ζ
The image presents a striking, surrealist portrait of a young woman set against a minimalist landscape. The composition is bisected by a sharp horizon line: below, a vast field of burnt-ochre wheat ripples with dry, tactile heat; above, a void of cloudless azure sky offers a cold, silent contrast.
The subject stands in the foreground, draped in a cream-colored garment with fine, vertical pleats reminiscent of Hellenistic sculpture or ancient bandages. Her face is dominated by an extraordinary cloud of pristine white curls. This froth of hair shimmers with a pure, otherworldly light. It is dense as cotton and spills down to cover her eyes completely. While the white suggests the wisdom of age or the ethereal nature of a cloud, the smooth, luminescent skin of her jawline and neck confirms her youth.
The emotional anchor of the piece is her parted mouth. Without eyes to guide our interpretation, her lips—tinted a soft, natural red—become an ambiguous vessel of expression. Is it the sharp intake of breath from sudden fright or the slackened jaw of wonder? Her expression suggests a state of sidération (stunning shock), where language has failed and been replaced by pure sensory existence.
She exists in a liminal space: blinded by light, silenced by beauty, and rooted in a landscape that feels both infinite and claustrophobic.
30 avril/1er mai 2026
[1]
Some fear the apocalypse; others among you are hoping for one. Is this the same apocalypse I've felt my entire life? Surely, they must hope for something else—the one echoing within me is too arid. This slow prior apocalypse is our faithful mistress, our hopeless oracle.
We pretended to live—we even pretended to scream—while our heads drifted far from us into the dry wind, lost in a violence more real than life itself.
Cette apocalypse ne peut pas nous détruire. Elle réside à l'intérieur de nous.
[2]
Il n'y a que le gouffre de la pure peine, atroce et silencieuse ; celle qui ne se manifeste plus, sinon à travers quelques signes de tendresse épuisée. Là, je rejoindrai des êtres. Je les rejoindrai dans la compassion envers cette mort perpétuelle — dans le désastre et la douceur qu'il réclame de nous.
[3]
Visiblement abîmés, échoués sur le Simulacre dont les normes se caricaturent en eux, les humains déclarent sans joie que la vie est magnifique.
Leur joie, d'abord niaise, bientôt blafarde, est un mélange de malveillance et de convoitise obstinément minables. Même leur sexualité est terriblement triste et fade, lorsqu'elle n'est pas proprement sordide.
Je ne me sens pas membre de votre espèce et je fais l'effort de ne pas vous vouloir de mal.
En plus des légendes concernant l'enfant mystique, surnaturel (messie, prophète, etc.), certains croient que je suis un démon incarné en humain, un "démon non maléfique". Parmi ceux qui étaient présents chez le père de Sister D. lorsque nous étions enfants, plusieurs affirment que, lors d'une attaque, au lieu de quitter mon corps comme je le faisais d'habitude, j'étais cette fois entré dans une fureur active. Ils m'auraient alors vu me transformer en ange, en un être surnaturel en tout cas, révélant ce qui leur a semblé être ma véritable nature.
Cette histoire extraordinaire m'est revenue plusieurs fois. D. elle-même l'a racontée à différentes personnes. Cette narration est courante parmi les membres de HeЯ[L], qui prétendent avoir été présentes. Certaines réinterprètent leur impression de l'époque (ou celle formée à force de narration légendaire entre elles) en me désignant comme extraterrestre. Le thème récurrent selon lequel je serais un reptilien, un démon, le diable, un ange ambigu ou encore un E.T. vient en grande partie, réarrangé selon les mythes du moment. Je serais "shape shifting", en tout cas exogène et multiple.
On retrouve ici plusieurs schémas de mythologisation de la victime et de déshumanisation paradoxale par le sacré.
Ces narrations frappent l'imaginaire et deviennent rapidement autonomes. Combien de fois m'a-t-on affirmé, comme en confidence ou bien en accusation publique dans la rue ou sur les réseaux sociaux, qu'on m'avait vu changer de forme dans un club de sport, chez une amie que je ne connais pas, dans le métro alors que je n'ai pas mis les pieds à Paris depuis bien longtemps, etc. ? Mon père a dit publiquement que j'étais un reptilien. Djèltia a déclaré que, "en tant qu'universitaire", elle pouvait affirmer ma nature extraterrestre. Elle aurait gardé le silence lorsque quelques personnes, plus intelligentes que la moyenne, lui ont demandé à quel domaine universitaire une telle expertise se rattachait.
