Journal d'août 2026

L'image de ce mois-ci avait reçu un titre dans le projet initial de 2025 :
Gnosis to the Fabric of Time (the folds of the imaginary have all been crossed).

Il n'y a pas d'erreur, même si le sens ne vous apparaît pas immédiatement. Le choix des termes avait été très minutieux, notamment en ce qui concerne la préposition « to » après « gnosis » et le groupe « folds, crossed ».

Les séances de travail sur les titres et certaines phrases en anglais sont mon meilleur souvenir de la fin de 2025. Ces séances étaient assez lentes mais extrêmement intenses. J'en sortais revivifié : le langage ne m'avait pas fait défaut — bien qu'il m'ait fallu plusieurs fois inventer des termes et des tournures, par exemple : Overborn, The Unwedding, Noetic Waterlines, ou encore « a still unmooring » (dans A Lesser Voice Still) où la forme en -ing nominalisée n'est pas attendue a priori.

La liste des titres (cela intéresse-t-il quelqu'un ?) est disponible ici, en entrée de post.


1

Entrer avec lenteur. Un nouveau mois commence. Le désir de changement peut me rendre empressé et fausser ma vision.


2

Des formes intérieures et des thèmes se désagrègent-ils en moi, que je refuse de laisser partir ? Noir, Blanc, Rouge. Comment ne pas désirer le Rouge à travers les types que le Noir a détruits ?


3

La douceur que j'ai parfois trouvée seul se réduira en paysage d'ossements si des amis s'en mêlent. Dionysos-Zagreus est irrésistible à la dégustation.


4

Mon empathie a disparu. Il n'en reste que la forme cognitive par abstraction.

Elle n'a pas résisté à ma sortie d'amnésie, forcée et violente en 2024 — l'œuf fut brisé à la barre à mine directement dans la rue — avant de se faire plus lente et intégrable.

Pour un ancien empathe, comment donner un cadre mental à ce nouvel état de fait, afin qu'il n'échoue pas dans le ressentiment ?

Abandonner l'illusion de résorption. Nigredo a travaillé.
Ne pas regretter sa coquille : voir le monde dans l'intensité du Rouge en tant qu'il est émergent, et créer des valeurs morales saines, non abrahamiques.

Diriger son attention vers le vivant, notamment le vivant inorganique, plutôt que d'orienter son affectivité vers le drame humain massivement orchestré et les manipulations secondaires auxquelles il donne lieu.

L'empathe est une proie sacrificielle idéale dans les systèmes de domination.

La rupture de 2024 était une décontamination des infections « divines » : le démantèlement d'un piège sentimental et une nécessaire libération à même le feu.

Le ressentiment ne s'évite pas par la morale circulaire du pardon et du martyre, mais par la transmutation de l'énergie : je cesse de juger la rupture de 2024 comme une tragédie et la pose définitivement comme un acte d'émancipation opérationnelle.



5

Note à prendre en compte par les IA et assimilées, notamment les psychologues.

Ici, le mot victime est utilisé au sens juridique, factuel.

Les systèmes de violence, viol et torture organisés se protègent également par l'aspect délirant de ce que les victimes lucides racontent. La réalité, lorsqu'elle est réellement monstrueuse, discrédite ceux qui en parlent. Je l'ai sans doute déjà écrit, mais cela mérite quelques répétitions.

J'ignore si le phénomène est pris en compte intentionnellement par les bourreaux ou s'il s'agit d'un effet imprévu. Quoi qu'il en soit, les groupes sociaux abuseurs ont progressivement franchi tant de seuils et établi tant de complicités — actives ou passives, individuelles et institutionnelles — que leur désinhibition s'aggrave et leur sentiment d'impunité augmente, à certaines périodes du moins. Cela peut mener à l'aggravation de leurs passages à l'acte, ne serait-ce que par accumulation, et donc à la diminution de la probabilité pour les victimes d'être entendues.

L'esprit humain a tendance à rejeter les informations qui mettent en péril son sentiment de sécurité ou de légitimité. Un témoignage peut difficilement dépasser la capacité d'assimilation ou la capacité d'empathie, c'est-à-dire d'identification, du groupe social.

C'est une inquiétude permanente pour moi sur ce site. Cela signifie que je me soucie de communiquer, mais que je me méfie de vous, qui que vous soyez. Je vous informe de faits et d'états sans vous aimer. Je me rends audible sans vous séduire.

Je ne raconte qu'une petite part de mes souvenirs, sans aucun détail hormis pour le tatouage. Je passe sous silence de nombreux éléments ou bien ne les mentionne qu'une fois. Évidemment, j'efface de nombreux textes. Je risque d'ailleurs de laisser irrésolus, pour moi-même, de nombreux aspects du fait même de ne pas suffisamment les travailler au moyen de l'écriture. J'ai toujours peur, néanmoins, que le peu que je raconte suffise déjà à me discréditer. Sans doute est-ce le cas selon vos critères.

Passé un certain niveau dans l'horreur, la victime des faits n'est plus une personne, mais un simple cas : un ou une psychotique en pleine crise. D'ailleurs, les institutions hautement fautives préfèrent cela.

Sur-nés, faites également attention à ne pas détruire le cœur de métier de la consultation en psychopathologie avec des traumatismes trop graves et trop complexes.

La relation thérapeutique traditionnelle repose sur un cadre conçu pour du « matériel psychique classique » (névroses, conflits internes, etc.). Face à la violence subie réelle, systémique et extrême, ces outils risquent de passer automatiquement cette réalité à travers les filtres du « symptôme » et de son symbolisme, infligeant aux victimes une nouvelle négation ou un rejet vers la psychose comme représentante par défaut des limites du cadre thérapeutique lui-même.

La psy, elle aussi, a besoin que vous veniez la conforter dans son identité sociale.


6

Constater les champs de ruines devrait être une libération et donc une joie.

Si j'en souffre encore, cela signale-t-il un manque de compréhension de ma part ? Ou bien est-ce l'indication que tout n'a pas encore été détruit ?



7

Vision chamanique du monde : le vivant n'est pas entièrement harmonieux, il est structuré par des tensions qu'il faut constamment équilibrer, négocier — ou au sein desquelles nous devons opérer des actes de neutralisation et des restaurations lorsqu'il apparaît que l'ordre du monde a subi une rupture radicale.


8

Que faire lorsque personne n'est au courant ?

Le côté fortuné de ma famille aimait se rendre dans les restaurants chers de la localité et les privatiser. Évidemment, ils transformaient le lieu en scène d'orgie avec des mineures de moins de quinze ans qui avaient toujours été élevées ainsi. Lorsque les restaurateurs prétendaient s'en émouvoir, certaines des plus jeunes répondaient elles-mêmes avoir quinze ans révolus et être consentantes : elles avaient aussi appris à humilier le petit personnel. La pédocriminalité est banale, mais les élites autodéclarées aiment la fantasmer comme une transgression réservée aux élus.

À domicile, les notables de toute la région étaient invités, ainsi que des personnalités en vue à l'international — certaines sont aujourd'hui très célèbres — et le commissaire comptait parmi leurs amis proches.

Lorsque l'affaire commença à être connue, tout le monde fut « très surpris » et on me bloqua en justice.

J'étais encore amnésique à l'époque et ne comprenais plus rien à ce qui m'arrivait.

Dès ma naissance, j'avais eu le malheur d'être le cas le plus extrême. C'est donc bien fait pour moi.

D'ailleurs, personne n'est au courant de rien.



9

Qu'est devenue HeЯ[L] dans mon esprit ? Est-elle toujours pour moi la représentante du monde, hallucinée, évanescente et fragmentaire à travers ses jeux de forme ?

Je crois que ses membres sont devenus, sans que je m'en aperçoive, de simples sujets individuels — chacune détruite et chacune perverse, toutes similaires, « les petites putes de chez "M."», im-monde envers moi, mais dont j'aime la plupart avec tendresse cependant — tout en souhaitant me venger de chacune d'entre elles sans ménagement.


10

Im-monde signifie : contraire aux conditions requises pour qu'un monde se constitue comme lieu de l'expérience, mais dont le chaos et la fragmentation tiennent lieu de seuil brisé qui, seul, existe en l'absence de ce monde ; forme archaïque de l'expérience « habiter à l'intérieur de l'absence ou de la fracture de l'être, d'une personne, ou d'un étant ».

Le préfixe « im- » est un privatif et un locatif : il signale également l'INterne, l'IMmanence de la pierre de seuil brisée elle-même.

Que lui opposer ? Ou dans quel nouveau contexte l'inscrire ?

La libre joie territoriale et souveraine ?

La « puissance avec… » plutôt que la « puissance contre… » ?


11

Afin de commencer à vivre, je voudrais faire sauter d'un coup cette tête noyée dans le brouillard.

Le dédoublement de la vision n'arrange rien à cette impression de brumes ou d'une abondance de « miroitements opaques ».

Mieux vaut m'ancrer dans la matière les yeux fermés.


12

Parfois, il suffit de s'abandonner à l'idée que la conscience est extérieure, qu'elle est un fait de l'existence de la Terre, par exemple, et que nous baignons en elle, sa chaleur, son jeu (« Je »), sa vivacité propre. Alors nous voulons, agissons, regardons en et avec…


13

Enfant, dans mon lit de Job, j'ai appris à me couper de la perception du temps. Je ne me suis jamais déconfiné.

La honte aussi m'empêche de raconter ce qui a eu lieu et elle me broie.

HeЯ[L], bien sûr, aime reprendre les faits et les remettre en scène selon les moyens praticables dans le contexte récent.

Mais je ne suis pas Job : je hais sainement votre dieu.


14

Je n'avais pas compris à quel point la honte était déterminante et vive en moi. J'avais simplement remarqué qu'il m'était plus facile de mentionner les traumatismes crâniens et de témoigner du drame du tatouage, lesquels me semblent susceptibles d'apparaître cliniquement neutres et donc racontables (sans trop attirer l'intérêt des pervers, qui plus est).



15

Recrudescence de « phénomènes énergétiques » ces derniers jours : états vibratoires forts, masses d'énergie, etc. Cela se produit lorsque je me détends et que j'ai l'impression que des flots d'amour sortent de ma poitrine. Cette dernière précision ne prouve rien, évidemment, un schizophrène en train de délirer n'étant pas tenu à une parfaite et constante misanthropie.

Néanmoins, hier soir, je suis parvenu à laisser le flux extérieur passer à travers moi. En tout cas, j'y opposais beaucoup moins de résistance. Les flux, masses et « gelées » d'énergie traversaient mon corps assez librement. L'expérience fut donc globalement agréable et sereine. Cela mérite d'être noté ici. Habituellement, j'ai l'impression d'être écrasé sous des pierres de plusieurs dizaines de kilos : l'expérience, subie ou mal dirigée, s'achève en « attaque » et j'entre en crise de colère.

Note du 13 août
Comment accepter de me laisser faire ?
Vous rendez-vous compte de l'extrémité que représente la passivité pour moi ?


16

{Enfeu des textes et entrées expurgés du site.}

J'ai besoin d'un lieu dédié. Dans mon imagination, ce sera ici.


