θ
A pale, nearly naked figure lies on their back among delicate wildflowers, illuminated by a soft, warm light against a deep black background. Their body stretches diagonally across the scene, relaxed and motionless, as though asleep, unconscious, or dead. The figure's face is completely wrapped in white cloth, leaving only the outline of the nose visible. Their head tilts backward, exposing a long, elegant neck.
The body is intentionally androgynous. It could belong to a young woman, a young man, or someone whose gender remains deliberately ambiguous. Small wounds marked by thin trails of blood appear on the chest and lower abdomen, but they are subtle rather than graphic.
Beside the reclining figure kneels a second person, also entirely wrapped in white fabric. No face, eyes, or mouth can be seen. This shrouded figure bends closely over the other's torso, creating an intimate but enigmatic encounter. Their gesture is impossible to interpret with certainty. They may be tending to a wounded body, mourning the dead, performing a sacred ritual, embracing a lover, or enacting something more unsettling, such as a sacrifice or a transformation.
The painting offers no clues that resolve this ambiguity. There are no visible tools, no identifiable setting beyond the flowers, and no facial expressions to guide the viewer. Instead, it suspends the moment between care and violence, tenderness and predation, life and death.
The overall atmosphere is hushed, dreamlike, and deeply symbolic. Rather than telling a story, the image invites contemplation of mystery, vulnerability, transformation, and the fragile boundary between beauty and mortality.
Journal de juillet 2026
Trigger / Content Warning
02/07
[1]
Abîme de brisures. À quel point D., H. et moi-même sommes détruits par cette existence me paraît insondable. Nos regards ont changé, ils sont déformés maintenant. En 2025, H. était méconnaissable. Ses yeux exprimaient un abattement et un désespoir profonds. La profondeur, dans de tels cas, est semblable à l'immobilité, la fixité acquise d'un désespoir longtemps sédimenté et qui n'acceptera plus rien d'autre que sa propre lucidité occulte. Exposition sclérale, Yin Sanpaku, son regard rond et vitreux ne craignait plus de laisser apercevoir sa propre terre désolée. C'est une forme d'impudeur à laquelle nous nous livrons parfois.
Quant au regard de D., perdu, comme aveugle, qui cherche dans le monde une aide, une prise ou une lumière et réalise qu'elles ne s'y sont jamais trouvées — ce regard m'a bouleversé et me hante.
Ma propre expression m'échappe dans le miroir désormais et j'ai de plus en plus l'impression de voir le visage d'un voisin ou d'un livreur. Je suis Dionysos en colère, ou simplement un homme effondré au sol.
Nous absorbons l'amer lait noir des aurores assassinées. « Wir trinken und trinken ». Aucune nouvelle échéance ne nous sauvera plus désormais.
03/07
[2]
Les états dissociés légers des derniers jours amalgament des états de rêve lucide, d'avortement de soi, d'extase vague mais délicieuse, et de chute d'une chrysalide à l'intérieur de sa propre intensité. Chute immobile, vacillement d'une flamme transparente. N'est-ce pas tout simplement la fatigue ?
[3]
« VOUS SAVEZ ! »
C'est possible. Peut-être savais-je à propos de quoi je devais savoir quelque chose, lorsque j'étais encore très jeune enfant, entre deux traumatismes crâniens.
[4]
Mon cœur préfère soudain une présentation bardée, armée de nombres et de codes, protecteurs de mes seuils.
[5]
Ma gorge s'est tellement détériorée ces deux dernières années que je ne reconnais plus cette voix.
Il ne reste plus qu'un son de sable frotté contre de la roche, dans un souffle trop présent et qui m'apparaît noir-rose.
Pourtant, il y a quelques années, une spécialiste de la répercussion des traumatismes sur la voix avait fondu en larmes en m'entendant parler.
À l'époque, je pensais avoir une voix douce, que je haïssais d'ailleurs. Aujourd'hui, j'entends moi-même que cette gorge est meurtrie jusqu'à en être comme profondément brûlée.
04/07
[6]
Trois ans et demi de solitude complète, hormis les inconnus qui m'ont interpellé ou agressé dans la rue en 2024 et des femmes faciles, c'est-à-dire honnêtes.
L'envie de rencontrer des humains commence à renaître en moi. Je m'y écorcherai encore, mais peut-être avec moins de trouble si je sais anticiper.
07/07
[7]
Mes problèmes financiers immédiats sont réglés. Mes difficultés à savoir ce qui est réel ou non dans mon histoire récente ne le sont pas.
[8]
Pour moi, l'existence ressemble à un film de Pasolini, ou d'Amos Kollek, Polanski, Ferrara, Cassavetes, etc. Elle est calligraphiée dans une vidéo de Marilyn Manson ou de Billie Eilish, assurément. J'aimerais tant qu'elle ressemble à un film de Kieslowski, Kurosawa ou Wenders. Quels films les gens trouvent-ils réalistes en général, pour un réalisme intérieur, intime, et pas seulement social ? Osent-ils seulement se poser la question ?
[9]
Nous pensons souvent qu'en allant « au fond (de nous-mêmes) », nous trouverons la paix et la joie. Sommes-nous certains de ne pas plutôt y trouver l'horreur, le vide ou le vertige ?
Il ne s'agit pas de nos peurs et de leur intégration, mais de la possible prise de conscience que l'être est le rien, l'annihilation ou réellement une déchirure, et que la conscience, face à la matière, est une simple trouée vague, toujours reconduite.
Pourquoi attendons-nous de l'être qu'il soit accueillant ?
Ou bien, au contraire, notre joie est-elle le fond ou son représentant pour nous ?
Le fond pour nous est-il la possibilité de l'extase ici même ? Est-ce la relation à une potentialité, elle-même actualisée partiellement sous mille formes ?
08/07
[10]
« La Terre est maintenue prisonnière à l'intérieur du système solaire.»
J'aime certains gnosticismes.
Je m'y sens chez moi, comme « en moi »,
Prisonnier.
[11]
Crispation physiologique, tensions internes immédiates : mon subconscient rejette l'énoncé. Détente immédiate, d'un ordre qui semble être micro-musculaire ou vasculaire : l'énoncé tient dans mon cadre de référence. Cela n'invalide ni ne valide l'idée en question. Cela me révèle simplement quelles sont les croyances de mon subconscient à ce sujet.
J'explore donc mes conditionnements en épaisseur impressionnelle. Je prends mon pouls occulte.