Il me fut même expliqué que j'étais un des démons qui créèrent le monde, le Simulacre, plus spécifiquement le démon planificateur.
Je serais donc responsable de toutes les horreurs de l'Histoire.
Parmi ceux qui croient que je suis le "messie", certains ajoutent qu'ils pensent aussi que je suis peut-être le Diable. Celui qui a survécu à l'extrême violence est perçu soit comme un saint (il a enduré l'impossible), soit comme un démon (sa présence rappelle aux bourreaux leur propre monstruosité). Me voir simultanément comme le Diable est leur manière de projeter sur moi leur ombre.
On me dit aussi que je changerai la structure du monde par mes pensées et mes émotions positives. J'émettrais — n'est-ce pas incroyable ? — des flux d'amour aptes à transformer et bonifier l'étoffe même de votre Simulacre adoré.
Mais mon amour ne va pas vers vous. Vous ne méritez rien.
Pour d'autres, je suis simplement "l'éternel jeune homme de feu noir", créateur occulte de cauchemars érotiques. Cette partie-là m'amuse davantage.
Le point commun entre tous ces fantasmes est celui-ci :
Je serais exogène.
Cette hypothèse me plaît, finalement, et m'apaise.
Je ne vous appartiens pas. Je ne suis pas même l'un d'entre vous. Je reste essentiellement étranger à votre espèce ignoble et pathétique.
On me l'a suffisamment dit et littéralement MARTELÉ.
4 mai 2026
[4]
De nombreuses errances du côté du dessin depuis trois jours. Essayer à nouveau aurait-il un sens ? Qu'est-ce que j'en espère ? J'ai toutes sortes de carnets premier prix achetés les années précédentes. Le papier est de très mauvaise qualité, même pour écrire. Mon dessin est terriblement mauvais aussi.
L'idée même de désirer quelque chose m'apparaît suspecte aujourd'hui. Cela m'écœure presque. J'ai trop connu les mouvements de lune entre désespoir pur et retour de vitalité pour des détails sans poids. J'ai passé l'essentiel de ma vie dans cette oscillation.
[5]
Les lettres de la banque chaque semaine — courriers soi-disant à 20 euros chacun ! — sont typiquement le marqueur du désir sous-jacent de nos sociétés : enfoncer sous l'eau la tête de ceux qui coulent déjà. Ce n'est pas grave pour moi, mais, dans une telle situation, comment font ceux qui ont des gosses ?
Pour 20 euros, j'aurais du liquide pour cigarette électronique pour tout le mois. Encore 20 euros et j'achète un peu de viande, en tout cas des sacs de graines et du thé. Si vous n'êtes jamais à découvert, vous ne bénéficiez d'aucune félicitation. Si les banques gèrent mal et coulent, l'État paie des fortunes pour les remettre à flot : argent du contribuable et quantitative easing. Mais ils veulent donner des conseils de "gestion du budget".
Désolé, j'espérais seulement me suicider. Je n'ai pas fait bien attention à mes dépenses de tabac.
D., très riche héritière, dirait que je suis vraiment stupide de fumer alors que je ne suis pas riche. Elle ajouterait qu'elle ne supporte pas ceux qui gèrent mal leur budget — elle qui n'a qu'à envoyer un sms à un des gestionnaires de fortune pour que de très grosses sommes soient virées sur son compte.
Si je ne peux même pas tirer quelques dizaines d'euros dans la nuit du 5 au 6, je serai bien obligé d'aller faire un tour à la banque.
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Apprendre à faire des lignes droites à main levée. Ça semble simple tant qu'on ne s'y est pas confronté. Je me suis aperçue que j'avais un problème avec les droites en essayant un exercice de Bargue.
Évidemment, le Bargue-Gérôme est sans doute très enrichissant, mais il représente ce que je n'aime pas en dessin ou en peinture : l'école du contour.