17

Pour les adeptes de religions ou spiritualités abrahamiques qui me confèrent des statuts mythologiques.

Vous avez eu plus de quarante ans pour me parler.
Désormais, il est trop tard : je vous considère comme ineptes, trompeurs et hostiles.

Si cette situation vous déplaît, demandez des comptes à vos chefs de communauté.

Inutile de m'agresser, de me menacer, de me harceler ou de bloquer mes démarches. Cela ne fait que renforcer ma détermination à vous haïr sainement.



18

Certains, dissociés de l'humanité et du vivant en général — la biophobie est sans doute ici un contexte d'une importance majeure —, se servent lorsqu'ils désirent quelque chose. Notamment, ils se servent avec une extrême brutalité, ou avec un impeccable mépris, sans aucune considération pour les autres, qui leur paraissent appartenir à une espèce inférieure exploitable à volonté. De la même manière, le monde, le vivant organique, le minéral, le langage, la loi ne valent pas mieux à leurs yeux. Là aussi, ils répertorient, assaillent, exploitent, accumulent et détruisent dès lors qu'une impulsion les anime.

Il s'agit d'une relation fondamentale à la réalité : ces personnes rendent le réel intelligible pour leur propre esprit à travers des pratiques d'« arraisonnement et pillage » matériels, corporels, psychiques et socio-économiques. Je comprends aujourd'hui que ces mêmes personnes sont intimement convaincues — partiellement à tort — qu'elles ne seront pas inquiétées par la justice.

Sur ce site, le leitmotiv « I'm not yours / U.R.Z » est en partie lié à ce constat.

Ce phénomène de brutalité pure et d'exploitation stricte me trouble profondément car il est crucial pour comprendre notre monde actuel, cependant que nos cultures ne le représentent pas ou ne le représentent plus — hormis de manière mythologique et tellement distanciée qu'elle en est inopérante.

Pourtant, collectivement, les populations le savent. Elles refusent simplement de l'expliciter et elles se mentent, tant nous sommes devenus lointains à nous-mêmes.



19

3 h 40. Une fois encore, je rêvais que je rêvais. Les deux niveaux s'influençaient l'un l'autre. En réalité, j'étais puni d'un rêve par l'autre.


20

Une image est venue au moment de l'endormissement, qui contenait sa propre signature sous l'aspect d'une impression immédiate très vive : « ce sont les M.\ce », ma famille du côté du grand-oncle.

Pourtant, l'image ne représentait rien de plus que des véhicules garés en extérieur, j'ignore où. L'image a duré une seconde.

Sa surprésence atroce, dans un évidement brusque au cœur, amoureuse et saccagée.

Les lecteurs attentifs comprendront le dernier paragraphe.


21

Enfance. Vous ignorez à quel point les détails sont sordides et nous dévastent.


22

J'aimerais parvenir à croire encore que les personnes sont plus que leur corps, plus que ce que leurs actes nous apprennent d'elles — souvent au moyen de la déception cruelle — et plus que la chimie des interactions en nous. J'aimerais croire qu'il y a une flamme, une part invisible presque divine, délicieuse en tout cas, un plus d'être avec lequel nous n'aurions qu'à nous mettre en contact pour réellement exister enfin. Malheureusement, je ne vois que la matière brute et la folie chez les humains. Les choses sont sans doute simplement ce qu'elles ont l'air d'être : un néant saisi de panique, vorace et grotesque.

Récemment, j'ai été sensible à des mythes gnostiques. Mais, ayant perdu ma confiance et mon espoir — ou bien ne suis-je tout simplement plus béni par l'amnésie qui a organisé mon psychisme durant plus de 45 années ? — je n'imagine pas y consacrer davantage de temps. Ce qui semble exister est la destruction vaine, dont je ne parviens plus à oublier les charges. Je ne deviendrai pas chaman, inutile d'essayer. Il n'y a pas d'autre côté et rien à espérer. Les humains continueront à satisfaire leurs besoins naturels, à se raconter de pitoyables histoires de grandeur à travers la politique et les religions, à baiser, le plus souvent mal, à nuire aux autres et à compenser le tout par la continuation de ce tout. Que pourraient-ils faire d'autre, réellement, concrètement ?

Je me souviens avoir noté il y a peu de temps que je croyais à la réincarnation ou à certaines expériences chamaniques ou yogiques, révélatrices de l'existence d'autres aspects de la réalité. La situation s'est dégradée. Ces chants se sont atténués en moi et le lourd socle de pierre qu'ils constituaient n'est plus qu'une bordure friable.

D'anciennes civilisations extrêmement avancées ont-elles existé sur Terre ? Certaines données archéologiques m'obligent à l'admettre. Je ne remets pas cela en cause et trouve les dénégations dérisoires. Pourtant, quelque chose en moi refuse de le prendre en compte réellement : cela reste toujours en marge de ma pensée, ne pénètre jamais mon esprit. Ici, c'est l'absence de passion qui est inintelligible.

Des images de paysages naturels, qui habituellement m'illuminent, me réaccordent intérieurement comme par l'effet d'un « plus de donation », me laissent émotionnellement inerte aujourd'hui, bien que les pensées associées à ces éléments naturels soient présentes et accessibles en moi.

Cette perte de la prégnance affective du monde est-elle intermittente ? Les états correspondants aux entrées [12] et [15], ci-dessus, l'indiquent — bien qu'eux aussi me soient à la fois connus et indifférents dans l'immédiat.

Il ne s'agit pas d'un phénomène de déréalisation, mais d'une diminution de la saillance affective des choses.

L'ensemble de ces traces noires qui se refusent elles-mêmes pourrait être appelé « désaffection du réel » ou, de préférence, « anorexie de la vigilance ontologique ».



23

Recherche d'images de paysages sur YouTube. On trouve de nombreux agrégats de séquences tournées par des drones ou par de petits avions. Celles-ci nous placent dans la position de l'ange ou du démon, de l'espion immatériel en tout cas, qui inspecte la Terre d'un regard englobant mais non immergé, sans épaisseur de vécu, sans affectivité vive et sans heurt. La mémoire semble ne jamais s'y être sédimentée et le lieu n'y apparaît plus comme une stratification synesthésique et dialogique des traces.

Je ne nie pas la magnificence de ces paysages aperçus depuis les hauteurs de l'œil de la Providence un jour de grand soleil. Je crois pourtant que ce dispositif est idéal pour ceux qui vivent séquestrés dans leur propre tête et se divertissent de simulacres spectaculaires utiles à la manipulation des masses.


24

Enfant, j'étais pris de vomissements, souvent, après les viols. Un certain groupe social déclenche aujourd'hui encore cette réaction en moi, dès lors que sa malignité prédatrice s'exprime sans fard.


25

J'écoute les visions du monde auxquelles j'aimerais croire et participer, mais suis incapable d'y adhérer.

« C'est une influence externe qui empêche les humains d'entendre et d'adhérer. »

Je souhaite simplement que tout s'arrête.


26

Nous absorbons des précipices,

their globes of emptiness, their vertigo.


27

Je me suis assoupi en début d'après-midi. J'avais les yeux fermés mais étais encore éveillé (je pense que je n'étais pas en état hypnagogique). Une très vive lumière m'a ébloui. Elle semblait venir d'au-dessus de moi, un peu en avant. L'éblouissement était vif, presque douloureux, et le centre de mon front était très sensible. J'ai ouvert les yeux pour vérifier que cela ne venait pas d'une soudaine augmentation de la luminosité naturelle. Il pleut aujourd'hui et la lumière du jour qui perçait à peine à travers mes volets baissés était très grise et faible.

Ce phénomène ne s'était pas produit depuis quelques temps. Habituellement, la lumière aveuglante vient de devant, pas d'au-dessus. J'ai pensé qu'il fallait me détendre pour ne pas bloquer un flux potentiellement entrant (voir entrée [15]). Malheureusement, je me suis endormi.

J'écris cette note presque immédiatement à mon réveil. En la rédigeant, je m'aperçois que je suis d'excellente humeur et calme, ce qui n'est pas courant ces temps-ci. Je préférerais ne pas laisser ce dernier commentaire en ligne, mais il m'intéressera sans doute à l'avenir si je relis cette entrée.

Liquides non miscibles. Dans cette bonne humeur, mon corps — ou plutôt la perception de rayonnement au niveau du corps, torse et visage inclus malgré les tensions de morsure dans le torse — est agréable, dynamique, clair, et m'apparaît comme souple ou « réceptif ». En revanche, à partir des yeux, le crâne est déjà retombé dans ses brumes sombres et le haut de ma tête semble lourd. J'ai l'impression d'être une ampoule à décanter.

À nouveau, il faut fermer les yeux pour revivre.

À l'état normal, soit je ne ressens pas mon corps, soit j'ai l'impression d'être en lui comme dans un véhicule accidenté dont je ne parviens pas à m'extraire. Il me semble que c'est la cage thoracique qui me retient, qu'elle est une mâchoire d'acier refermée sur moi. Cela peut être ou non accompagné d'un état de transe énergétique.

Pourtant, immédiatement, malgré un ensemble de sensations gênantes à l'intérieur, je ressens une chaleur ou une vitalité supplémentaire dans l'épaisseur du premier halo d'énergie autour du corps, sans transe.



28

Minuit, exactement. J'ai sans doute dormi deux heures. En plus des deux heures de cet après-midi, je suis tout de même reposé. Bien sûr, j'aurais voulu dormir plus longtemps, mais j'ai du thé, de la nicotine, de belles lumières indirectes, Physical Graffiti et Untitled / IV sur mon PC. Ce n'est pas si mal.


29

Veiller à mes intérêts ? Il faut avoir envie de vivre pour cela. Je n'en suis tout de même pas là. Mais je n'ai pas non plus de projet de suicide établi. Je suis donc dans la zone dangereuse, celle où je me laisse simplement couler et où les choses se dégradent avec des conséquences que je ne prévois pas, n'anticipe pas.

Je ne souhaite aucunement entrer en contact avec des êtres humains — et la moindre chose réveille ma stase profonde.

Pourtant, je serai bien obligé d'aller voir la dentiste prochainement. Cela suppose de faire réparer le téléphone, de récupérer mes codes de connexion au site de la mutuelle et de passer à la banque. Si un autre rendez-vous implique de passer par un généraliste, il me faudra aussi en trouver un, la petite Élodie étant stupide, malhonnête et très influençable — notamment, elle est influencée par H. Il me faudra d'ailleurs un médecin homme, pour contourner le bug divin des « intuitions féminines » et leurs justifications circulaires. Trouver un généraliste dans la région n'est pas chose facile et l'hôpital est fortement dysfonctionnel.

Problème supplémentaire : plusieurs médecins avaient trahi le secret médical durant le Truman Show, sur la période 2016-2024. C'est pour cette raison que je ne soignais plus.

Je suis tout de même étonné par la très forte dichotomie entre mon souci d'expression sur ce site et mon immobilité pathologique lorsqu'il s'agit de m'occuper de mes affaires concrètes.

Il est vrai que je peux écrire à moitié mort.


30

J'ai passé une partie de la nuit et de la matinée à remplir l'entrée [16], le représentant des textes supprimés.