Par exemple, malgré les résistances et les révoltes de ma tête détruite, je crois de toute évidence que nous nous réincarnons et que les explorations des chamans, non seulement sont réelles, mais sont aptes à nous instruire.
[12]
Mon souvenir d'enfance : je dévisage mes seuils et mes vertiges, seul.
09/07
[13]
Puisque cet organisme a toujours refusé de mourir, il ne restait souvent que l'angoisse pure, sans mémoire et sans dehors ; sans issue autre que de nouveaux plis de mensonges : des morceaux de papier froissés conférant quelques reliefs à l'appétit de votre vide. Maintenant, quelque chose doit changer pour moi, activement, sans que je me salisse à votre contact.
11/07
[14]
Il est plus facile de personnifier, plus facile d'écouter danser la Déesse que d'imaginer une perception neutre et objective.
18/07
[15]
Le Truman Show de 2024 a-t-il existé ? Était-ce un délire psychotique ?
Ai-je une famille, ai-je des sœurs ?
Cela a-t-il de l'importance à l'intérieur du Rêve de Sophia ?
[16]
Personne ne répond.
Je souffle sur des feuilles dans le désert. J'aime cette lumière, cette chaleur, et j'habite l'écrasante douleur d'aimer. Les ossuaires de ma poitrine craquent.
Rien. Rien ne me répond.
Ai-je finalement réussi mon suicide ? Suis-je déjà absent, pas libre encore mais caché dans un pli du monde-sans-le-monde ?
Pourtant, je continue d'aimer immédiatement, je ne sais qui, je ne sais quoi.
Pas de sujet. Pas d'objet.
Immédiatement.
———
Ces derniers mois, j'ai envoyé peut-être trente emails. Aucune réponse hormis de la part de D. Si le patron du bar-tabac et les caissières du supermarché ne me parlaient pas, je ne serais même pas certain d'être encore en vie.
20/07
[17]
Toujours ces souvenirs de solitude. Ces souvenirs sont symboliques, composites, mais très insistants aujourd'hui encore. Ils semblent être les barreaux appointés de la relation à mon enfance : des champs aux aurores, des parties de bâtiments abandonnés que je crois être de vastes sous-sols, des jardins en pleine nuit, le ciel noir faiblement étoilé au-dessus de haies hautes, denses, je ne sais où, ainsi que la maison familiale où je déambulais.
Ces barreaudages et fleurons m'obnubilent. Ils possèdent l'immensité ambiguë et la vivacité flottante des visions dissociatives dominantes.
Plus jeune, j'appelais cela « des visions en rétine flottante », expression que personne ne semblait comprendre.
La rétine, ici, n'était pas celle de l'œil. Elle était bien plutôt l'espace ouvert devant moi, ou peut-être un état perceptif vécu comme une transe en suspens au-dessus de mon propre précipice.
J'ai déjà parlé des souvenirs d'errances solitaires, notamment le 01 mars 2026, en ouverture de l'entrée δ.
21/07
[18]
Ne pas chercher à faire savoir, ne pas « être victime ». Ne pas affecter les autres par mes descriptions. Situer une rupture : anthropologique au moins, ontologique sans doute.
Ceux qui ne sont pas suivis (contrairement aux psychiatres et aux enquêteurs spécialisés) ne doivent rien entendre. Car s'ils ne sont pas des voyeurs malsains, ils risquent d'être affectés lourdement et de culpabiliser ensuite. Bien sûr, certains pédophiles (pas tous) adorent les détails et en demandent avec insistance.
Certains traumatisés crachent des descriptions crues au visage des autres et se vengent ainsi sur n'importe qui. Puisque leurs émotions sont incommunicables, ils les rendent contagieuses — et ne se demandent même pas si leurs auditeurs, eux aussi, ont souffert. Ils semblent partir du principe que leur souffrance est exceptionnelle et que les autres habitent un monde serein.
Parmi les autres traumatisés, certains au contraire ne parlent jamais ; ou bien ils balbutient à même l'ineffable, peut-être dans l'espoir qu'une oreille acceptera de les entendre au seuil des mots. Ceux-là, je les éprouve en moi-même, dans la faille.
Fusains vivants, nous sommes responsables d'un ordre du discours qui ne pactise pas, ne trahit pas et en a trop connu pour ne pas protéger discrètement. Les personnes normales ne comprennent pas nos critères, car nous vivons à l'envers du décor.
24/07
[19]
Est-il possible de percevoir la présence bonne, malgré notre naissance à même l'inéluctable et la térébrante violence de son gouffre ?
Il semble plus profond, outre-premier par rapport à toute donation, tout être en l'immanence de l'éclosion-sans-éclos : celle qui ne cesse pas, ne se résout pas mais perçoit, sait et agit identiquement, et qui n'existe que par l'épanouissement continu de ce qui a lieu et se révèle.
Malheureusement, en perception fine, le gouffre m'apparaît comme plus essentiel. S'agit-il, chez moi, d'une assimilation trop forte du réel archontique (celui qu'on peut rapporter au dieu abrahamique) ? L'ai-je trop MANGÉ ? Le fond des choses semble être que je tombe dans un précipice à l'intérieur de moi. Le fond, ici, est l'origine effondrée.
Y a-t-il néanmoins une présence bonne et juste plus réelle encore, toujours antérieure, et qu'il me faut percevoir ? La Danse et le Rêve de Sophia, par exemple, sans les confondre avec une joie de surface ou un espoir ?
S'agit-il de percevoir ou bien d'agir sur un certain mode, même lorsque la perception fait défaut ou lorsqu'elle est si subtile que je la maintiens difficilement ?
[20]
J'ai réussi à dormir un peu entre 4h et 6h du matin. Je me suis endormi avec des chocs électriques à la tête suivis d'un état de demi-sommeil épais turbulent, comme un marécage avec des trous de vide, ce qui n'était pas arrivé depuis quelque temps. Je me suis réveillé très en colère sans savoir pourquoi. La colère trouve des thèmes de rattachement, des sortes de motifs secondaires, mais il paraît évident qu'elle leur préexiste.
Je n'ai pas entendu de voix derrière mon oreille gauche ni dans ma poitrine depuis assez longtemps maintenant, j'ignore combien de temps au juste. Quelques mois sans doute.
[21]
Une bonne hydratation améliore très nettement mes états mentaux et mon humeur. C'est presque immédiat. Je l'ai remarqué il y a plusieurs années déjà. Le phénomène est si marqué qu'il m'intrigue.