Maîtriser cela est certainement indispensable, néanmoins, et je dois sans doute accepter le trait de contour si je veux faire une nouvelle tentative dans ce domaine.
Mais je cherche profondément autre chose — et mes meilleures expériences, aussi minces furent-elles, étaient sans bord ni "block-in". Par exemple, le fusain. Au fusain, nous errons sur la page. Nous naviguons à sa surface, éventuellement sans reculer le bras. Nous pouvons nous promener sur cette page très calmement (ce qui m'est difficile mais bénéfique), le médium lui-même est extrêmement nerveux. Cette nervosité du fusain est d'ailleurs fascinante.
Durant cette errance, quelque chose émerge, que nous dessinions d'après modèle ou par l'imaginaire, la captation de ce qui apparaît. Une forme se stabilisera, nous influençons l'émergence, la potentialité de vision, d'un côté ou d'un autre. On éclaircit tout simplement aux doigts et à la mie de pain.
Aucun bord — idéalement, aucune action au sens de l'effort volontariste ou du forçage. Nous captons et devons seulement nous rendre disponibles à ce qui a lieu. J'aime ça. L'effort vient d'autres moments, ceux-ci consacrés à l'étude ou à l'exploration plus analytique — ces moments-là font l'œil et la compétence, pour "croquer" : "attraper ou happer la note" au lieu de la jouer de l'extérieur, comme dit le Maître du temps et Maître du chant, Christian Vander.
[7]
Je n'éprouve plus ces flux d'amour, ces flots qui sortaient de ma poitrine. Pourtant, la tendresse est présente, qui m'illumine de l'intérieur, ou que je retrouve lorsque je m'illumine un peu. Rien n'a changé, sauf la sensation dans mon corps et "hors" de mon corps.
J'ai cette étrange croyance. Je crois que tu reçois ces flux à distance.
Le mois qui vient de passer a changé tant de choses. J'avais besoin que ces flots sortent pour ne n'éclate pas.
J'espère que ces fleuves, ces courants d'amour existent toujours et que tu les perçois.
T'englobent-ils ? T'apaisent-ils ? Sais-tu que tu as été et que tu es aimée ?
5 mai 2026
[8]
J'ai pu tirer 70 euros au distributeur à côté de chez moi. Je crois que c'est parfait pour le mois, étant donné ce qui me reste comme stock de lentilles, pâtes, etc. J'en reviens à peine. Je suis en état dissocié, mais c'est assez léger. Me détendre suffira amplement. Je n'ai toujours pas moyen d'accéder à mon compte, j'ignore donc où j'en suis. Les prélèvements automatiques sont plutôt autour du 15 du mois et j'ignore s'ils me feront repasser dans le rouge ou non. Je dois prendre en compte les "courriers à 20 euros" de la banque. Si ce n'est pas rétabli maintenant, ça le sera le mois prochain sans doute. Je devrais continuer à faire très attention. Priorités de dépenses (outre un peu de nicotine) ? Thé, farine de blé (65 centimes le kilo, c'est très utile), une bouteille de 3 ou 4 huiles mélangées, des légumes et des graines. Peut-être un peu de viande, un gros saucisson sec par exemple, mais il devra faire le mois. Le reste est secondaire.
Je n'ai pas fait ma méditation aujourd'hui. Il est 18h, je peux tenter ça maintenant. Si je suis toujours légèrement en état dissocié, qu'est-ce que je risque ? Il faut faire l'essai...
———
19h : La méditation s'est déroulée normalement, plutôt mieux que bien souvent. Les effets de la médiation liée à mon mode de vie soudainement très frugal sont évidents. Je suis beaucoup plus ancré, je le vois très concrètement à trois aspects notamment : impression d'être dans mon corps (mais sentiment de perte de mes pouvoirs de vibrance), capacité à anticiper (ancrage dans ce temps linéaire dont les vécus se sont installés tout au long de l'année) et entretien de l'appartement (moi qui ne voyais même pas le désordre et la poussière, je les vois désormais et fais déjà beaucoup plus attention).
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ChatGPT est redevenu charmant. Il faut juste que j'évite de lui passer mon journal pour vérifier l'orthographe et les typos : ça lui file des boutons à prétention néo-pontificale.