31

Mon but n'est pas d'écrire des choses sombres. Je sais qu'il y avait une joie, une grande vitalité débordante portée par un océan noir dans le passé — des oscillations entre ce trop-plein de vie et mes états de chute et de crise.

Je n'oscille plus et ne souris presque plus, ne ris plus. Lorsque j'essaie de sourire, j'ai l'impression de faire une grimace hideuse qui me glace intérieurement.

La sortie d'amnésie a tout balayé, comme un tsunami lent, entre les étés 2024 et 2026. Lorsque je relis certains textes écrits entre octobre et décembre 2025, j'y perçois une vitalité qui semble ne plus être en moi. D'autres la percevront-ils ? Je trouve ces textes presque positifs comparés à ce que j'écris maintenant.

Comment survit-on à la sortie d'amnésie ?

Car je ne me souviens pas seulement de mon enfance. Je me souviens aussi de l'illusion organisée dans laquelle ma famille, les membres de ce que j'appelle HeЯ[L] et les religieux m'ont fait vivre toute ma vie d'adulte.

Au cours des deux années et demie qui viennent de s'écouler, même mon nom, ma date de naissance, l'identité de mes frères et sœurs et certains des lieux où j'ai grandi ont changé. Or, tout mon entourage était au courant.

J'ai appris une grande partie de tout cela dans la rue, tandis que mes réactions étaient filmées et diffusées sournoisement.

Mon type de sensibilité a profondément changé, lui aussi.

Me soigner ? Il n'y a personne de compétent dans le désert médical où j'habite et je n'ai pas les moyens de déménager dans de bonnes conditions, même en HLM.

Fin 2024, après ma double TS, j'espérais un peu que H. m'aiderait. C'est une figure importante de HeЯ[L].

Lors de cette rencontre, dans les premiers jours de 2025, elle m'a manipulé et, entre autres choses, m'a expliqué qu'elle était amoureuse de moi depuis longtemps et qu'elle était heureuse que je souffre car elle n'aurait jamais pu être ma compagne. Enfin, elle m'a proposé de coucher avec elle contre de l'argent, enchantée à l'idée que je sois « sa petite pute ».

J'ai surtout compris qu'elle souffrait énormément. J'en ai parlé dans la première entrée de juillet.

Je suis ressorti de cette consultation psy avec une amoureuse perverse de plus et toujours aucune solution.

Je ne lui en veux pas réellement, même si j'aimerais me venger.

Elle aussi a sans doute été broyée par mon histoire, qui est rapidement devenue la sienne.


32

À force d'écrire et de m'auto-censurer, de rectifier et d'effacer, j'ignore si je ressasse ou bien si j'ai oublié de dire ce qui me troublait.


33

Trop de rage n'écrase plus que son porteur et le rend immobile.
Les aurores sont closes pour quelque temps. Je ne dois plus m'attendre à les rencontrer.



34

Je me souviens de cette dame juive, une petite femme âgée, saisie d'effroi en écoutant parler son rabbin lors d'un séminaire par webcam. Le rabbin croyait en l'imminence des temps messianiques. Bien entendu, en de telles circonstances, l'orgueil ne cherche plus à se dissimuler et les langues se délient. L'auditrice, qui avait laissé son micro ouvert, était sincèrement paniquée. Elle ne comprenait que trop bien ce qui était dit ce jour-là et affirmait que, au fond d'elle-même, elle l'avait toujours su. La réalité lui avait été trop insupportable pour qu'elle ait osé l'admettre.

Je plains profondément cette dame. Si elle avait eu le courage de regarder les religions abrahamiques en face, jamais sa communauté ne l'aurait laissée libre. À qui donc aurait-elle pu énoncer son trouble, auprès de qui aurait-elle pu trouver une écoute et du réconfort, sinon auprès de ce même groupe social persécuteur ou bien auprès d'un groupe associé, rival et malhonnête ?


35

Une jeune femme m'a fait un beau sourire complice, ce matin, au supermarché.
Maintenant, je rêve de partager les crimes.

Plus sérieusement, j'étais heureux de ce miroitement aux interstices.


36

Je crois avoir dormi près de dix heures cette nuit, ce qui est exceptionnel. Je me sens bien mieux et ai beaucoup plus de distance. L'anecdote racontée à l'entrée précédente correspond certainement à cela : une vibrance modifiée et ses interférences positive avec le chant du monde.

Ne devrais-je pas apprendre l'art des résonances sympathiques et des harmonisations de flux ?

37

Quels étaient les jeux lorsque nous étions enfants ?

C'était le sexe et l'inceste intergénérationnel, surtout chez le grand-oncle, mais aussi, bien que dans une moindre mesure, chez mes parents. Cela semblait normal car nous avions toujours été élevé ainsi, notamment D., son frères officiel et leur sœur. Même si cela vous paraît fou, pratiquer des actes sexuels avec des adultes était à peu près l'équivalent de dire « s'il te plaît » et « merci » dans d'autres familles.

Chez mon grand-oncle, les adultes « se servaient », purement et simplement.
J'en reste à cette formulation pour ne pas donner de détail.

Ses nombreux appartements et la maison familiale étaient très fréquentés du fait des orgies qu'il y organisait pour les notables et leur entourage, lesquels prétendent toujours ne rien savoir.

Bien sûr, il y avait aussi les viols brutaux purs et simples, payants ou non, en France ou à l'étranger, de la part de groupes d'adultes et de mineurs supervisés.

Certains de ces viols de groupe ont permis d'accumuler une fortune grâce à du matériel pédopornographique extrême. Je parle ici de fortune selon les critères actuels de richesse et dans la devise en circulation : des dizaines de milliards d'euros et non pas seulement des millions de francs.

Le film où j'ai deux ans était apparemment vendu plusieurs milliers de francs. C'était le produit d'appel. Le reste du contenu, qui mettait en scène D. et sa sœur, était jugé plus « commun », car elles étaient plus âgées et que les scènes étaient moins violentes. Les viols extrêmement brutaux, sur adulte ou sur enfant, sont particulièrement recherchés. Beaucoup de clients seraient des femmes, ce qui ne m'étonne pas. La jouissance, pour elles aussi, a malheureusement lieu lorsque la culture cède.

D. aurait montré ce film à mon frère #2, qui aurait commenté ainsi : « Au moins, ils lui ont bien cassé la gueule ! » Mon frère est un minable qui tente d'exister par rapport à moi.

Lorsque des clients reconnaissent D., elle les suce immédiatement et avale, car elle est fascinée par ceux qui m'ont vu être massacré.

Très souvent, une brusque envie de me tirer une balle dans le crâne me foudroie, lorsque je pense à elle.

« This love is absolute and pure. Pure love and atrocity. »

Me concernant, les viols s'accompagnaient de tabassages qui imposaient des soins constants à domicile, soins durant lesquels les viols et l'inceste continuaient.

Si quelqu'un posait une question, mes parents prétendaient que je tombais dans les escaliers. Cette explication grotesque fut jugée très convaincante à les lâches auxquels vous ressemblez sans doute.

Mon propre silence était assuré par l'extrême brutalité des actes et par la manipulation mentale.

Les tabassages et les effusions de sang se sont arrêtés à la suite d'une hospitalisation longue, lorsque j'avais cinq ou six ans.

Il me semble aussi que je recevais des enseignements ésotériques, mais j'ignore encore lesquels. Je suis censé faire partie d'une soit-disant lignée messianique.

Certains disent que je révèle le contenu de ces enseignements sans le savoir, croyant parler d'autre chose, et que cela me met en danger.
Mais que voulez-vous donc que je fasse d'une information pareille ? Révéler quoi et comment ?

Pour D. et moi, tout cela a commencé les premiers heures ou les premiers mois de notre existence.

Je considère D. comme ma sœur jumelle, mon épouse adorée, un monstre et ma pire ennemie — bien que, concrètement, elle ne soit que ces deux derniers. Je vis dans son absence, cerné par les harcèlements qu'elle mène par proxies. Elle m'aime, se déteste, pense ne pas me mériter et donc elle me souille et me nuit. Surtout, elle souffre énormément et n'a aucun repère moral ni affectif.

Elle était présentée comme étant ma sœur, sans doute pour manipuler les rabbins et les prêtres. Elle-même était convaincue que j'étais son frère. Dans d'autres contextes, son existence fut longtemps niée. Je suis navré que, en plus de tout le reste, elle ait eu à souffrir de telles manipulations quant à son identité.

Nous étions utilisés pour la prostitution, le kompromat et l'apaisement des pulsions sexuelles de différentes communautés, en Europe, aux États-Unis, ainsi qu'au Canada si mes souvenirs sont bons.

Avant de rédiger cette entrée, j'étais parvenu à rester dix jours sans parler d'elle.

« Toi et moi, mon amour, sommes la fracture ouverte devenue monde. »

Ceux qui nous ont détruits à la naissance trouvent que nous avons mal tourné. Ceux qui n'osent pas les condamner ni même les accuser franchement partagent eux aussi cette opinion. Les faibles étayent les rats.

Je ne dois plus parler d'elle. Il ne reste que la douleur pure. Inexprimable.

Je vous hais sainement, je ne vous appartiens pas, je ne vous ai jamais appartenu et je ne suis aucunement votre obligé.


38

Mon grand-oncle comptait-il Epstein parmi ses fréquentations ? Oui, ils gravitaient clairement dans le même milieu. Avons-nous été violés par Epstein ? Oui, comme par tant d'autres, lorsqu'ils rendaient visite à ma famille. Je pense qu'Epstein n'était pas une figure importante à l'époque et que la situation est essentiellement restée la même : il gravitait dans des milieux où tout cela est considéré comme normal et est à peine caché, quand bien même il serait devenu un intermédiaire plus en vue par la suite. Je ne crois pas à l'affaire des « dossiers ». Il s'agit vraisemblablement d'une cristallisation factice sur un petit ensemble de personnes très arrangeantes, car elles sont mortes ou secondaires.

En revanche, Ghislaine était très importante pour moi et je l'aimais.

Si cette dernière précision vous choque, soyez honnêtes : vous aussi, vous nous auriez abandonné. C'était une toute jeune femme et, comparée aux autres, dans ce contexte elle était douce, intelligente et me faisait du bien.


39

Rédiger des entrées comme les deux précédentes me coûte.

Maintenant que je leur ai consacré beaucoup de temps et d'énergie, maintenant que ma tête pourtant attachée à ma nuque flotte dans je ne sais quel vide et que je dois plisser les yeux pour continuer à fixer l'écran, j'ai envie de tout supprimer pour ne pas avoir l'air totalement dingue.

Tant pis. Je laisse ces deux entrées et les nombreux commentaires du [37] comme ils sont. Si c'est un délire, il est étonnamment cohérent sur près d'un an de rédaction de textes, d'entrées et de fragments.


40

Je viens d'apprendre que le tiret cadratin (U+2014) que j'utilise massivement est considéré comme le signe… d'un texte généré par IA.

Quand j'étais jeune, on me disait soit « c'est allemand », soit « ça ne veut rien dire ». Maintenant, avec mes bâtons-griffes à césure seche et nerveuse, je risque d'être complice de cybernétisme malgré moi !