[22]
Je m'alimente de moins en moins, alors que je peux à nouveau acheter des aliments en plus grande quantité. En me voyant de profil dans une vitrine l'autre jour, j'ai été surpris d'avoir presque retrouvé ma taille de jeune homme. J'ai aussi eu l'impression d'avoir vieilli de vingt ans en deux ans.
Il faut aussi que je me force à refaire des dessins. Je n'y ai plus touché depuis deux ou trois semaines. Je ferais mieux d'entretenir les croquis. Sans y passer autant de temps qu'au mois de juin, il faut néanmoins que je me force à faire un ou deux croquis vivants par semaine, en respectant une phase d'échauffement de quelques dizaines de minutes à chaque fois. Dessiner n'est pas un plaisir, mais j'ai l'impression qu'il me faut conserver une pratique minimale.
Quant à la méditation, je n'en ai aucune, absolument aucune envie pour l'instant. Mais je devrais peut-être me forcer à faire une nouvelle tentative avec des séances courtes de dix ou vingt minutes pour recommencer.
Le strabisme et les acouphènes semblent s'être dégradés, ainsi que ma tête flottante, « dans le vague ».
Je ne parviens plus à lire réellement, mais je peux écrire facilement, en visant avec mon œil gauche à travers le dédoublement.
[23]
Les quelques contacts tentés depuis un an et demi n'ont rien donné. J'ai l'impression de naviguer entièrement au sonar mais qu'aucun son ne me revient jamais.
Suis-je sur une autre ligne de temps que le reste de l'humanité ? À cette question, je peux proposer une réponse dans le style d'une des physiciennes de YouTube : « Well, it's possible. The only trouble is that we really don't know what it means!»
25/07
[24]
Ce matin, un peu avant 7h, j'ai contacté le collectif d'avocats de Karl Zéro, Justice pour l'Enfance, via leur formulaire en ligne. J'ai joint une archive avec mon ID et les courriers envoyés sans espoir à la justice entre novembre 2025 et janvier 2026. Je verrai bien. Mon sonar commencera-t-il à recevoir des sons en retour ? Je l'utilise depuis peu de temps et ignore sans doute comment en faire bon usage.
Pourquoi ne les avais-je pas contactés plus tôt ? J'avais tenté des prises de contact — tentatives obscures — au début du mois d'avril.
« Harl Z.» ressemble à « Karl Zéro ». Ce n'est évidemment pas intentionnel. « Harl » est un souffle rauque qui résonne en miroir avec « Herl » — HeЯ[L] — et le « Z. » abrège « Zagreus ».
Néanmoins, je n'en attends pas grand-chose. D'ailleurs, une des seules phrases écrites sur le site est « IMPORTANT : JUSTICE POUR L'ENFANCE ne peut prendre en compte que les demandes de justiciables n'étant pas déjà assistés d'un Avocat. Nous ne sommes pas là pour juger le travail des autres » (la majuscule à « Avocat » est une incongruité récurrente dans le texte original). Or, justement, le problème de nombreuses personnes est que leur avocat ne fait pas le travail. Et sans doute l'ont-ils trouvé après des mois d'attente et de réponses sèches de la part d'une MJD ou d'associations de victimes jugeant à la tête du client ou à la densité des potins, lorsque les interlocutrices ne sont pas directement des amies des agresseurs.
Que s'est-il passé en moi récemment pour que le désir de communiquer et de mener des actions renaisse ? Est-ce la réponse de D., il y a un mois ? Je ne m'attends à rien, mais je suis bien obligé de constater que ma position intérieure a changé.
Mon but n'est pas de me conformer à la société. Par conséquent, je ne demande pas un statut de victime, ce qui supposerait de reconnaître cette société comme légitime. Ma motivation est vague : je suppose que mon cas peut être utile à d'autres, sans savoir au juste comment, ni même en quoi. J'aimerais aussi que des avocats et magistrats soient obligés de prendre en compte que des cas tels que le mien sont passés sous le tapis alors que la justice dispose des principaux éléments — au moment où l'UE exploite cyniquement la prétendue lutte contre la pédocriminalité comme un simple prétexte pour faire adopter des dispositifs légaux et structurels de surveillance de masse.
Je suis passé au commissariat en début de semaine, le 19. Je m'y suis rendu pour vérifier l'existence d'une documentation (PV de constatation, dossier de signalement ?) pour ce que j'appelle le Truman Show. Je suis parti néanmoins, parce que les pressions policières avaient été trop importantes dans le passé et parce que la question de savoir si j'avais déliré ou non me faisait trop peur finalement.
Je dois ajouter que, si une documentation existe, je pourrais peut-être obtenir des dommages et intérêts qui, même s'ils sont dérisoires, m'aideraient peut-être pour l'avenir. Je veux voir cela de manière purement calculatrice et sans pathos.
Quelque chose a changé en moi, pour que j'entreprenne si facilement des démarches auxquelles je ne songeais pas (ou à peine) depuis plus d'un an. J'éprouve réellement un changement de position intérieure, que je ne parviens pas à nommer.
Ce changement m'est assez désagréable et je ne peux que constater son existence. Une part de moi-même veut désormais autre chose que la pureté de l'isolement strict et, de manière trouble, je vis cela comme une humiliation, un affaiblissement ou une perte.
Qu'est-ce que vouloir ici, lorsque ma tête est si vague ? Lorsque la réalité ne se présente ni comme une marque-entaille au trait noir, ni comme un coup de poing ou une rage ?
Je remarque aussi que mon écriture s'est modifiée. La relecture de Silence ou de l'entrée α du journal (tous deux écrits fin 2025) l'expose clairement.
Bien sûr, je pourrais accepter les choses telles qu'elles se présentent à moi, mais cette tête flottante ne me plaît pas du tout et je m'en méfie.
Ces deux ou trois dernières semaines, je suis passé par une phase dans laquelle je parlais à nouveau tout seul, imaginant croiser des policiers comme cela s'était produit (rencontres très négatives) dans les années précédentes. Toujours le problème de « 2024 » et de savoir ce qui est vrai ou non concernant mes souvenirs de cette année-là. Mon amnésie concernant la période allant de la mi-2021 à la fin 2023 n'est d'ailleurs toujours pas levée et j'ignore totalement ce que j'ai fait à cette époque.
26/07
[25]
J'écoute souvent cet enregistrement : il est de pure désolation, libéré de l'espérance. C'est un chant lucide, exténué par sa propre lucidité. Sa lenteur, sa profonde tristesse d'angoisse et son dépouillement correspondent à un état d'être que je ne connais que trop bien, mais que la culture représente peu, car cette culture ne pèse plus rien, n'autorise plus rien face à cette montée dans la glace. Plongés de tout notre être à l'intérieur de la vérité, nous n'agissons plus, n'hurlons plus. Nous percevons le paysage dévasté du réel.