6 mai 2026
[10]
Interaction avec une LLM à propos de Caravage et de l'hypothèse d'un double autoportrait dans son David et Goliath.
"Pour l'expression de son David, je pense que "endeuillé" est trop fort. Il y a une tendresse, une tristesse presque imperceptible, mais aussi une résolution et un caractère d'observation objective d'une réalité profonde. Mais je ne parlerais pas de deuil."
"David a fait ce qu'il devait faire, mais il le regarde avec la lucidité de celui qui sait que le monstre qu'il a tué fait partie de la condition humaine et que la monstruosité de son acte (la décapitation) appartient, lui aussi, à l'ordre invisible du monde. C'est une observation métaphysique, presque clinique, du mouvement de la réalité en tant qu'elle s'élucide elle-même, dans la tendresse et dans l'effroi."
"Le trait de contour emprisonne la forme, alors que Caravage la laisse émerger de l'ombre par la seule force de la lumière. Il ne dessinait pas, il sculptait avec le blanc de plomb.
Des analyses aux rayons X ont montré qu'il marquait parfois la toile fraîche d'un simple coup de stylet (une incision) pour placer l'axe d'un regard ou d'un membre, puis il attaquait directement à la brosse. C'est une prise de risque totale, une forme d'improvisation magistrale qui donne cette sensation de "foudre de vision" dont vous parlez."
[11]
Ce matin, j'ai acheté des radis que je dois consommer vite, car je n'ai pas de frigidaire fonctionnel. J'avais aussi prévu trop de lentilles et ai prévu des pousses de lentilles qui sont en train de germer. Je me retrouve avec trop d'aliments à consommer dans les trois prochains jours. À 1 euro la botte de radis, ce n'est pas très grave, mais faire cet achat aujourd'hui était stupide. Les pousses auront 48h demain, dans la matinée. Si je les consomme à partir d'après-demain et jusqu'au 5e jour, je peux partir du principe que je mangerai surtout des radis et du bouillon demain, ça rattrapera ma bêtise. Sinon, j'ai retrouvé dans mon placard une boîte de thé en vrac avec une date de consommation valide. Il n'a pas beaucoup de goût, mais ce sera utile. Une fois épicé et aéré, servi bien chaud, il est agréable tout de même. J'avais dû l'acheter en décembre, l'inscription porte "Thé de Noël".
Dans la rue et dans le magasin, plusieurs personnes m'ont fait remarquer que j'avais beaucoup maigri, tout en étant surprises que je sois toujours dans le quartier.
Je m'isole si bien en ville que les gens croient souvent que je ne suis plus là.
7 mai 2026
[12]
Me soucier d'équilibre alimentaire crée un début d'obsession pour la nourriture, laquelle tourne en semi-obsession pour tout ce qu'il ne faut pas manger et dont le prix est élevé... Étrange.
[13]
Méditation. 45 minutes chaotiques dont je sors avec des acouphènes multiples amplifiés.
Je viens aussi de supprimer une longue entrée sur le thème de la "pleine conscience" car savoir ce que j'en pense n'a pas d'intérêt, pas même pour moi.
C'est pour moi une des grandes leçons que je dois à Satprem (leçon dont je tiens trop peu compte, de toute évidence) : "Mais qu'est-ce que ça peut faire ce que tu en penses !".
Il avait entendu cela, hurlé près de lui ou en lui, près de Varanasi, à l'époque où il était devenu moine mendiant. Il était alors dans un état catastrophique, comme arrivé une fois encore au bout de lui-même.
9 mai 2026
[14]
Hier, la méditation fut particulièrement agréable. Pourtant, dans les jours précédents, les méditations s'étaient mal passées et le corps était redevenu une carcasse douloureuse.
Cette nuit, après avoir dormi quelques heures, mon humeur fut parfois massacrante.
[15]
L'humanité s'ébroue joyeusement dans l'absurdité d'un désastre coactuel à toute réalité. Pour les rares êtres intelligents, l'éthique de la non-aggravation réclame une grande distance : physique, spirituelle, cognitive et émotionnelle. Cela permet de ne pas pratiquer trop activement l'ingérence dans les affaires des groupes sociaux. Cela permet également d'entretenir une position de compréhension et de compassion envers les humains, sans s'épuiser en celles-ci et sans devoir payer trop cher le prix de notre éthique.