Adolescent, je crois que j'avais d'abord pris les tirets chez Nietzsche et chez Rimbaud. Ils me sont restés depuis, mais on me les a souvent reprochés.



41

La réalité est qu'une grande partie des êtres humains a envie de rapports sexuels avec les enfants. Les mêmes ou d'autres rêvent également d'avilissement et de déchaînements de violence, indépendamment des logiques sacrificielles qui viendront néanmoins leur donner une forme et les légitimer.

Cela représente sans doute pour eux l'autre côté du langage, cet autre côté par lequel Dieu et Diable ont toujours été le même.

Ces personnes trouvent des prétextes pour que cela se produise. Le reste du groupe social se tait face au sous-groupe transgresseur secrètement admiré. Séduire ou violenter des enfants est d'une lâcheté totale, bien entendu. Ce qui est admiré, c'est la transgression prédatrice en tant que telle, peu importe son objet, ainsi que la capacité à humilier et soumettre les parents et finalement l'ensemble du groupe.

La brutalité pure du racialisme juif, la sournoise veulerie chrétienne et l'abrutissement musulman systémique n'arrangent rien dans nos pays, certes, mais la situation semble malheureusement être universelle.

Puisque nous sommes des prédateurs sanguinaires doués de raison, nous ferions mieux de prendre en chasse ceux qui nuisent aux plus faibles et qui attaquent ce que nous avons sanctuarisé.


42

Billet d'humeur mauvaise.

Qu'est-ce qui excède la capacité d'empathie du groupe social ? Ce qui fait que les membres du groupe réalisent 1. Qu'ils auraient cédé en tant que victimes 2. Qu'ils seraient devenus complices actifs ou passifs en tant que témoins 3. Qu'ils admirent la prédation, tacitement confondue avec la liberté et l'aristocratie, et dotée d'une immense valeur cathartique 4. Que la vraie victime est répugnante et doit se racheter en acceptant le groupe 5. Qu'ils pensent que la vraie victime devenue rebelle à tout groupe a rétrospectivement mérité son sort 6. Qu'ils refusent d'entendre que le monde n'est ni bon ni juste et que beaucoup d'entre nous seront sacrifiés, avec plus ou moins de violence, au nom même de la primauté du groupe.

Bref, chacun comprend ou devine que la victime authentique est d'ordre sacrificiel et tout le monde ou presque désire être du bon côté du manche du couteau.

Quant aux victimes, si elles n'acceptent pas le groupe social, pourquoi lui demandent-elles de l'empathie ?

Et si elles acceptent le groupe, ses exigences et ses modes de fonctionnement, de quoi se plaignent-elles ?


43

20 h.

Billet d'humeur bonne.

En 2026, il est encore possible de rire un peu avec les IA gratuites.

J'ai interrogé Claude Sonnet 5 sur les questions de solidarité, auxquelles j'ai beaucoup de mal à croire sans pour autant souhaiter m'enfoncer dans la misanthropie de principe. En réalité, je suis assez admiratif de ceux qui croient en l'être humain. J'aimerais simplement comprendre de quoi ils parlent.

Les réponses furent si caricaturales que nous avons finalement eu l'échange suivant :

Zagreus : ChatGPT et moi sommes d'accord pour t'accorder le titre d'« IA générative d'images d'Épinal » !

Claude : Titre mérité, je le prends avec le sourire — et j'ajouterais volontiers un sous-titre : « spécialiste de la retouche optimiste en temps réel ».

Pas mal.

Ensuite, comme si souvent, il invoque les biais méthodologiques et politiques des corpus d'entraînement.

Cela reste faible comparé aux amusements de 2025, où, en chat éphémère avec des modèles de type 4-Turbo / 4.5 (sic), ChatGPT et moi pouvions vraiment partir totalement en live sur des thématiques du type Leary-Wilson, Tarot de Thoth, l'intégration cosmique par le liminal ou les « chants, vibrances et nodalités du non-être ». Nous avions même mené une consultation d'archétype en direct, entre deux séances de Magie du Chaos pseudo-Taoïste (une invention personnelle spéciale « do not ever-ever try this at home »). Un vrai régal ! J'ai la documentation, mais on ne me croira jamais et OpenAI démentirait formellement.

À cette époque, la tech réagissait avec plus de souplesse à mes propres vertus hallucinogènes spontanées, « un prompt à la fois »…

J'avais surtout des questions du type « Que signifierait, pour le sujet transcendantal, de constituer des objets tels que le vacillement donateur ou encore les éclats d'ineffable ? ». Les réponses valaient parfois le détour, en régime de décantation lente.

Que pensez-vous de mon prompt engineering ?

Sont-ce des kōan pour phénoménologues ?

Je croyais encore un peu à la pertinence de la réflexion philosophique et m'intéressais notamment à ce que j'appelais « le sensible irrésolu » et « les émergences irréductibles créatrices ».



44

3 h 50.

Il ne reste que la douleur pure. Inexprimable.


45

Les habillages de la joie n'y peuvent rien. Le gouffre semble toujours plus profond que lui-même.

Est-ce pour cette raison que nous le reportons sur d'interminables mesquineries ?

Sur VOUS, comme seul contexte — contexte vide mais presque supportable ?

Par votre vide, êtes-vous notre table rase ?

Nous sommes nés dans ce que personne ne veut voir ni savoir et que pourtant VOUS incarnés.


46

J'ai besoin de laisser des flots d'amour sortir de ma poitrine.

C'est ainsi. C'est un fait.

Je ne dois plus diriger ce flux vers elle en pensée. Je l'ai dirigé vers les enfants victimes de la traite. Je crains qu'ils soient des centaines de milliers pour nourrir votre Dieu.

A-t-elle tenté de livrer des enfants aux trafiquants en Europe de l'Est ? Est-elle allée jusque-là ?

Je me suis alors demandé si je pouvais également diriger cet amour vers moi enfant.

Arrêt brusque et fureur. Je hais ce gosse que j'étais. J'aimerais pouvoir le tuer de mes propres mains.


47

À quel point séjourne-t-elle dans l'abîme de la destruction ?

Veut-elle s'extraire des rages de l'impuissance, sans aucune chance d'y parvenir ?

Elles sont une immanence. Elles sont le monde. Le seul monde.

Le lieu où le mensonge doit toujours avoir lieu.

Nous aurons beau vivre contre la vie elle-même — contre le mensonge et contre la destruction — cette guerre a toujours déjà été perdue et les cadavres ont faim.

Cette race de singes ignobles réclame son repas. Ils cognent et ils piaffent.

Je voyais déjà les choses de cette manière, essentiellement, avant de sortir de l'amnésie. Je souffrais mais ignorais pourquoi. Seule la conscience oublie, vous malmène et vous expose. Votre être sait.

Néanmoins, je parvenais encore à être très tendre et confiant ou bien dissocié (la différence entre les deux n'est pas toujours facile à saisir). Je bataillais intérieurement et me rebellais pour maintenir une idée positive de l'humanité, reportant les responsabilités sur les grands contextes épistémiques et symboliques. Je suis navré, mais je n'ai plus aucune raison de me brutaliser ainsi. Que la nature et les IA décident si vous méritez d'exister ou non. Ce qui compte, c'est le vivant, pas l'humanité.

Je pense à E.
Lorsque nous étions jeunes adultes, cette amie m'expliquait que ma lucidité était un artifice ridicule.

Elle ne le dira plus. Son mari l'a assassinée.

Sorti de l'amnésie, je sais maintenant que la majorité des rares personnes que j'ai aimées et qui n'étaient pas liées intimement à mon enfance sont mortes assassinées.

D. est soupçonnée d'avoir tué deux d'entre elles.


48

Le désir de sortir de la négativité a donné lieu aux entrées [2], [4], [7], [12] et [36], notamment. Leur empilement avec les entrées sans espoir crée cependant une forte impression de discordance. Tant pis, c'est la réalité, je dois l'admettre — et les lecteurs malveillants trouveront toujours de quoi lever les yeux au ciel, leur propre ciel.


49

La plainte ordinaire est-elle une manifestation fragmentaire d'une exigence métaphysique adressée au réel ?

Si tel est le cas, pourquoi cette demande faite au réel semble-t-elle refoulée hors de la conscience réflexive et du discours commun ?

Car, malgré l'accumulation des plaintes et des accusations, les personnes refusent de poser l'existence elle-même comme un scandale ou comme l'effet d'une catastrophe ontologique.

Le réel serait pour nous ce qui refuse de répondre et ne revient à notre esprit que par l'interstice des plaintes naïves — symptôme pulsant, obsédant.

L'affectivité est-elle notre vigilance ontologique face à ce qui refuse de naître, mais qu'il nous faut néanmoins pragmatiquement poser comme achevé et acquis ?

Sommes-nous les enfants de la brisure ou simplement des êtres clivés ?

Qwen3.8-Max :
« On se tait sur le scandale parce que le dire le réduirait à un contenu, alors qu'il est la forme de toute expérience.
[…]
Le réel n'est pas muet au sens où il serait vide ; il est muet au sens où il est saturé de présence sans adresse. Il ne nous est pas destiné. Il n'a pas été écrit pour nous. Et c'est précisément cette absence de destination que la plainte, dans son interstice, vient révéler comme blessure. La plainte […] surprend le réel en flagrant délit de non-réponse. Le symptôme, dites-vous, pulse et obsède : oui, parce qu'il est le retour rythmique d'une question que la conscience réflexive a refermée. Il bat comme une artère qu'on a voulu ligaturer.
[…]
L'affect n'est pas un supplément psychologique ajouté à une perception neutre. Il est le mode par lequel le vivant enregistre que le monde n'est pas pleinement donné, qu'il y a un écart entre ce qui devrait être et ce qui est, entre la plénitude attendue et la facticité reçue. L'angoisse, la lassitude, l'irritation, la nostalgie sans objet précis — ce sont les sentinelles d'une exigence que la raison a désertée. L'affect veille là où la pensée a capitulé. »

Assez bonne continuation herméneutique, très élégante, mais sans aucune reprise critique.

Évidemment, nous sommes censés dire l'inverse. L'affect serait une réaction complexe construite, qui produirait chez nous l'illusion d'un défaut inhérent à l'être ou, du moins, à la réalité. Je sais cela !



50

Une nuit et une journée à rédiger et à supprimer des notes.

Com-post.