J'ai besoin de cette amitié musicale. Elle m'apaise. L'espoir est pour moi un drame de plus, un carnage de trop, lorsque nous sommes perdus dans la nuit.
[26]
— Alors, comment vas-tu ?
— Je ramasse mes morts.
— Qu'est-ce que t'as dit ?
— Je ramasse mes morts à l'intérieur de moi.
Les ossuaires de ma poitrine craquent.
[27]
T. et moi avions-nous appris à tuer ? Que sont ces jardins la nuit ? Et ces maisons vides ? Je ne me souviens pas encore de cela. Certains anciens, à la campagne là où j'habitais, sont pourtant affirmatifs. Mais qu'ont-ils réellement vu ?
Certains confondent T. avec D.
T. a disparu vers l'âge de six ans. Tout le monde suppose qu'elle a été tuée. Elle était en famille avec H., qui soupçonne D., à tort. Ce sont sans aucun doute des adultes qui l'ont tuée, pas une enfant. Elle a disparu après ma séparation d'avec les M.\ce et ma clôture amnésique, suite au drame du tatouage.
Que lui ont-ils fait ? Pourquoi ?
A-t-elle parlé de moi ou a-t-elle posé trop de questions ?
Elle a sans doute vécu d'autres drames dont je n'ai pas la moindre idée.
Que t'ont-ils fait, ma Belle ?
[28]
D. avait repris le nom de T., ou plutôt un jeu vicieux autour de son nom, pour une de ses saloperies à la fois répugnantes et ridicules. D. sait vraiment être ignoble et elle s'en réjouit dans l'amertume. À ce point, c'est assez rare, même pour une femme.
D. a appris à salir et à être salie. Je crois qu'elle n'a jamais pu s'en défaire. Son père voulait qu'elle soit une sorte d'anti-messie, celui de la souillure universelle qui agitait tant son esprit de richissime pédopornographe utilisant des nourrissons (notamment D. et moi) pour son système de chantage.
Et elle est une expérience en hypermnésie fabriquée.
Elle semblait se vivre comme une joyeuse fêtarde. Tout le monde la décrit comme étant l'inverse : une nymphomane ultra-tendue, en hypervigilance, ou bien dissociée — et toujours au bord d'une crise de fureur.
Je la connaissais comme un immense vase de porcelaine fine, dangereusement craquelé sous la pression du fleuve de larmes qu'il contenait déjà.
Avec moi, cependant, elle riait comme personne, jamais, ne se laisserait aller à rire. La regarder rire est de très loin un de mes plus beaux souvenirs de cette existence.
Je voudrais rester là toujours, silencieux, immobile, à la regarder rire.
Je ne parlerais ni ne m'agiterais que pour qu'elle continue ainsi.
Je ferais semblant d'aller bien afin qu'elle soit heureuse.
Pourtant, elle continuera à détruire, de peur de s'effondrer en elle-même. Je continuerai à dévorer nos cyanures.
[29]
Avant 2025, on me demandait souvent pourquoi j'aimais tant rire. J'adorais m'amuser avec le langage et les représentations culturelles.
Je répondais qu'on rit pour ne pas se suicider. Les gens à peu près intelligents comprenaient sans s'apesantir.
Cette aptitude au rire était fondamentale pour moi. Je parlais beaucoup, dans de longs jeux verbaux, et je me souciais également d'expliquer mes pensées, jugées inhabituelles, en vain. J'expliquais, là où les humains savent seulement raconter et ne comprennent rien.
J'avais toujours eu beaucoup d'humour. J'étais aussi extrêmement empathique et tendre.
La sortie d'amnésie a balayé tout cela, comme des bâtiments soufflés au loin par une bombe nucléaire.
Il ne reste rien, hormis « moi », ce PC, muni du seul disque dur rescapé de la double TS de 2024 et donc ce site web totalement inconnu, que la Google Search Console semble ne pas vouloir indexer. Le disque est un SSD que je ne savais pas comment détruire physiquement après l'avoir formaté. En sortie de TS, j'ai pu le relancer à partir d'une clé USB que j'avais oubliée de formater, retrouvée dans mon bazar sur une étagère. Elle contenait une image ISO Linux. J'avais détruit toutes mes archives mais ne m'étais pas soucié de vider l'appartement. Pour moi, la société n'avait qu'à se débrouiller pour tout envoyer à la déchèterie, avec mon corps en déchet principal.
Je ne pensais pas survivre au-delà du début de 2026. Me voici embarrassé.
Reste-t-il tout de même quelque chose de ma capacité d'émerveillement ?
Je ne reconnais plus mon regard dans le miroir. Je trouve d'ailleurs que j'ai l'air atrocement stupide.
Me battre, me soigner, retrouver ma voix pour la faire entendre ?
Je n'ai ni envie de vivre, ni réellement envie de mourir.
Tout de même, je préférerais le seconde solution.
Je rêve de me suicider avec D., mais cela n'aura pas lieu — puisqu'il faut que tout soit détruit, asséché.
Si j'avais les moyens, j'aimerais vivre dans une maison totalement isolée, presque dans les bois, au bout d'un très long chemin privé boueux. Je crois savoir quelles régions conviendraient.
Je vois une maison mi-ancienne, mi-moderne, faite avec du béton et du bois, pas trop grande, avec au moins une très large fenêtre ronde. Les murs intérieurs sont noirs ou bordeaux très sombre. J'y suis entouré d'arbres.
27/07
[30]
Un mouvement interne dérangeant vient de me saisir. J'ai eu une pensée tendre et apaisée pour l'époque à laquelle le véritable nom de D. m'était encore inconnu. L'illusion criminelle m'est apparue douce par rapport à la réalité. La mémoire est un réseau de larges chardons métalliques — un virus tranchant — à l'intérieur de moi.
[31]
J'ai beaucoup dormi hier et aujourd'hui. J'ai sans doute accumulé trop de fatigue ces derniers temps, notamment durant la canicule. Mieux vaut l'accepter et me faire une cure de sommeil pendant quelques jours. Les décisions prises ensuite n'en seront pas aggravées.
Le besoin de dormir est sans doute également lié à un phénomène de refuge face à une réalité qui m'angoisse, ou bien au contraire à un abandon (un « lâcher-prise ») face à une réalité qui se modifie (je me réfère ici aux démarches et changements énoncés à l'entrée [24] de ce mois-ci).