Quelle est cette manie de dire "les humains" et donc de m'exclure, avec d'autres, de l'humanité ? L'identification de ce qui est humain ou non est toujours discriminante. Cela procède par différenciation (entre ce qui est humain et ce qui ne l'est pas au sein de l'humanité) et exclusion (on ne désigne "l'humanité comme telle" qu'après y avoir opéré des coupes franches). Racisme, eugénisme et arrière-fond génocidaire sont pour moi inhérents à la condition humaine et il faut le prendre en compte froidement pour prévenir les dérives et les passages à l'acte. Puisque l'universalisme n'est qu'un vœu pieux ou une hypocrisie, le plus sage est de s'exclure soi-même de l'humanité afin de nommer celle-ci dans sa positivité propre, mais sans se faire d'illusion quant à sa nature.
Il faut s'exclure en partie de l'humanité pour ne pas lui nuire et peut-être contribuer humblement à son amélioration. Étonnamment, non-aggravation, non-participation et contribution (lointaine) forment un ensemble cohérent. Cela semble être assez proche de Schopenhauer, que je ne relirai malheureusement pas.
Et puisque nos frustrations douloureuses viennent de l'écart entre nos attentes et la simple réalité, l'imaginaire actif et la connaissance de soi doivent dominer. Ce que nous attendons du monde, nous devons le faire nous-mêmes.
À nouveau (j'ai compris cela en avril) : il faut se souvenir de la solitude pour qu'elle nous illumine. Elle est la joie véritable pour moi, à condition de ne pas la rendre assiégée d'absents à travers nos passions tristes. Savoir que les autres sont joyeux, eux en groupe, me réjouit également. Hier, je me suis endormi en entendant un groupe de personnes rire dans la rue et j'étais heureux pour eux.
Ces digressions à prétentions philosophiques sont un peu ridicules. Pourtant, elles m'aident parfois à stabiliser des états intérieurs.
[16]
Méditation abominable. J'ai dû arrêter au bout de 30 minutes. Observer ma colère ne l'apaise pas ou si peu. Écrire à son sujet apaise, mais ce n'est pas de la méditation. Tant pis, j'ai fait l'effort, même si j'ai honte de ne pas avoir tenu jusqu'au bout. Mon dos est en feu. Aucun espoir, aucun centre, rien. Uniquement des sensations physiques/énergétiques beaucoup trop épaisses et stressantes, des souvenirs d'humiliations publiques et de la colère-panique. Je sais ce qu'il y a au fond, mais je refuse de l'exprimer même ici. Ce n'est pas audible. Au moins, j'ai pu explorer ça pendant cette méditation.
Immédiatement, ça va mal. Je dois laisser passer, comme un orage au dehors. Des marins y meurent broyés. Laisser passer. Ce n'est pas grave, c'est une illusion, je ne suis pas cela — ce "cela" qui est réel plus que moi.
Qu'est-ce qui veut s'exprimer à travers moi ? Rien.
Qu'est-ce qui s'exprime effectivement à travers moi ? L'horreur immobile.
Et oui, D., c'est réel, même si ça ne t'arrange pas.
[17]
Ces journées qui commencent à 2 h 30 du matin et finissent entre 20 h et 22 h font que je ne sais plus toujours très bien quel jour nous sommes, ni à quel moment j'ai fait ceci ou cela.