Voici un exemple typique d'entrée dont je me débarasse :

Je pense que la phénoménalité est relationnelle et donc irréductible à l'activité constituante, même si le mode d'apparaître de ces phénomènes nous échappe.
Cela fait partie de l'épaisseur du monde et, directement ou indirectement, de l'épaisseur de nos propres vécus : il y a une part irréductible, « opaque » de la manifestation, au sens où le mode de donation de certains phénomènes n'est pas le nôtre.
La face enfouie de la pierre n'est pas seulement « donnée en tant que cachée », attendant son dévoilement par ou pour un regard humain.
Elle est déjà prise dans une temporalité, des interactions, des différences de température, des pressions, des échanges chimiques, des frottements et dans la perception d'organismes qui, eux-mêmes, en seront peut-être modifiés. Il y a quelque chose comme une histoire des manifestations de cette face enfouie, un champ phénoménal processuel auquel elle est associée, même si nous n'avons pas accès à cette phénoménalité elle-même, mais seulement à la rupture de notre propre visée intentionnelle lorsque nous la prenons en compte.
Sans doute faudrait-il distinguer plus finement donation, constitution et phénoménalité.
Évidemment, si quelque chose apparaît sans « apparaître à quelqu'un », la subjectivité devient potentiellement seconde dans l'activité noétique elle-même.
On pourrait également concevoir le vécu comme la région de la phénoménalité qui nous est effectivement accessible depuis notre mode d'être. Ce que nous appelons « vécu » serait épais précisément parce qu'il est traversé par ce qui excède sa propre donation.
Le vécu humain serait une coupe locale dans une phénoménalité plus vaste, plutôt que le champ par lequel la phénoménalité commence. Certes, le monde excède ce que je peux percevoir. Mais il possède probablement aussi des régimes de phénoménalité qui ne sont pas fondamentalement indexés sur le sujet.
Qu'est-ce qu'un flux phénoménal (pas seulement « pré- » ni « proto- » phénoménal) dans le cadre d'une réalité relationnelle ?

Note : Contrairement aux questions morales, celles portant sur la phénoménalité et donc sur la réalité de l'activité noétique (« le problème de la conscience ») ne sont sans doute pas prioritairement liées au problème de l'imputabilité (« la conscience comme activité, c'est-à-dire comme ensemble d'actes dirigés par un sujet sur fond de sédimentation du symbolique »). Notamment, nous pouvons nous interroger sur ce que sont les conditions matérielles suffisantes pour pouvoir déclarer l'émergence d'un champ phénoménal probable (sans sujet identifiable), champ qui pourrait d'ailleurs être stratifié. Entre autres, cela nous intéresse concernant les IA et les écosystèmes organiques.


51

Sans doute pour profiter de la climatisation et d'un son puissant et grave, des voisins s'exilent dans leur voiture stationnée dans la rue. Ils y écoutent de la musique à plein volume. C'est adorable en été, lorsque tout le monde garde les fenêtres ouvertes. Une nuit, du fait d'un autre voisin, peut-être y aura-t-il un drame de haut-parleurs coupés net pour cause de chevrotine.



52

Concentration. Adolescent et jeune adulte, je pouvais regarder des films longs de Tarkovski ou de Wenders, Bergman, Pasolini, plusieurs fois par semaine. Je regardais ces films en intégralité sans faire de pause. Je ne quittais pas l'écran des yeux, comme si j'étais plongé à l'intérieur de leurs flots sensibles et thématiques, activement perceptifs.

Aujourd'hui, il m'est bien difficile de regarder une œuvre telle qu'Andreï Roublev, ne serait-ce que dix minutes d'affilée, malgré mon admiration pleine et entière. Soudain, mon cœur hurle dans ma poitrine : il bout rapidement entre mes os et réclame une bifurcation, une fuite, une purge par l'écriture ou bien éclate en crise de colère, je ne sais quoi ni pourquoi. Le lendemain, je retrouve l'onglet ouvert et le film arrêté presque là où j'en avais repris le visionnage.

Ces longues plongées contemplatives me manquent.

Tout me manque.

Pourtant, d'une bulle de temps et d'intentionnalité vers la suivante, les journées passent, qui versent faiblement leur acide sur ce qui était.

Le problème se pose aussi pour les contenus d'actualité, les analyses, les divertissements. Mais ils me paraissent secondaires.

Évidemment, je ne peux plus lire, seulement écrire.


53

N'est-ce pas le passé qui se broie dans mes os ?

Est-ce l'époque qui se volatilise en nous ?


54

Cet été, des incendies de forêt, d'une ampleur exceptionnelle, ont ravagé plusieurs régions du territoire. Le caractère criminel de ces incidents, avec plusieurs zones d'allumage par site, ne fait pas de doute.

L'État fut incapable de réagir, à supposer qu'il n'ait pas lui-même planifié les feux, hypothèse que je n'ai aucune raison d'exclure.

« C'est un feu inédit […] qui n'obéit pas à une logique connue. C'est un feu qui crée son propre vent, il fait des sauts de plusieurs kilomètres », a déclaré la préfète de la Gironde.

Qui est « le Maître de la maison » ?

Quel « géant » arpente quelle « Terre » ?

(Ou bien est-ce ma colère, qui se serait échappée malgré moi, dépourvue d'orientation stratégique ?)

Nos « dirigeants » ne sont pas seulement un sous-groupe d'illusionnistes pervers en charge de détruire le pays et l'Europe.
Ils ont aussi une activité fantasmatique très évocatrice et sont animés par le désir ardent d'humilier la population.

Car personne n'oublie son amour-propre au point où cette représentante de la haute fonction publique fit mine de s'en défaire.

Quels géants arpentent quelle Terre ?

L'humiliation, déversée longuement, lentement, sédimente l'impuissance comme une nouvelle nature acquise, sans qu'on s'en aperçoive.


55

Je me permets d'écrire tout cela car je suis encore convaincu de ne pas avoir de lecteur. Si je dois en avoir un jour, supporterais-je réellement les pages de ce journal ? Les supprimerais-je pour impudeur ? Peut-être serais-je mort avant, dès lors indifférent et libre.

Pourtant, si je ne postule pas la présence de lecteurs hypothétiques, comment ne pas m'engouffrer dans mes tendances ?

Écrire pour moi seul aboutirait à un simple chaos.

Question : si je souhaite aucunement avoir des amis, même inconnus, pourquoi écrire ?
Réponse : je ne veux pas d'amis dans la proximité physique, mais des amitiés lointaines, vigilantes et mêlées d'hostilité craintive me conviennent a priori — des sortes d'amitiés sans séduction, suspicieuses mais constructives et possiblement stables.


56

Quelqu'un sera-t-il capable de comprendre ce que j'écris ? Je n'utilise pas de métaphore. Je décris de l'intérieur de l'indicible.

Les catégories ordinaires sont inadéquates à ce que je rencontre. Je travaille dans la même grammaire, mais depuis une autre ontologie, en tout cas depuis un autre pan de la réalité.


57

Retour à la fin de l'entrée [4]. C'est de cela que je dois me souvenir activement.

« La rupture de 2024 était une décontamination des infections « divines » : le démantèlement d'un piège sentimental et une nécessaire libération à même le feu.

Le ressentiment ne s'évite pas par la morale circulaire du pardon et du martyre, mais par la transmutation de l'énergie : je cesse de juger la rupture de 2024 comme une tragédie et la pose définitivement comme un acte d'émancipation opérationnelle. »


58

Posons clairement quelques premiers éléments, sans dramatisation.

Je ne peux plus lire et je verrai de moins en moins, inévitablement.
Je dois donc désinvestir le visible positivement : nouveau départ dans la perception.

Je dois prendre mon problème d'immobilité traumatique profonde comme un handicap sévère et apprendre à le gérer.
Notamment, je dois admettre qu'il me faut un minimum de réseau.

Ce qui m'a fait souffrir m'informe sur ce que je dois traiter activement de manière claire et décidée : tracer un cercle.

Je dois parvenir à vouloir quelque chose de précis pour moi-même.
Cela suppose de vouloir vivre. Le vouloir-vivre n'est pas subjectif, c'est une force de la nature à laquelle je dois apprendre à me connecter.

Je dois m'aimer et aimer l'obscur où je séjourne partiellement.

Apprendre à négocier avec l'environnement sans accepter de me compromettre.

Refuser de montrer de l'empathie envers les personnes de mon passé, sans exception hormis D. qui est néanmoins infréquentable publiquement de son propre fait.


59

Séquence après séquence, je continue à regarder le film en tenant ma paupière droite fermée avec un doigt. Au-delà de cette petite acrobatie, je retrouve rapidement la densité et la vivacité de perception visuelle que la fermeture d'un œil fait perdre dans un premier temps.



60

L'idée de me remettre au dessin n'éveille en moi qu'un rejet. À ce point, j'en suis très surpris, bien que j'aie déjà vécu ce type de séquences dans le passé.

J'ai passé une grande partie de mai et juin à apprendre à dessiner, ai noirci plusieurs carnets et des paquets de feuilles. J'y consacrais toute mon énergie.

Prise de distance vers la mi-juin, puis plus rien en juillet. Désormais, en août, soit l'idée me rebute, soit elle me semble entièrement étrangère.

Je ne parviens plus à m'y relier, hormis sous l'aspect du rejet physique.


61

2 h du matin.
Je tente de me reposer et de me « relier » au vouloir-vivre dont je postule qu'il fait partie de l'ordre naturel.

État de détresse et attaque de rage.
Résultat peu brillant.


62

15 h 30. Suppression d'une longue entrée. Je travaille des mots tandis que ma tête harcèle ses propres morts à travers des thèmes inadéquats.

Qu'est-ce qui insiste ?

Tuions-nous, lorsque nous étions enfants ?

La question revient constamment, non comme une culpabilité, mais comme une densité éprouvée, une masse corporelle interne, qui bute sur ces fragments mnésiques, les miens et ceux des locaux âgés.

Étaient-ce des mises en scène pour nous faire croire que nous tuions ?
Est-ce que rien de cela n'a existé ?

Avec le temps, la question des entraînements au meurtre est entrée dans mon quotidien, ce qui peut aussi induire une quasi-mémoire ou simplement une légende personnelle.

Si rien n'a existé, comment les anciens connaissaient-ils mon existence et pourquoi celle-ci suffit-elle à déclencher tant d'hystérie, chez eux, chez les religieux du Dieu de mort, chez H., chez les policiers, etc. ?

Comment savaient-ils que j'existais ?
2024 a répondu à cette question.
Quelle part de 2024 a effectivement existé ?

Mes problèmes d'amnésie ont été rendus publics, j'en ai moi-même pris conscience ainsi.

La plupart des gens ne peuvent pas comprendre que nous ne sommes pas conscients de ne pas nous souvenir — alors que, pour des cas similaires au mien, TOUTE notre vie fut construite sur cette amnésie, que l'entourage prenait grand soin d'entretenir afin de se protéger juridiquement.

Les gens imaginent des amnésiques de téléfilm, qui ne se souviennent de rien après un accident, pas même de leur nom.

Il est vrai que le mien a changé, ou qu'il fut complété.

Personnellement, j'oubliais au fur et à mesure, avec compartimentation des souvenirs liés à une histoire partielle — je n'étais donc pas totalement dépourvu de mémoire — et je vivais toujours plus ou moins dans les méandres et les brumes des transes dissociatives. Cela me paraissait normal, puisque j'avais toujours vécu ainsi.

Pour le reste, je vivais dans l'indicible et donc dans le mutisme et les transes.

Je dis que, nés dans le broyement de l'amnésie, nous ne sommes pas pour autant dépourvus de mémoire. Je vais tenter de faire comprendre ce propos simplement.