J'espère que le sommeil ne va pas créer de nouvelles amnésies, ni un mélange d'amnésie et de déni. Dans le passé, le sommeil consolidait mes amnésies ponctuelles au lieu de consolider la mémoire.
[32]
S'il est vrai que nos existences sont partiellement décidées d'avance, l'univers, dans notre cas, aura foiré lamentablement la mise en œuvre.
Quelques hallucinés, avertis des légendes religieuses autour des naissances de ma grand-mère et de la mienne, pensaient qu'il me fallait souffrir afin que je devienne un des « maîtres ascensionnés ». J'ignore ce que sont ces bestioles-là, mais je reconnais ici l'imaginaire chrétien du cadavre sur la croix romaine. Adoration des clous et du sang. Comme les religieux, les tenants du New Age désirent-ils être Rome ? Après tout, l'éditeur de Bailey était situé aux Nations unies, JLL le rappelle avec justesse. La « spiritualité » apparaît toujours comme une question de domination et d'ordre « im-monde ».
« Qui mange qui » pour votre Amour ?
[33]
Il paraît que j'ai été violé une fois de plus par mon frère #2 alors que j'avais déjà 21 ans et que cela est un sujet d'amusement pour D. qui, comme Djèltia, imagine que je m'en souviens forcément, mais sans oser en parler du fait d'un sentiment de honte. Or, je ne m'en souviens toujours pas. Le bouton on/off du rideau noir dissociatif fonctionnait sans doute encore, parfois.
Par contre, la seule idée de cette agression suffit, en effet, à déclencher chez moi un sentiment de honte particulièrement difficile à supporter.
Comme d'habitude, D. se complaît dans l'ignoble — son lieu et son festin — sans que je parvienne à cesser de penser à elle. Mes sentiments envers elle sont parfaitement contradictoires et devoir constamment les rééquilibrer en moi me prend un temps fou.
Trauma bond. Elle représente l'existence qui m'a été volée et ce qui aurait pu être.
[34]
On parle de compartimentation. Dans mon cas, cela confine presque à l'idéalisation de certains de mes agresseurs, notamment mon grand-père et un des prêtres catholiques. Mais n'est-ce pas ma mère qui les idéalisait lorsque j'étais enfant, quand elle avait fini de préparer les repas pour les viols et les tabassages de groupe ?
[35]
Je n'ai pas ressenti les chocs dans la tête depuis longtemps. Je ne parle pas des chocs électriques, mais des coups qui me donnent l'impression que mon crâne éclate de l'intérieur. Par contre, j'ai l'impression vague que mon crâne est tenu dans une sorte d'étau. Dès que je prends conscience de mon corps, il me fait mal. C'est comme s'il était tuméfié et craquelé en interne. J'ai l'impression de ressentir mes os, entourés d'une masse obscure. « Ce qui se donne », c'est la fracture, l'inerte ou rien.
Très souvent, lorsque je m'allonge, j'ai l'impression — cette fois très vive — d'être recouvert de pierres — comme si j'étais enterré dans un creux peu profond sur un flanc de montagne, exposé en plein soleil, puis qu'on me recouvrait de lourdes pierres plates. Par ailleurs, je sens très fortement que de la roche cherche à pénétrer dans mon crâne, au centre, un peu au-dessus du point central situé entre les deux yeux. J'ignore à quoi cela correspond. J'éprouve ces états comme des « phénomènes énergétiques ».
Pour m'apaiser, je reviens, si j'y pense, à l'image de la chrysalide au fond de l'océan. C'est l'image de « la mère bonne », celle dont l'utérus n'est pas une cave-abattoir.
[36]
Salutation sunnite standard dans la rue : « On va te tuer !» Eux, qui disposent si peu des aptitudes utiles à la synthèse, résument en quatre mots l'essence de l'abrahamisme.28/07
[37]
Réveillé et apparemment reposé à 1h du matin, ce qui est habituel. À 2h du matin, je commence à me sentir épuisé et suis sur les nerfs. C'est ridicule.
Faudra-t-il réellement que j'aille me confronter à nouveau seul aux abus, pressions dissuasives et provocations de la police, sans avocat honnête et compétent ?
Combien de policiers m'ont expliqué que je suis étrange et qu'ils décident eux-mêmes si les gens étranges peuvent porter plainte ou non, à propos de quoi et dans quelle mesure ?
Évidemment, c'est illégal. Mais que faire ? Appeler... la police ? Je passais mon chemin ou refermais la porte lorsque certains sonnaient chez moi en uniforme.
Parmi ceux-là, quelques uns, adoptant les airs de la bienveillance soucieuse, m'expliquaient que les blocages étaient « politiques ». Désireuses que je sois leur chien et pressées de me noyer, quelques personnes auraient prétendu que j'avais la rage.
L'ancien commissaire était un des meilleurs amis de mon grand-oncle, le cameraman, un ami proche de la famille de A., dont le père était un des principaux clients auxquels mes parents me prostituaient, et un ami de plusieurs familles impliquées dans les drames de mon enfance.
Mais il est vrai que les notables de la région étaient avertis de ce qui m'était arrivé, puisqu'ils servaient de caution à mon grand-oncle, lequel savait les séduire avec de grands appartements, les armoiries d'une lignée prestigieuse, des partouzes et des gosses.
Les blocages politiques sont facilement expliqués : il y avait trop de personnes connues, bien au-delà de quelques notables locaux, par eux-mêmes négligeables et qui pourraient justement servir de fusibles. Malheureusement, le problème est d'un tout autre ordre.
La police, évidemment, protège les pédocriminels influents.
Et il suffit de muter un commissaire.
[38]
Encore trop de nicotine. Je me passe à tabac,
me roue
et me recouds.
[39]
L'hallucination collective de certains Juifs locaux concernant les tatouages est un phénomène intriguant à l'extrême. Ils utilisaient pourtant un logiciel de reconnaissance faciale par IA, mais sans aucune photo de référence, sans tenir compte des marges d'erreur et avec des taux irrecevables devant un tribunal. Peu importe : ils voulaient absolument que ce fût moi. Les tatouages sont très mal vus dans la culture juive. Est-ce pour cette raison que mon grand-oncle l'a arraché comme il l'a fait ? Lui qui était très riche et trop prétentieux pour ne pas être en rupture de ban, a-t-il néanmoins eu peur des rabbins ou du jugement de la communauté ?
Le suprématisme peut-il ne pas créer une pression autoritaire, ni fasciner secrètement l'orgueilleux ?