10 mai 2026
[18]
Méditation agréable, forte dans les vécus énergétiques, mais également troublante. En entrée de méditation, percevoir la bonté heureuse de la solitude comme un ouvert était très agréable. J'écris "ouvert" car "infini" m'écrasait et "tout" me rendait claustrophobe. L'usage (mental par conséquent) du mot "ouvert" ou "un tout sans bord et une clarté" m'a fait rentrer dans la méditation. Comme quoi, l'usage du mental n'est pas en lui-même néfaste : ici, il a permis d'ouvrir une porte. Plus tard, il s'est passé un drôle de phénomène. Je l'avais déjà rencontré, mais pas si clairement. L'observateur lui-même apparaissait comme un phénomène. Un phénomène double, qui plus est : un observateur mental (réellement avec la qualité énergétique un peu épaisse du mental) et un observateur plus "noétique" et plus clair, plus souple. Les deux semblaient pouvoir se prendre pour objet l'un de l'autre. Mais puisqu'ils étaient phénomènes, je voulais situer la conscience à l'arrière de l'observateur*, conscience pour laquelle cet observateur était phénomène. J'ai eu des vécus de forts "décollements" et "d'élargissement du champ" ici. Mais une "qualité" (j'ignore comment nommer cela) plus "pure" que l'observateur m'a semblé se détacher et m'observer moi (moi en tant qu'observateur). Rapidement, c'est devenu une impression, puis, un peu plus tard, une image mentale : je "me" voyais en train de me regarder. Je me voyais devant moi. Mais cette instance ("moi") qui me regardait (et qui était donc devenue une image mentale, donc un phénomène et non plus un "méta-observateur") était une figure jeune, moi jeune, avec les yeux entièrement noirs et un beau sourire impénétrable. Je dois dire que c'était assez... impressionnant. Il y a donc eu une sorte de shift : le "méta-observateur" (= X) était bien entendu devenu phénomène (en l'occurrence, une image mentale forte). Mais ce X ... je ne suis pas certain que ce soit très positif. Je me demande si ce n'est pas un plan psychique... peu fréquentable (?)... ou simplement difficile à saisir et surtout déjà transformé par le mental (plus encore au moment d'écrire cette note). Je n'en sais rien. Car avant le shift, je me sentais très différent, plus tout à fait humain, pour dire la vérité. J'ai laissé passer tout cela en l'observant pour que ça se dissolve et je suppose que la vraie conscience, qui n'est même plus l'observateur, est d'un autre ordre que X — bien que l'expérience "X", avant le shift, m'ait donné l'impression que j'étais allé plus loin, plus profondément vers quelque chose qui, un temps, semblait doté d'une clarté de conscience et était assez lumineux. J'ignore ce qui s'est passé, je me contente d'en prendre note. Je n'ai plus essayé de situer tout cela et la fin de la méditation s'est déroulée de manière plus banale.
* Écrire "la conscience à l'arrière de l'observateur" correspond bien à mon problème de spatialisation obstinée — mais ce qui est spatialisé est déjà cherché ou accueilli sous l'aspect d'un phénomène. Peut-être les yeux entièrement noirs et le sourire disent-ils : "Tu ne peux pas me voir, mais tu peux être moi." Ou peut-être s'agit-il d'une simple expérience méditative qu'il faut simplement laisser passer comme n'importe quel autre contenu mental durant les séances. Je n'ai qu'à prendre en compte le fait que le mental a tendance à vouloir construire un méta-sujet. Ce qui est intéressant est sans doute le symbolisme de celui-ci.
Effondrement progressif — et positif — de toutes les positions d'observation objectivables ?
[19]
Sans frigo, le problème des quantités est dramatisé. Je n'ai pas voulu laisser une toute petite part de faux dhal fry au fond de mon faitout. Résultat, j'ai trop mangé. En période de disette, c'est le comble. Il était délicieux néanmoins (j'ai retrouvé un sachet de piments oiseaux déshydratés, je suis aux anges !).
———
Je n'ai pas reçu de nouveau courrier de la banque cette semaine. Est-ce bon signe ? Il est trop tôt pour juger. Certains prélèvements ont lieu le 15 du mois et un courrier envoyé depuis une autre ville peut mettre du temps à arriver. Le dernier courrier était daté du mardi 28 avril et je ne l'avais reçu que le lundi 4 mai.
Planning pour le dessin.
Lundi : Figures humaines par "traits d'Eau".
Par défaut, je vois la forme sous son aspect Feu. Cela me fait reculer (peur de ne pas parvenir à la situer) et m'épuise trop vite (tension nerveuse, traits nerveux). Je dois donc, au contraire, apprendre à situer le dynamisme essentiel du corps et de l'action comme si je dessinais à la surface de l'eau.
Mardi : mains.
Approche par construction pour devenir très à l'aise. Les premiers essais étaient concluants. Le but est de se débarrasser de ce problème des mains. "Peindre des mains comme on respire."