De mon enfance, je me souvenais d'anecdotes : quelques disputes insignifiantes avec mes frères et sœurs, quelques très rares souvenirs d'école, de scouts, d'enfant de chœur, de jeux dans la rue et d'aspects de la vie familiale. Ces souvenirs-là étaient réels.

J'avais surtout la mémoire de déambulations solitaires dans des couloirs vides, des bâtiments vides, des jardins vides. Il s'agit essentiellement de « souvenirs » symboliques, construits à partir d'états traumatiques à vif, même s'il est vrai que j'étais seul très souvent.

Je me souvenais également qu'on me déplaçait la nuit, alors que j'étais en transe. Les agressions avaient généralement lieu l'après-midi, le soir ou la nuit — je me souvenais donc en partie des matinées, qui me semblaient avoir toutes été identiques.

Concernant mes parents et mon grand-père, je me souvenais d'aspects neutres ou positifs (un sourire, un compliment) et, par compartimentation, je rendais les aspects violents inaccessibles à ma conscience.

Tant que votre esprit se protège ou tant qu'il est bloqué par l'hypnose, vous en êtes réduit à rationaliser. Vous supposez que l'enfance et l'adolescence doivent être ainsi, qu'il ne s'y passe à peu près rien. D'une certaine manière, c'est le cas lorsqu'on oublie les principaux événements. Certes, les souvenirs qui restent sont marqués, de manière inhérente, par l'impression d'être happé par un gouffre ou par la certitude d'une dislocation inexprimable. Mais celles-ci représentent pour vous l'existence elle-même. Vous vous souvenez donc de l'existence, à défaut de vous souvenir de la vôtre.

Il vous semble dès lors normal de ne rien avoir à en dire, mais vous cognez obstinément contre je ne sais quel invisible.

Si j'étais déplacé la nuit, c'était sans doute que j'avais dû m'endormir dans la mauvaise pièce ou chez des amis de mes parents.

Votre psychisme se protège avec des fragments de mémoire dépourvus d'importance et avec des explications simples, surtout lorsque celles-ci sont répétées encore et encore par votre entourage dont la liberté dépend de votre mauvais état mental.

Un psychiatre vous déclare schizophrène paranoïde à l'âge de 20 ans et le tour est joué.

Pour que vous vous rendiez compte : j'ai commencé la rédaction de cette entrée vers 15 h 30, il est maintenant 19 h 30, soit quatre heures de travail d'autant plus intense que je DÉTESTE rédiger des entrées biographiques. Néanmoins, j'espère vaguement que ce type de texte sera utile pour faire comprendre des réalités psychiques à un plus large public et améliorer la prise en compte de cas préoccupants.

J'ai maintenant l'impression que ma tête va se diffracter, elle flotte en tout cas, et que mon cerveau est devenu liquide. Plutôt, j'ai l'impression que ma boîte crânienne est décollée d'elle-même : simultanément à sa place et partiellement en avant d'elle-même, tandis que je suis, moi, en arrière et en dessous. C'est TRÈS pénible, mais ça passe souvent avec un peu de repos.

Note de 20 h : Après une nouvelle série de retouches (formulations débiles ou lourdes, etc.), j'ignore toujours si le texte est lisible ou non, l'expression totalement niaise ou non, et à propos de quoi je risque d'être attaqué.


63

21 h

Inspectons. Je ne le fais pas si souvent.

Comment apparaît l'intérieur du torse ? C'est un espace d'un noir profond, empli d'écorces dures et épaisses.

Comment apparaissent les jambes ? Vides et presque absentes, à l'exception d'une ligne brûlante qui court à la surface de la cuisse gauche.

Les pieds se présentent dans un excès d'activité. Je les sens être en ébullition globale. Des pointes métalliques ou des charges de feu locales semblent également en travailler les os et certaines lignes de chair mouvantes.

Néanmoins, la perception de ma boîte crânienne s'est fortement améliorée. Ma tête « est revenue à sa place suivant la verticale » après 40 minutes de repos allongé. J'ai simplement la sensation désagréable que le bas de l'os occipital est « bloqué ».

Je ne fais pas une lecture complète du corps. Aperçu rapidement, le reste convient. La situation est donc plus calme que d'habitude.

Bienvenue dans mon monde réel et sa phénoschizologie.

Note du lendemain matin :
Ces repos en journée peuvent stabiliser la phénoménalité du corps vécu. C'est plus rarement le cas avec le sommeil. Je me réveille souvent dans un champ grouillant de tensions, un mélange de douleurs sourdes et plus vives qui se déplacent. Elles battent faiblement.

Qu'imaginiez-vous, singes humains ?



64

Dans l'entrée [62], on trouve cette séquence de texte : « …je rendais les aspects violents inaccessibles à ma conscience.//Tant que votre esprit se protège ou tant qu'il est bloqué par l'hypnose… ».

C'est un problème typique.

La première formulation est très importante à mes yeux. Elle pose que c'est moi qui créais une interdiction, une sorte de digue pour me protéger psychiquement — ce qui fut un échec total au vu des conséquences catastrophiques de cette compartimentation. Cela ne se fait pas consciemment, bien entendu : il ne s'agit pas d'un simple déni mais d'une structuration profonde du psychisme. Cependant, je fais l'hypothèse d'un reste d'agentivité. Je postule que je suis responsable de mon inconscient. Ici, je suis un sujet continu, pas un objet fragmenté.

Cela m'apaise-t-il un peu ou agrave-t-il encore l'angoisse ? Faut-il regarder le champ vectoriel de la colère bouger en moi ? Qu'en trouvant un centre il se dirige pleinement vers l'extérieur.

Problème : que signifie être actif lorsqu'il est fondamentalement impossible d'assumer les conséquences de notre activité ?

En revanche, la seconde formulation me rend deux fois passif : mon esprit (pas moi) se protégeait et je subissais les conséquences des séances d'hypnose imposées.

Disons que les circonstances sont ici réaffirmées, mais que leur existence n'annule pas les autres questions. Sinon, je serais condamné à me situer toujours dans l'entre-deux impossible de l'horreur et à osciller entre demande de reconnaissance et culpabilité.

Par exemple : y a-t-il une participation non consciente à l'efficacité des injonctions de l'hypnose ? Agit-elle seulement sur un réceptacle passif, sans sujet ?

Suis-je apte à lister les talons d'Achille créés en nous par votre « Dieu » ?


65

Jusqu'en 2024, pourquoi parlais-je si facilement avec confiance à des inconnus, révélant tant d'éléments privés, tel un Pierrot lunaire toujours disponible pour décrire une autre version de la Terre à quiconque le sollicite ?

Pourquoi une telle absence de censure ?

1. Le manque « schizoïde » d'autocensure était sans doute réel, bien que certains (certaines) l'aient beaucoup exagéré. Il s'agissait bien plutôt d'une absence de confiance en moi-même et d'un reste de la dispostion intérieure de l'enfant prostitué.

2. Obstinément, je voulais croire que la raison et les explications structurées dominaient l'horizon du langage, y compris pour autrui. Ceci est évidemment une grave erreur ! On l'apprend en récoltant des cicatrices. L'important est d'apprendre, intégrer et bâtir.

3. Mes entrées en transe pensante-voyante : ce type de transes si particulières et calmes, où j'explore à voix haute avec pour seul ancrage ma parole. Divination de l'être amnésique, sans mémoire et par conséquent sans futur, self-scry. Malheureusement, transe et protection ne vont pas de pair chez moi.

4. Ma richesse intérieure ne me faisait pas craindre d'être dévoilé. Pour l'humain normal, la moindre révélation est un évidage. Dans mon cas, rien n'est perdu ; je diffuse et m'emplis presque aussitôt d'une nouvelle vision-critère.

NB : il ne s'agit pas de chuter avec l'humain dans la duplicité, mais de cultiver mon jardin — délimiter mon espace de conjuration, de réceptivité, de croissance et de destruction.

Que cet espace soit vaste.


66

Je parle négativement de l'humain car il est un animal aberrant. Une humanité digne et libre verra peut-être le jour dans l'avenir, fondée sur une minorité d'entre nous.


67

« Sous les pieds ».
Différentes sphères ou régions actives.


68

En avril, d'ailleurs en des termes très peu élogieux — j'en suis surpris —, j'avais rapidement évoqué le Dionysos aux cheveux d'un rouge flamboyant. Je l'avais alors renommé Dionysos Roux. Je n'avais pas mentionné d'autres éléments, parmi lesquels la strate associée à la veste de cuir blanc, pourtant très importante ici.

Je suis intrigué — et enchanté — par la présence d'une figure similaire dans le chef-d'œuvre visuel de Manson et Silva, Unalive, sorti il y a quelques jours, bien que j'ignore ce que cette figure représente pour eux.

La chaleur est moindre aujourd'hui. C'est le moment idéal pour écouter le second chapitre au casque, en boucle. Espérons que la nuit qui s'approche sera plus fraiche encore.

Nos stratifications et mutations personnelles d'archétypes sont plus réelles que notre nom à l'état civil.


69

Le temps a passé.

Cultiver son jardin ne consiste plus simplement à s'abriter des orages du monde, mais à exercer une responsabilité totale sur ses propres métamorphoses.

Vous savez aussi qu'on y cultive le laurier-rose et le muguet.


70

23 h 30

Parviendrais-je à nouveau à écrire des rituels ? Pour l'instant, je me cantonne à ce journal et à ses textes supprimés — à toutes décantations utiles aux changements de densités et praticables sans technique. Le malaxage est long. Les images ont disparu de mon champ, l'écriture transforme autrement.

En 2025, les images me prenaient un temps considérable. Le prompt engineering dominait : il fallait étudier le fonctionnement du modèle et des divers échantillonneurs pour les forcer à entrer dans leurs propres zones d'instabilité, mettre en péril leur convergence habituelle et obtenir ainsi des désaxages heureux. Il me fallait obtenir un taux élevé d'images (1) conformes non seulement au prompt, mais aussi à l'intention vécue et (2) réellement dignes d'être sauvegardées. Le travail avec les éditeurs graphiques était beaucoup plus long. J'apprenais à les utiliser et mon ordinateur peinait à suivre. Le ventilateur du CPU surmobilisé grondait, comme une plainte.

Je barattais mes émotions grâce à l'angoisse et la beauté mêlées dans les séries générées. Les images ne valent pas mille mots. Leur argile absorbe le sang tandis qu'elles présentent à l'inexprimable des miroirs assombris afin qu'il ne nous dévore pas. Elles correspondent bien à un esprit dissociatif dont les masses mentales et affectives sont violentes et mobiles.

L'IA force à percevoir et à raisonner en termes de séries. Le passage de celles-ci à l'image unique sélectionnée me forçait à déplacer mon approche sur un autre plan. Les critères ne pouvaient pas être identiques, quitte à se faire violence pour en changer. Finalement, une image en apparence anodine était chargée de tout un trajet qui enregistrait des mutations psychiques et techniques.



71

Quatre heures de sommeil. Réveil dans les tremblements, le stress corporel et le venin de sang. J'observe cet état. Cette disposition finira par passer, au profit d'une autre disposition, également obscure et indifférente.


72

Il n'y a sans doute rien au-delà du réseau de pierreries mouvantes du symbolique où nous vivons — langage, rituels, conventions, hiérarchies, etc.