[40]
Les bâtiments, les architectures, une multiplicité de lieux, tout cela compte beaucoup dans la part des souvenirs qui ne sont pas encore remontés. Il y a une hésitation à entrer dans ces lieux, comme il y a une résistance pour entrer dans le souvenir. Je devine la présence de certaines personnes, notamment celle dont je ferais mieux de ne plus parler.
Ces lieux entraperçus dans mon « esprit » — dans ma densité mobile — me font une impression très vive. À coup sûr, il ne s'agit pas d'une simple image, d'une « simple idée qu'on se fait ». Je dois néanmoins me méfier de cette complexité psychologique et émotionnelle : peut-être préside-t-elle à ces fragments mnésiques apparents, au lieu de leur être simplement associée.
[41]
Je m'étais trop avancé dans l'entrée [20]. Plus tôt dans la journée, j'ai eu une séance de voix entendues, très nettes, très précises, et, sans trop y adhérer, une croyance télépathique, comme si je communiquais avec G.D. à distance. Je vois bien que cela ne correspond pas à d'autres données, celles-ci vérifiables. Tout cela est donc faux.
Ces messages contenaient beaucoup d'espoir : une simple tombe dans la chaussée.
[42]
Impossible de dormir. L'énervement m'en empêche. Cela vient sans doute d'un sentiment d'impuissance face à ma propre situation.
29/07
[43]
Étau et brume pour ma néoténie crânienne indéfinie.
[44]
Il paraît que « nous devons choisir entre la peur et l'amour ». À la peur, mieux vaut opposer l'action.
L'amour qui préside à l'action ne peut pas être faible. L'amour passif, attentiste en autocontemplation, s'en prend aux plus fragiles ou les abandonne — souvent en les identifiant à l'image archontique du Christ torturé pour le « Salut ».
Pour agir réellement, il faut savoir haïr fièrement hors de l'impuissance et pouvoir foudroyer par amour.
Croyez-vous vraiment pouvoir aimer sans protéger de manière active, brutale s'il le faut, et sans établir, par votre travail, de bonnes conditions d'existence pour ceux que vous prétendez aimer ?
Non, vous ne le croyez pas. Secrètement admiratifs des agents de destruction, vous attendez docilement que le massacre de vos proches ait eu lieu, tout en contemplant votre propre peine, dont les survivants éventuels devront encore vous réconforter.
Au règne de la peur, opposez donc un amour souverain, actif et fort, capable de violence.
[45]
En mars, tous les articles de la section Abrasions and Drafts ont été supprimés. Ce site ne contient donc plus de philosophie. Celle-ci disparaît en même temps que l'aptitude à supporter l'espoir. En 2026, l'ensevelissement est tel que j'ai dépassé le pessimisme lui-même.
Je comprends que je ne pense pas.
Également mauvais sujet pour l'action, je recouvre de signes les encadrements de baie et les seuils brisés.
The Marshwatcher is a close-up portrait of a youthful, pale-skinned figure against a dark, featureless background. The head is tilted slightly upward, and although the eyes have become deep, featureless black voids, the direction of the face and eyelids still conveys the impression of an upward gaze, giving the subject an unexpected sense of presence and intention.
The skin resembles porcelain, marked by delicate cracks, scattered freckles, and faint imperfections that suggest age, fragility, or trauma. The lips are softly parted, while a small trace of dried blood or a healing wound is visible near the neck.
A dense network of thin, dry branches or web-like strands spreads over the forehead and upper face, merging into a spiderweb that fills the top of the composition. The branches may evoke roots, thorns, or veins, creating an ambiguity between natural growth and external intrusion. They appear to frame—or perhaps invade—the empty eye sockets.
The muted palette of ivory, gray, and black emphasizes the contrast between the smooth skin and the darkness of the eyes. The image balances beauty with unease, suggesting themes of loss, transformation, isolation, and altered perception. Rather than depicting explicit horror, it invites viewers to wonder whether the figure has been blinded by violence, changed by another world, or has surrendered ordinary sight in exchange for a different way of seeing.
The Marshwatcher (2025, projet).
[46]
L'espoir se travaille-t-il par l'espoir et l'activité ?
Plaçons-nous un type de conscience dans ce que nous faisons, de manière concrète ? Le résultat et les outils pour y mener laissent-ils une trace, matériellement quoique subtilement, une « lisibilité suffisante pour la Terre » — un champ de force opératoire actif ?
30/07
[47]
Ajout du mot "projet" à côté de l'année (les deux étant séparés par une virgule), pour le titre de l'image The Marshwatcher. Est venu ensuite un court silence intérieur, durant lequel je me suis aperçu qu'un simple ajout du type déclenche chez moi un afflux de pensées, d'inquiétudes, d'autoaccusations, de justifications et de réévaluations rapides qui me saturent et, un instant, transforment ma tête en un globe compressé. Est-ce que tout le monde vit comme ça ? Je me réveille sans doute dans la fatigue mentale pour les premiers détails de la journée.
[48]
Pourquoi cette hargne sourde, depuis quelques semaines, relative à la question des plaintes ? Certes, quelque chose a changé en moi, qui me déplaît fortement — me donne l'impression de me souiller moi-même de l'intérieur — et qui pourtant me pousse à envisager de mener ces démarches. Ajoutons à cela les sentiments d'injustice et d'impuissance paralysante mêlés. Cette réaction profondément ancrée m'est particulièrement odieuse, mais je dois la prendre en compte. Il est évident que ce point fait écho à ma situation initiale : par des cousins éloignés, ma famille est bien plus puissante qu'un commissariat, un simple procureur de province ou même un ministre, lui-même probablement recruté au kompromat authentique. Ce sont les fameux « blocages politiques ».
Mentionnons aussi les religieux, puisque les abrahamiques adorent ce que nous pouvons bien considérer comme une horde de démons et qu'ils détestent qu'on le leur rappelle. (Anecdote : des policiers avaient clairement dit vouloir m'empêcher de porter plainte car j'ai signalé aux catholiques qu'ils adorent le cadavre d'un jeune homme nu cloué sur une croix romaine — idole archontique s'il en est.)
[49]
Fermer les deux yeux me repose. J'avais appris à taper « dactylo », c'est-à-dire sans regarder le clavier. Cela m'est utile aujourd'hui. Je parviens à maintenir mes deux yeux ouverts et alignés de moins en moins longtemps. Je sens le phénomène se dégrader assez vite cette année.