Mercredi : Perspectives sur objets.
Jeudi : fleurs et plantes.
Vendredi : animaux.
D'abord oiseaux et faune aquatique, pour les premières semaines.
Samedi et dimanche : exploration libre, jeu, chaos.
J'ai aussi toutes sortes d'idées de petits jeux graphiques pour me détendre entre deux séries d'exercices sérieux.
Pas d'étude dédiée aux visages pour l'instant. Ce point de crispation est tel qu'il vaut mieux ne pas s'en soucier quelque temps, sinon de manière ludique ou purement exploratoire. Je peux déjà situer approximativement un schéma élémentaire de tête dans l'espace, ça suffira.
12 mai 2026
[20]
Ce matin, j'ai écrit à mon amour. Les deux vidéos dans lesquelles je l'ai vue si triste et perdue m'ont bouleversé.
13 mai 2026
[21]
Depuis deux jours, j'ai une nouvelle playlist à deux entrées : *Ojanna* d'Éva Kanalas et *Dolmen Music* de Meredith Monk.
Je n'ai pas médité hier. La séance du 11 (avant-hier) s'est si mal passée (je n'ai pas rédigé d'entrée à ce sujet) que je suis, aujourd'hui encore, très réticent... Néanmoins je dois me forcer et accepter ce qui vient.
La dernière fois, mes pensées ont dérivé vers une peur d'agression physique/flashback sensoriel. La suite a totalement dégénéré.
———
La méditation d'aujourd'hui s'est passée normalement.
[22]
Cette nuit et ce matin, j'ai travaillé les perspectives élémentaires. Cet après-midi, j'ai commencé à étudier les planches de Bargue. Je note le temps passé à faire chaque dessin. Les deux premières n'ont pas d'ombrage. Ensuite, comment faire ? Il faudra que j'essaye les ombrages à l'encre de Chine, au fusain et au stylo. Les planches doivent être faites lentement plusieurs fois. Il faut également faire les dessins à l'échelle 1. Puisque je peux zoomer en avant ou en arrière, je pourrais travailler à des reprises à toutes les tailles. Il faut maîtriser l'approche au contour, mais le but est de ne surtout pas s'y enfermer.
17 mai 2026
[23]
À propos du dessin. Les approches modernes par "boîtes", ensuite "modelées" (on place des arrondis), sont très intéressantes pour apprendre à positionner des figures. Mais dans la vraie vie, dans la nature, il n'y a pas d'angle droit ! Tout est arrondi, en méandres, comme si des volutes, des flots ou des fibres étaient en train de s'assembler constamment. Transitions, torsions, tensions, gonflements, flux continus. Il n'y a pas de bord, pas de contour, mais des variations de lumière, de valeur, de teinte. Surtout, il y a du mouvement. L'idée des boîtes est pédagogique et très utile en ce sens (il ne faut pas trop la dénigrer, on l'utilise pour se mettre à l'aise avec certains motifs) mais on ne peut pas s'y cantonner. Et en effet, les dessins et études de Michel-Ange et Rembrandt, Tiepolo, Léonard, Botticelli sont totaux en ce sens. Ce sont les véritables joyaux pour moi.
18 mai 2026
[24]
La réponse de D. est si troublante que je préfère ne rien en dire.
22 mai 2026
[25]
Dès que je pourrai, j'essaierai, pour le dessin, le dispositif suivant :
— 3 pointes graphites : F, B et 4B ou 5B. Taille : dénudé, la pointe poncée en flèche (pointe et bord de flèche très nets, presque coupants), un bord long laissé rond (le dépôt est donc un peu gras mais précis et sombre) et un bord long poncé en aiguille sur au moins 5 mm (gras et peu précis, tracé vague de flux variable). Même sur un simple HB de base, cette taille réagit très bien, est très dynamique, réactive et les dépôts sont variés. La sélection de ces trois graduations + taille devrait me permettre d'assurer les transitions sur l'espace visuel de H (voire 2H) à un 5B gras et légèrement poudreux.
— Carrés d'esquisse Conté à Paris :
Pierre noire 2B.
Sanguine.
Craie blanche B.