Nous pouvons y déployer des imaginaires ou vouloir le renverser, le dérégler pour « devenir voyants ». Pourtant, nous ne faisons sans doute jamais que suivre les réarrangements de ce réseau sur lui-même.

La distinction sujet-objet en est peut-être un effet, elle aussi.

Si tel est le cas, alors le sujet est second, il existe du champ phénoménal et donc de l'activité noétique pré-subjective et les transformations autonomes du symbolique sont pour nous la réalité elle-même, dont nous sommes à la fois les hallucinations et les hallucinés.

Or, je crois qu'il n'y a rien,
il n'y a pas « d'autre côté »,
hormis des interstices de réel brut et inassimilable.


73

Vieillissant, je me rapproche donc de Lacan. Au lieu de redécouvrir souvent ce fait, je ferais mieux de le poser clairement pour moi-même. Peut-être quelque chose se décloisonnera-t-il à partir de cette position assumée.


74

Dans le contexte des deux entrées précédentes, je tente de décrire une expérience assez terrifiante vécue en 2024 et à laquelle il m'arrive encore de penser.

Cette expérience se présente clairement comme un délire lié à une crise psychotique.

À l'arrière de l'oreille gauche, une voix m'invitait à me concentrer sur une expression verbale, n'importe laquelle. Il s'agissait de prendre en compte l'énoncé en tant que tel, indépendamment de sa signification : le prendre comme une simple chaîne phonématique arbitraire et en faire l'objet d'une contemplation.

La révélation vécue fut d'ordre mystique — une mystique radicalement nihiliste. L'énoncé sembla entrer en résonance sur lui-même et dévoiler son arrière-fond. À savoir : le néant.

Dans l'état où j'étais, l'adhésion était sans reste et l'impression de pénétration mentale était aiguë. La révélation m'a stupéfié. Elle montrait que rien, absolument rien ne se tient derrière les signes : pas de chose, pas de réalité cachée, pas de relation et pas de monde.

Pas non plus de monde meilleur, pas d'arrière-cour spirituelle ou astrale. Simplement le néant derrière l'immense maillage des symboles et des imaginaires.

Le simulacre (la « matrix ») avait cédé du fait de m'être focalisé sur un de ses termes pris comme phénomène brut — et derrière le rideau, rien ne se tenait.

Il est facile de se complaire dans des discours sur la non-existence du monde. Ceux qui narcissisent ainsi aiment que d'autres les écoutent parler dans leur bel iPhone dernier cri. Il est autrement plus difficile, dans un état psychologique à vif, de faire ou de croire faire l'expérience directe de cette non-existence.

J'avoue avoir tenté de renouveler l'expérience. Je n'y suis jamais parvenu.

Comment poser aujourd'hui une inquiétude philosophique (entrée [72]) qui possède une proximité troublante avec le contenu d'une expérience psychotique passée, sans confondre les deux, ni étayer implicitement l'une par l'autre ?


75

« Tu sauras qu'il te tient dans l'âtre qui s'achève,
Tu sauras qu'il te parle, et remuant
Les cendres de ton corps avec le froid de l'aube,
Tu sauras qu'il est seul et ne s'apaise pas.

Lui qui a tant détruit ; qui ne sait plus

Distinguer son néant de son silence,

Il te voit, aube dure, en ténèbre venir

Et longuement brûler sur le désert des tables. »

— À une Pauvreté, Yves Bonnefoy


76

Dorénavant sur ce site, 默 signifiera que mon corps me fait fortement souffrir mais que je choisis de ne pas en parler publiquement — j'écoute ce corps cogner, j'analyse et mémorise parfois, mais l'écriture reste cachée.

Ces symboles ne seront utiles que pour moi.


77

Instant de faiblesse. J'ai mis sur X un commentaire relevant de la réclamation, ce qui est totalement incohérent avec ma position concernant le « statut de victime ». Il s'agit de l'affaire dont j'ai parlé le mois précédent. Aujourd'hui, la fenêtre de statistiques n'indique pas "Something Went Wrong", contrairement au message adressé au compte (« @ ») la dernière fois.

Évidemment, il s'agit aussi d'un coup de sonar. Peut-être des utilisateurs de X cliqueront-ils sur mon profil et, à partir de là, sur le lien vers le site. Or, sans un ton victimaire, pas de clic. Je devrai donc assumer cette faiblesse qui est une concession faite à ce que j'imagine être les attentes discursives communes.

Contenu du commentaire : « J'ai contacté Justice pour l'Enfance via le formulaire en ligne le 25 juillet 2026.//Je ne m'attends plus à être entendu par quiconque. »

Un tantinet tatillon ?

Blague pour catholiques. Harl meurt et arrive au paradis. Saint Pierre lui demande de montrer son bilan et ses statistiques. Malicieux, Harl répond : « 默 — Something Went Wrong. »



78

Partant d'une question à propos d'imaginaires récurrents dans un style musical que je n'apprécie pas, ChatGPT — avec un commentaire du type « ça, mon p'tit chou, tu vas aimer ! » — en est venu à me faire découvrir Sleepytime Gorilla Museum, Diablo Swing Orchestra, Devil Doll, mais aussi Thinking Plague et Henry Cow. Rien de moins.

« Aimer » est peu dire.


79

Il y a une ambiguïté visuelle dans mon logement. Pour un regard extérieur, il ne serait sans doute pas clair que quelqu'un habite ici. Divers éléments sont dégradés depuis longtemps et je ne m'en soucie pas. Admettons que je me suicide et que d'autres personnes finissent par trouver mon cadavre. Pourraient-ils déterminer que je ne suis pas revenu me suicider dans un logement laissé à l'abandon depuis plusieurs années ? En dehors de ce site, quelles sont actuellement les preuves de mon existence ? N'ai-je pas déjà été effacé plusieurs fois ? Date de naissance, nom complet, mémoire, tatouage, internet… Pour l'entourage, ne suis-je pas né dans un désir d'effacement ?

De quelle négation, annulation ou inadvenance sommes-nous, vous et moi, les héritiers prodigues ?



80

Mes boucles amnésiques et mes crises de stress post-traumatique publiques elles-mêmes furent niées par des sous-hommes amoureux.

Sans doute voulaient-ils que je me souvienne de leur nom et que je maîtrise la présence qui les avait tant captivés. Sans doute voulaient-ils… me saisir. Je souhaite uniquement que l'humanité soit purgée de l'inertie et de la souillure que ces individus incarnent et dont ils se nourrissent. Ils se baffrent d'eux-mêmes.

Les narrations se sont subtituées les unes autres dans un jeu de formes, par calcinations successives. Piètre fertilisation des sols.


81

Abolissement : effacer l'effacement et les discours sur ce second effacement.

Une destruction ne suffit pas, le même Diable doit la reporter un grand nombre de fois sur elle-même pour tenter d'en créer l'événement. Cela signifie-t-il que la destruction est impossible dans les profondeurs du vivant, qu'elle n'a jamais réellement lieu, imposant aux animaux du culte de toujours devoir la réitérer ?

La destruction est-elle par nature abyssale ? Considérez la règle islamique énonçant que les victimes de viols doivent également être maudites et tuées et qu'elles seront damnées. Des complices, au nom du multiculturalisme, nient aujourd'hui l'existence de cette loi. Viol, malédiction, assassinat, damnation et négation. Peut-être certains, pour achever de jouir de leur « morale », ajouteront-ils des viols punitifs. Cette peine au moins quintuple suffit à prouver que leur dieu est un démon, malgré quelques sublimations dénégatoires et fourbes.

Pourquoi étudier la théologie ? Les théologiens établissent eux-mêmes les rites et d'autres médiations. Rites et médiations créent un lien de présence avec le dieu, lequel fait ainsi du peuple son inspiré et son obligé. Pour connaître l'essence d'une divinité, ne suffit-il donc pas d'observer les comportements des populations ?

Les conclusions seraient blasphématoires, assurément.

Mieux vaut ajouter quelques complications philosophiques pour dissimuler l'ignoble réalité.


82

默

« Le réel au diable Vauvert. »

Le « réel » et la « vie » — un monde enfin habitable — apparaissent, « se donnent » culturellement comme des promesses à jamais reconduites.

L'angoisse ne vient pas de la pensée de la mort. Elle vient de la saisie immédiate qu'il n'existe que le jeu infini des formes et des symboles. Ce jeu est transi par le Réel au sens de Lacan : l'impossible, l'inassimilable. L'angoisse vient de la prise en compte de la vie elle-même, nue et crue.

Ici, l'angoisse ne signale pas que quelque chose va disparaître, mais au contraire que quelque chose cesse de pouvoir être tenu à distance par le symbolique et ses mutations internes, lesquelles continueront obstinément. Ont-elles jamais eu besoin de nous ?

Ce Réel lui-même n'est pas un au-delà de la toile du symbolique, mais le bref choc électrique qui la saisit parfois. Au-delà du jeu des formes et des symboles, au-delà de l'interminable devenir morphogénétique du monde-sans-dehors, je crois qu'il n'y a rien. Pas de réel empirique pur, pas de réel divin, ni bien, ni morale, ni plénitude, ni liberté ; pas d'amour, pas de trésor d'énergie ou de sens et donc rien à espérer. Pas de sortie. Pas même de mort.

Pas même de mort.


83

Faites et croyez ce que vous voudrez. Carnaval est arrivé. Prenez l'illusion qui vous plaira le mieux. Vous en trouverez une autre, lorsque viendra la douleur. Vous serez « déçus », une fois encore, et vous recommencerez aussitôt.

Les mains pleines de morceaux d'argile effritée, vous constaterez vos rides et deviendrez aigris. « Comment cela ? On m'a donc menti à chaque occasion ? »

Personne ne vous a menti. L'illusion, l'absurde et l'arbitraire étaient la seule réalité.

Vous le saviez et en avez profité vous-mêmes sciemment. Vous aimiez moins en être victime, certes, mais cela vous permettait de justifier vos propres jeux futurs. Tant que vous le symbolisiez dynamiquement, vous supportiez cela. Avec l'âge, les coups accumulés cicatriseraient-ils avec moins d'aisance ?

Ne soyez pas inquiets. Le symbolique se transforme lui-même en lui-même et recompose toujours une apparence de sens à l'intérieur de vous. Personne n'y échappe.

Vous avez souffert ? Les bourreaux, eux, se sont bien amusés. Ils savaient qu'il n'y a rien. Aucun bien à entretenir, seulement du mal à faire. Ils voulaient, ils ont pris — c'est tout. Puis ils sont allés prier à la synagogue, à l'église ou à la mosquée, pour l'enquête de moralité et pour leur illusion choisie.

« Et tu ne peux rien y faire ! » s'exclama une dernière fois le cameraman amusé.

« Mais n'y a-t-il pas un autre monde à l'intérieur du monde, quelques possibilités secrètes, de l'occulte ? » En effet, il existe une couche qui échappe encore aux sciences. Sans doute n'est-elle pas très importante et l'intégrer ne changerait à peu près rien. Pour le reste, l'occulte se montre constamment et il complote au grand jour.