Je dois faire examiner d'autres choses (un lipome, la dentition, l'audition, etc., sans compter la tête). Je ne le fais pas non plus. Je me laisse couler. Je le sais, même si je n'y pense pas tous les jours. J'en ai assez. Je me laisse partir en morceaux désormais.
Je serai tout de même obligé de prendre des rendez-vous, car si un aspect devient aigu, si une douleur vive s'installe, j'irai consulter. Autant anticiper ça, puisque je ne parviens pas à me suicider. Humiliation majeure. Néanmoins, le problème demeure. Pour s'occuper de sa santé et de ses affaires, il faut avoir envie de vivre et désirer quelque chose pour soi. Or, je n'y parviens tout simplement pas.
Le problème majeur : parvenir à vouloir quelque chose pour soi.
Mais quoi donc, hormi rentrer en soi-même DÉFINITIVEMENT ?
Ou bien s'agit-il pour moi, et parfois malgré moi-même, de ne pas vouloir ce que l'apparence d'un monde ne sait que trop bien désirer à travers nous ou en nous ?
[50]
Un changement positif radical me divertirait un peu, quelque temps.
[51]
Nos représentations semblent être affublées du fameux « toujours déjà », quitte à entendre celui-ci de manière très concrète : nos pensées ou intuitions sont probablement déjà actualisées dans l'époque, rendues possibles par celle-ci, et peu de contenus paraissent réellement inattendus. Il semble plutôt que nous clarifiions, dans le meilleur des cas, ou réarrangions ce qui se trouve déjà dans le champ d'intelligibilité actuel. Une « intuition géniale » apparaît souvent comme une pensée dont le terrain d'accueil était prêt. Elle n'est pas inattendue : peut-être n'est-elle que la suite logique d'un froissement culturel qui demandait à être exposé. Y a-t-il là autre chose à espérer qu'une relance de la normativité sociale, dont nous pouvons difficilement imaginer qu'elle œuvre à la découverte de la vérité ?
En revanche, ce qui mérite d'être compris risque toujours de se tenir comme « de l'autre côté de l'époque ».
Ou bien n'y a-t-il qu'une économie autonome du symbolique, ses vagues et ses courants — sans accès à rien qui lui soit extérieur ?
[52]
J'ai retrouvé un texte supprimé en mars. En voici des extraits :
« En hiver dans les campagnes, j'ai observé, à de nombreuses reprises lorsque j'étais enfant, d'extraordinaires tapis de neige qui s'étendaient à perte de vue et dans lesquels nous marchions, ma sœur Djèltia et moi. C'est d'elle, du moins, que je veux me souvenir. Dans mes images mentales d'enfance, j'erre souvent seul. Aujourd'hui, j'aimerais qu'elle soit là avec moi et qu'elle imprègne doublement mon souvenir.
La neige couvrait tout. Seuls les poteaux en bois des lignes téléphoniques et quelques barrières rouillées montraient encore leurs propres couleurs. Les véhicules n'accédaient pas facilement aux longs terrains couverts de poudreuse. La transfiguration de la Terre pouvait donc conserver quelque temps sa splendeur et sa tendresse bouleversante. La luminosité vive du paysage et le délicieux son de craquement que nos pas y produisaient étaient pour moi une source d'émerveillement. Cela incarnait une présence bonne du monde, qu'accentuaient la lenteur de la marche et l'épuisement qui en résultait. La brève modification au dehors envahissait le regard et le purifiait, restituant la perception à son état de disponibilité réceptive, et non plus de prédation.
[...]
L'été maintenant, toujours au dehors. La présence du lointain au plus près de nous se manifestait dans la souveraineté rageuse du « plomb de chaleur », le clair-obscur des protections — toiles ou volets — ainsi que dans les ricochets ou échos entre régions de lumière (*).
L'été est l'époque des reflets. Une fenêtre ouverte et la pièce réverbère l'activité d'un bassin situé tout en bas. On entend le bruit de l'eau sonner sur le plateau de la table, tout près de nous, là où nous aurions pu trouver des papiers ou un appareil. Le bruit très distinct de l'eau que des humains agitent sonne parfois plus loin, contre le mur opposé ou encore dans une autre pièce dont la porte est restée ouverte.
En un autre lieu, un second reflet d'eau, visuel cette fois, porte un fragment de plan du bassin sur un mur ou un plafond. C'est une forme mouvante, faite de degrés d'ombres transparentes ; sa douceur et sa vivacité contrastent avec la dureté du support où elle se projette. Les reflets semblent conférer une nouvelle intelligence au lieu, une nouvelle vitalité du moins.
[...]
Une lumière s'enfuit le long des murs, s'arrête près d'un angle puis repart, parce qu'une vitre ou un miroir, quelque part, pivote. Enfants, nous voulons suivre cela, nous tournons sur nous-mêmes à toute vitesse et l'observons bouche bée. Le sensible nous apparaît pensant, sans doute, parce qu'il se déplace et crée des relations.
[...]
Enfant, mon état intérieur était néanmoins plus souvent celui d'une angoisse solidifiée, cette latence presque constante de la dévastation. Malgré les refoulements amnésiques, j'avais tant intériorisé les états de choc et d'abandon qu'ils étaient devenus une seconde nature — mon étrangèreté au monde — pour l'essentiel du quotidien.
La présence d'un monde, pour moi, est atmosphérique et relève d'une sorte de contemplation, parfois absorbée, parfois proprement angoissée, presque d'une prière physique : j'éprouve le monde comme une sorte d'épaisseur holistique faiblement mouvante. Je l'éprouve par la fatigue, par la « saturation anesthésiée » des sens et par une charge ou une douleur corporelle liée à un esprit flottant. La matière et une stratification d'extases légères semblent, chez moi, plonger l'une dans l'autre.
Spontanément, je décris ce type de présence comme un état des choses « en rétine flottante ». Si je réfléchis à cette formulation, elle m'apparaît difficile à comprendre, en effet. Elle énonce ce qui est vu comme s'il s'agissait de ce qui voit.
En réalité, je ne suis pas certain qu'il y ait une séparation première, fondatrice, entre un sujet qui perçoit et un monde perçu. Ce n'est pas clair. J'ai plutôt, de manière naïve, le sentiment que la perception se déroule à l'intérieur d'elle-même ou à l'intérieur de son propre dehors, bien que je ne comprenne pas ce mécanisme, et que, par ailleurs, nous repolarisons constamment cette perception en termes de distinction sujet/objet. Appelez cela dissociation ou schizophrénie si vous le souhaitez. Je suis effectivement un vrai tableau en liège pour quiconque veut épingler des diagnostics.