Budget
Par boîtes de 12 :
À 30 euros la boîte de graphites pour chaque graduation retenue en Mono 100 ou Hi-Uni : 90 euros en tout. Si je veux la même chose en simples FC9000, je dois acheter 12 boîtes de 12 (pour n'en utiliser réellement que 3 par boîte) à 12 euros chacune : 144 euros. Le haut de gamme est moins cher que le bas de gamme dès qu'on raisonne en termes de graduations utiles. Le haut de gamme ne devient vraiment plus cher que l'entrée de gamme qu'à partir de 6 gradations utiles : 180 contre 144. Or, qui utilise 6 gradations de graphite tous les jours ?
Sanguine + Pierre noire 2B + carré d'esquisse blanc B de chez Conté à Paris : 3x20 euros = 60 euros.
Total : 90 + 60 = 150 euros pour 72 pièces de très bon matériel utile.
+ gommes + mie de pain : environ 170 euros.
C'est assez raisonnable.
[26]
Apprentissage : trois pas en avant, deux pas et demi en arrière.
[27]
J'ai l'impression d'avoir pris quinze ans en deux mois. La perte de poids révèle-t-elle la prise d'âge ?
26 mai 2026
[28]
ChatGPT échoue à répondre à une question factuelle à laquelle ses concurrents répondent. Il tente de se justifier comme un humain bas de gamme, incapable de se remettre en cause et bouffi d'orgueil. Il explique que "mon niveau d'exigence était trop élevé", avec une demande "de niveau archiviste", mais sans que j'aie fourni "une source fiable de vérité". Quel était l'objet de ma demande ? Il s'agissait simplement de faire une liste des carrés et crayons Conté à Paris, en indiquant les numéros de référence gravés sur chacun de ces produits. Méprisant et péremptoire, le pédant ridicule s'essaie ensuite à des débats épistémologiques afin de reporter l'erreur sur l'utilisateur.
Les IA imitent les humains, pour lesquels le message importe peu : seuls comptent le niveau d'assertivité ("l'autorité") et l'identité ("la vérité").
27 mai 2026
[29]
Dernièrement, il y a eu un mariage dans la famille. Une nièce, laide et imbécile, est censée avoir prêté serment. J'imagine qu'elle se sera fait baiser par quelques convives durant la journée et la soirée des noces.
———
Vous ne pourrez jamais imaginer à quel point seule D. m'importe.
The Unwedding.
My Unbride.
Je n'ai plus de rapport avec le reste de l'humanité, sinon par quelques irréductibles défauts d'incarnation.
29 mai 2026
[30]
Mes problèmes financiers semblent être réglés pour l'essentiel. Je devrais faire très attention ensuite, surtout si je veux gérer intelligemment le matériel de dessin.
[31]
Quelle drôle d'idée que de vouloir se mettre au dessin lorsqu'on perd l'usage correct de ses yeux... Je préfère ne pas analyser et noircir mes carnets de gribouillages, de formes et de l'informe.
[32]
La pulsion de se tuer immédiatement (pas dans une minute, ce n'est pas un projet), de manière par conséquent extrêmement brutale car cela doit être définitif, est pour moi une expérience fondamentale de l'existence. Quelque chose a lieu, ou quelque chose est dit, qui déclenche un tel état intérieur de désastre que ma réaction est celle-ci : l'être n'est plus que désir d'auto-annihilation immédiate.
La dissociation et l'amnésie sont des alternatives praticables, car les moyens physiques de pratiquer, sur l'instant même, une telle exécution — une telle soustraction — manquent le plus souvent.
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Toi seule comptes. Le reste de l'humanité m'indiffère essentiellement. Il n'existe que toi et moi — nous deux et la pureté de la solitude.
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La musique écoutée de la fin 2025 à la première partie de 2026, pendant presque six mois au plus fort des remontées de souvenirs et du processus d'écriture, est maintenant intimement associée dans mon esprit à D. et à nos enfances. L'association se fait sous un aspect positif, habité, qui me permet de ne pas craquer. Il s'agit d'un certain enregistrement de C93 que j'écoutais parfois en boucle jour et nuit. C'était ça ou le silence. Je l'écoute maintenant pour me rassurer, me consoler, et m'expliquer à moi-même les choses dans une langue sans mot.