retiré ses fards.
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Ai neutralisé le contenu d'Abrasions. Je ne le supporte plus. Ou ça me semble vain.
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Je ramasserai mes morts, terrifié, immobile — pleurant à l'intérieur de ce qui est invisible, afin que vous ne me trouviez jamais. Je vivrais au bord de cette falaise haute. Renaîtra un silence qu'il nous faudra suturer à l'intérieur de nos corps. Ekho. HeЯL. Zagreus Vaarltè Mé' Ihldïah Ô Tylia'ah D'HeЯ[L] - Do Sīndoh Ëurhl.
(Dans quelques siècles, un dieu moins mauvais peut-être nous ouvrira pour retirer les fils d'acier et de soie de nos sutures. Il déassemblera nos corps, nos êtres, nos carcasses faites de cet autre-que-corps. Il les ouvrira comme des cocons dépliés en un vaste paysage, où il plongera ses mains d'eaux de flamme pour opérer. Ce sera un nouveau heurt, un nouveau plan intercalé de nous deux selon monde — et nous pourrons recommencer à marcher, toi et moi, soudés ontologiquement.)
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Peut-être, par la distance de l'abîme qui se déverse en nous, sister D. veut-elle ne plus me faire de mal. Elle sait qu'elle ne pourra pas s'en empêcher — sait-elle qu'elle serait aussi ma cruauté ?— et qu'une proximité entrainerait des tortures réciproques — des percements bien réels, pas des métaphores, même si seulement certains seraient physiques.
Mon amour, il m'est également impossible de te cautionner pour tant d'autres choses. Au loin, dans l'espoir inhumain de ne pas détruire, je t'aime et je n'aimerai que toi : ma jumelle, mon adorée, mon unique épouse, ennemie. Si une d'entre elles au moins pouvait l'être, que cette peine indicible soit la seule pureté qui nous reste.
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Ce matin, j'ai appris le décès récent de celui qui était peut-être mon père biologique. C'est le seul qui ne m'a sans doute pas agressé.
Je suis navré pour ses filles, mais je ne peux pas prendre le risque d'un contact avec ma famille en leur présentant mes condoléances. Je pense à elles mais ne pourrai pas me manifester.
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Un rêve me revient souvent ces derniers jours, alors qu'il semble dépourvu d'intérêt : dans ce qui semble être un aéroport, la police m'informe que je suis contraint de suivre un huissier pour qu'il ouvre d'autorité ma boîte aux lettres postale. Je suis apparemment en infraction pour ne pas l'avoir relevée depuis longtemps. J'accompagne l'huissier sans émotion. Il est très aimable, avec un air un peu amusé mais apparemment sans méchanceté sous-jacente. On accède à ma boîte privée depuis de longs couloirs bétonnés vides, qui évoquent néanmoins les coulisses d'un théâtre. Je suis indifférent à cette situation précise, mais éprouve ma lassitude habituelle pour les rapports sociaux. Arrivé devant la boîte, l'huissier regarde vers la droite, où je me tiens, mais légèrement trop loin pour qu'il s'agisse seulement de moi. Quelqu'un d'autre est-il présent ? Il y a effectivement un autocollant sur ma boîte aux lettres indiquant qu'elle doit être ouverte et relevée par contrainte. Le rêve ou son souvenir s'arrête avant l'ouverture effective de la boîte. Dans la vie "réelle" (vie diurne), je relève ma boîte mais y laisse souvent les publicités et courriers électoraux.
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Ces derniers jours, j'ai recommencé à travailler pour la section Me and HeЯ[L], She and I.
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Écrire The Unwedding m'a été bénéfique et j'avais le sentiment qu'il manquait un poids ou un axe dans la section HeЯL. En ce sens ce fut utile : le processus d'écriture (douleur et qui a généré beaucoup de problèmes) m'a finalement aidé, je crois, et la section est plus équilibrée maintenant. Mais j'ai une impression d'échec. Je finis sur un ratage et n'ai plus la force de continuer. De toute manière, je passe mon temps à me répéter désormais. Je croyais que je serais à jamais intarissable. En cinq ou six textes seulement, tout est terminé, vidé, ni vivant ni mort, une peau morte, une mue ratée, et je n'écris plus que pour détruire les textes, qui sont des amas de redites.
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Si je faisais un portrait honnête de D., n'importe qui la brûlerait en tant que sorcière. Pourtant, les choses sont ainsi et non-ainsi. Ou elle ne se présente qu'avec son conjugé complexe.
(Mars en cours)
A note on translation
The line "Un-worldly, unimaginable, losing his ground 'full bleed' — the ground bleeds past the edge.//The body can hold no bounds." took the longest.
It required holding together the typographic register, the feeling of dissolution, and the refusal of mere verbal effect — while remaining utterly direct.
The central difficulty of this text lies in its fractures. In the French, words are broken open to reveal what they contain: "im-monde" exposes "monde" (world), "inenvisageable" (unimaginable) exposes "visage" (face — not in the printing sense, but the human or divine face), "débord" and "à fond perdu" (French printing terms, roughly synonymous, designating what English calls 'full bleed') expose both "overflow" and a striking meaning — "à fond perdu" literally means: "into lost ground" — the "à" suggesting a movement toward groundlessness, an action performed at the cost of losing the ground beneath.
English resists this. Its printing vocabulary pulls in a different direction — toward 'full bleed', the wound that doesn't stop. These are not the same image. The translation had to decide, at each turn, whether to find an English equivalent or to accept the divergence and work with it.
This is how what was meant to be the straightforward translation of a note on a fleeting trance came to demand many hours of work before reaching any kind of balance. If the result reads as merely simple and fairly natural, then I have succeeded. If not, there is still work to be done.