Il me semble simplement que je « regarde » et que plusieurs versants de vision sont malheureusement encore bloqués chez moi. Je trouve donc souvent plus reposant et simple d'imaginer que nous sommes à l'intérieur de la conscience, au lieu de supposer, par habitude, que celle-ci est en nous à la façon d'un processus de traitement des entrées. Le sujet/objet est peut-être une sorte d'effet — mais un effet qui porte une qualité ou signature propre à la personne — plutôt qu'un fondement logique. Je regrette bien sûr de ne pas vivre davantage cet état du sensible et de la conscience dans mon corps, par tous mes sens, mon souffle. J'aimerais y plonger plus pleinement, physiquement, pour me fondre dans le dehors.
Pour d'autres, la présence au monde est active, processuelle, plus structurée sans doute. Ces personnes-là permettent à la société de fonctionner. D'autres encore veulent simplement dévorer le champ de vision qui passe à travers nous.
Pourtant, les humains semblent ne voir que leurs propres idées et préfèrent les images fabriquées à l'expérience directe. Peut-être est-ce une manière d'observer leur propre esprit, ou un esprit positionné comme externe, quoique de manière artificielle. Peut-être cela leur permet-il de se situer, avec quelques biais, dans une sorte de dehors de la conscience qui s'expérimente elle-même.
Sans doute les plongées et imprégnations réciproques du dedans et du dehors sont-elles plus complexes que nous ne l'envisageons.
(*) Je suis particulièrement sensible aux aires de réfraction où la chaleur et l'air mutent en des sortes de flammes invisibles, des ondes épaisses ou des turbulences transparentes qu'on appelle, me semble-t-il, « mirages thermiques ». Je n'aime pas cette désignation, j'ai donc voulu en inventer une meilleure.
Je n'y suis pas encore parvenu mais vous propose néanmoins ce premier carnet : ardeur, esprits vacillants ; flamme immanente, esprit mouvant ; irrésolution du feu en eau ; pensée des pierres ; souffle de vision, prisme liquide, pli de lumière, onde paresseuse ; Un-de-feu, rosées des flammes, parfum solaire, reflet mobile ; silence des rêves ou des larmes ; foyer libre, noèse bue, éther follet, miroirs soudains.
Si nous combinons Ignis et vacillance, nous obtenons : les igniscillances. « Djèltia, tu vois ? L'igniscillance, là, sur la pierre. C'est comme si nous étions au premier jour, intacts et voyants. L'immensité vient se refléter ici, juste à côté de toi, dans cette petite région sur le muret. Alors, je crois que le monde existe. Peut-être n'est-il pas si éloigné de nous. »
J'ai déjà parlé de ce phénomène dans un autre texte. Il y a apparemment là quelque chose qu'il me faut résoudre. Je m'en inquiète, car, au-delà du problème de la répétition, ces « insistances malgré moi » sont souvent le signe d'une remontée de mémoire qui travaille son état actuel de perte en contre-fond. Mais peut-être s'agit-il seulement d'un exemple courant, saillant et communicable, d'une sorte d'astralité perceptive.
[...] »
Je crois que je voulais dire par là que nous sommes les extases d'un monde qui n'a pas encore commencé à être.
31/07
[53]
L'IA ne nous remplacera pas. Elle restera interne au cercle dont elle provient : l'intelligibilité cybernétique/archontique du réel contre l'Anthropos. Malheureusement, nous croyons désormais que ce cercle est la réalité. Cette croyance est spontanée, elle appartient à l'époque longue qu'il nous faut défaire en nous.
[54]
Avant 2024, je pensais que les véritables musiciens élucidaient le réel, qu'ils étaient des chamans dotés d'une connaissance et d'une perception à laquelle notre culture échouait dramatiquement à nous préparer. En jouant, ils nous enseignaient, et nous étions de piètres élèves. Je pensais que l'art authentique constituait une porte d'entrée dans la réalité vive « en chair et en os » — au-delà de nos imaginaires contaminés, dégradés — et que cet art serait un jour apte à intervenir sur cette réalité ou à nous libérer enfin en elle.
Peut-être les artistes et musiciens sont-ils effectivement des chamans, des gnostiques initiés aux Mystères, de manière faible et vraisemblablement malgré eux.
[55]
Sans surprise, je n'ai pas de retour de « justice pour L'enfance » ni de Zéro. Ça ne fait qu'une semaine, certes, mais je ne me fais pas d'illusion. Je les ai contactés le 25 juillet dernier. Je voulais surtout leur faire savoir que la plainte attendue a été déposée, pour qu'ils assument de participer au blocage étatique. Ils savent parfaitement de quoi il est question.
Je n'attends pas non plus de réponse de la part du procureur de la république local pour la plainte de novembre 2025 associée à des signalements. L'ensemble doit avoir disparu dans les limbes de l'administration, comme, au début des années 90, a été rendu juridiquement inaccessible le dossier du trésor public qui aurait dû mener à un contrôle fiscal sur le trafic pédocriminel du grand-oncle.
Or, plainte ou dossier perdus, il s'agit bien des mêmes films ignobles.
Ceux-ci ne représentent qu'une petite part du problème, mais une part connue et identifiable.
[56]
J'ai changé le titre de la page home au profit de The Undιsclosed Яape Zøne. Sa couleur est celle du fond dans les pages de Bio-Dysgraphia. Il est donc rouge sombre. Pourtant, sur le fond très clair lui-même légèrement teinté de rouge, le titre apparaît noir en tension. J'imagine que notre cerveau ne parvient pas à décider s'il s'agit de cette couleur ou d'un noir, induisant ce flottement tendu et incertain que je cherchais. Le brun-noir #241516 aurait apporté une lisibilité accrue, une présence plus « professionnelle » du titre. Cependant, suivant les critères d'aurore, de terre de sang, de chute et de vacillement, et non pas des critères éditoriaux, la couleur adoptée l'emporte de très loin.
Bien entendu, il est aussi très important pour moi que ce soit la couleur du texte Silence qui retrouve ici, quoique indirectement, son titre originaire, The Undisclosed Rape Zone — I'm not U.R.Z, qui était aussi le titre du site initial.
[57] Clôture pour juillet 2026.
Même au titre de dommages et intérêts, peut-on obtenir beaucoup d'argent sans signer un pacte avec le diable ? Ceux qui refusent d'être ses proxies peuvent-ils faire fortune selon les critères actuels de richesse ? La réponse semble évidente, mieux vaut ne plus en parler. De la même manière, mieux vaut également ne plus parler de D.