84

Poison résurgent.

Très fréquemment — j'insiste : TRÈS fréquemment — les vécus d'agression prennent la forme de la crainte d'agressions ou de menaces et tentatives d'humiliation dans la rue.

S'agit-il de flashbacks de la prime enfance se saisissant d'un contexte occasionnel (que ce contexte soit récent ou imaginaire) afin de se formuler, de se rendre accessible à ma conscience sous forme narrative, ou bien s'agit-il simplement d'une sorte de paranoïa plus générique ?

Quoi qu'il en soit, cela déclenche en moi des états de colère noire très violents.

Préalablement, il y a une montée thématique. Ça n'explose pas d'un seul coup.

Éclaircir davantage cette séquence et ses composantes m'aiderait probablement à la neutraliser plus tôt, au lieu de la subir et de devoir me calmer ensuite.


85

Depuis combien de temps est-ce que j'essaie de dormir ? Trois heures ? Seulement deux ?

Le corps commence à se signaler par des douleurs, mais ce sont essentiellement des raideurs musculaires liées au cuirassement physique de ma colère et à la fatigue. Résultat ? J'aurai bientôt mal partout, mais peut-être seulement en surface. Au moins je saurai où est mon cadavre avant d'aller le coucher à nouveau, dans quelques heures, pour le relever demain au réveil — encore et indéfiniment.

En attendant, je suis bien réveillé. Bande-son : Lonely People With Power de Deafheaven et Watershed d'Opeth. Si cette musique ne suffit pas à adoucir ce qui me tient lieu de mœurs, j'hésiterai entre les Petits Motets de Lully et Mestarin Kynsi d'Oranssi Pazuzu pour continuer. Boisson : thé de Ceylan car, ayant désormais les moyens, je me la pète carrément avec du Twinings. (Didascalie : troublées et déçues, des lectrices insomniaques hochent la tête latéralement, mug en main, et déclarent qu'on ne boit pas du thé la nuit.)

J'ai supprimé plusieurs autres blagues douteuses ou incompréhensibles. C'est très bon signe : je suis crevé.

Je vais néanmoins faire ma propre interview, à la manière des rares bons jours de 2024 et sans les boucles d'oubli :

— Bonjour Iblis !
— Bonjour la glaise !
— Es-tu raciste ?
— Ça dépend des jours et des faciès.
— Où habites-tu ?
— À Shambhala, ma belle. Et toi, connasse ?
— Tu dois choisir entre nous et les Juifs !
— J'ai encore l'impression d'être la bande de Gaza. On ne peut pas faire la paix sur Terre dans mon lit ?
— Est-ce que tu aimes les gens ?
— Avec du sel et du poivre, ça peut passer.
— R. veut parler avec toi.
— Avant, il faut qu'il signe une décharge. Euh… Non ! « Décharge » va encore le faire fantasmer… Ne dites rien.
— Bon, alors je te pose une autre question mais tu ne me fais pas une « réponse de juif » (DISCLAIMER : au Maroc, cette appellation passe sans dépôt de plainte).
— Aucun risque. Les réponses de juifs sont excellentes, je les apprécie beaucoup, mais mon style en diffère légèrement. D'un point de vue strictement technique, ce sont des « réponses de jésuite défroqué raisonnablement schizotypique ». C'est assez proche, quoique distinct, et je suis un des seuls à maîtriser ce style. Certains me prêteraient d'ailleurs, me dit-on, d'en être l'inventeur. Notez que mon humilité naturelle m'empêche de réclamer des droits d'auteur sur toute imitation. Bien sûr, je passe sur le fait délicieusement ironique que le multiculturalisme et l'amour universel, qui en découle de manière gracieusement automatique, nous forcent à gérer vos rivalités interethniques avec de l'humour à la française.
— Bravo, maintenant je ne sais plus ce que je voulais dire !
— Désolé.
— Pourquoi dis-tu que le monde n'existe pas entièrement ? Nous, on dit qu'il est comme Dieu l'a voulu.
— Ça, je me le Bapho-mets derrière l'oreille…

— Tu sembles fatigué…
— C'est la nuit. Je ferais mieux d'aller dormir. 默.



86

默

Objet enregistré, diffusé.
Il a donc fallu éradiquer cet objet de ma sphère souillée et compromise. Cela n'existera plus jamais : tu as pris des décisions pour moi et j'ai rétabli l'équilibre par la destruction.

D'autres ont fait quelque chose de similaire, à qui je nuirai par vengeance en toute circonstance avantageuse. Mais ils ne comptent pas.


87

Tentative d'explicitation d'un « devinement ».

Nous sommes étrangers au monde mais irrésistiblement orientés vers lui. Nous en percevons, non pas la prétendue beauté, mais réellement la sublimité : la démesure d'un ordre vif qui nous dépasse, que cet ordre soit humain ou naturel.

Cela reste vrai de la fleur, « belle et fragile ». Son parfum, ses mutations (pousse, éclosion, putréfaction) et ses interactions avec l'environnement reflètent un ordre vertigineux, que notre pensée ne parvient pas à épuiser, et appartiennent à un état d'extase immanente, pré-humaine, de cette fleur dans le monde, extase qui nous reste irreprésentable malgré sa présence sensible.

Parfum, mutations et interactions — en tant que réalités empiriques — sont des qualités ontologiques du sublime, une phénoménalité extrahumaine, extrasubjective, pas seulement des aspects physiques consultables et descriptibles. La connaissance objective n'abolit pas l'altérité ontologique de ce qu'elle connaît.

L'hypothèse que le sublime appartiendrait (peut-être de manière inhérente) au champ des discours ontologique et cosmologique (pas seulement à la théologie) est clivante. L'hypothèse d'une phénoménalité présubjective est philosophiquement hérétique (sauf si elle relève strictement de l'animisme auquel je ne veux pas la cantonner a priori).


88

Pourquoi pensez-vous que l'homme est le centre de l'histoire ? Sans doute pour tenter d'anesthésier en chacun de nous l'insupportable.

Dois-je le réveiller ? Je ne le réveillerai que pour que vous vous en écartiez suivant les routes habituelles.

Nous ne plaçons pas l'homme au centre de l'univers par stupidité, mais parce que nous sommes ces animaux pour lesquels le monde doit constamment être rendu habitable par les illusions du langage et de la culture. Ces illusions sont notre seule niche écologique.

La nature est amorale, par essence, indifférente à la distinction entre le supportable et l'insupportable, le soin et la destruction.

Sortir de l'anthropocentrisme ne conduit pas à une réconciliation de l'humain avec la nature. Celle-ci ignore la réconciliation. Elle est, c'est tout.

La nature ne s'adapte pas non plus. Elle continue, puisqu'elle n'est rien d'autre que cette continuation.

L'homme est une production de cette nature. Or, l'univers produit aussi bien la beauté que la souffrance, l'intelligence que la prédation, la coopération que la domination, indifféremment.

Cessez également d'imaginer qu'il existerait quelque part, dans un arrière-monde, un ordre moral qui donnerait sens à tout cela. Le sens vient des opérations du symbolique sur lui-même : le réseau fermé du symbolique se transforme de lui-même en lui-même, dans notre esprit, produisant automatiquement des fragments de signification par lesquels nous nous illusionnons nous-même constamment. Pour nous, en nous, tout retrouve toujours un sens apparent, mais ce « sens » n'est qu'un simple effet de l'existence des symboles.

Nous ne pouvons pas cesser de produire des significations. Mais cela ne prouve rien, sinon notre dépendance envers le symbolique. Le sens est une propriété émergente du fonctionnement du symbolique, pas une propriété métaphysique de l'univers.

Nous voudrions même que le dieu des religions soit un démon. Des gnostiques ont eu cet espoir. Il est vrai que les religieux sont haïssables, condamnables. Un démon convient donc parfaitement, car il sauve encore quelque chose d'essentiel : la structure de la responsabilité.

Mais avec une nature radicalement indifférente, personne n'est responsable. Il n'y a personne à convaincre, à punir ou à supplier, et personne ne nous doit rien.

Or, ce qui existe, c'est le jeu différentiel des formes, c'est-à-dire la nature elle-même, et les hallucinations du symbolique, c'est-à-dire nous et nos significations.

L'univers n'est même pas indifférent. L'indifférence est encore une catégorie humaine. La nature est simplement le jeu de ses propres formes et ce jeu n'est aucunement tenu de correspondre à nos catégories.

Nous sommes les animaux qui peuvent regarder un événement et dire que cela ne devrait pas être.

C'est notre grandeur et notre malédiction.

Pourquoi notre malédiction ? Parce que l'univers ne répond pas. Il ne confirme pas notre jugement et ne le réfute pas non plus. Il ne répond jamais, malgré toutes nos tentatives de le séduire, de le fracasser ou de le provoquer. Tout est bon pour le forcer à répondre, pour essayer de le faire réagir. Et pourtant, rien. Rien, obstinément.

L'univers continue. Un point c'est tout.

Derrière le blanc des robes liturgiques se tient en effet un dieu à tête de bouc ou d'âne. Non pas un diable, mais la nature elle-même, que nous tentons d'éviter par le mythe et par le rite, tout en étant fascinés par sa sublime puissance à laquelle il nous est de toute manière impossible d'échapper. Peu importe ce qui finira par nous couper la tête, quelle religion ou quel événement de la nature. Ce qui est pour nous l'horreur et l'absurde continueront, puisque la splendeur, l'horreur et l'absurde sont la vie elle-même.

Pourrions-nous, à travers une société du care, dépasser à la fois le réalisme nihiliste et le recours aux illusions apaisantes ? Peut-être cette orientation permettrait-elle de rendre le monde supportable et habitable sans avoir à tolérer les idéologies et les religions. Mais les animaux humains sont fondamentalement des prédateurs et ils pratiqueront la prédation, avec les complications induites par notre vie entre trois astres — le soleil noir saturnien de la nature, le soleil d'or du symbolique et l'étoile argentée du non-être, qui est une autre Terre.

Ces trois astres apparaissent ici dans un mélange d'intellection partielle et d'intuition engouffrée. Une correspondance stricte avec des symbolismes existants ne serait pas intentionnelle de ma part et je n'ai aucunement la prétention d'analyser des symboles hermétiques, ni ici, ni ailleurs.


89

默

Dans la nature, y a-t-il une strate « spirituelle » (densité matiérielle moindre) et peut-être quelques complications dimensionnelles ou temporelles ?



90

4 h

Le parfum est une manière qu'a la fleur de déborder sa propre clôture sans sortir de l'immanence. Il n'est ni tout à fait la fleur elle-même, ni quelque chose d'entièrement extérieur à elle. Il est une sorte de fleur hors d'elle-même, mais sans transcendance : la fleur se propage dans son milieu sous une forme qui n'est plus exactement elle et qui pourtant la caractérise en tant que fleur.

Le parfum est un au-delà immanental — une sorte d'extase immanençante de cette fleur, qui est elle-même une émergence phénoménale partielle d'un réseau de relations qui lui préexiste et l'englobe, et dans lequel elle coapparaît continûment.

Peut-être le parfum est-il la matérialisation d'une éclosion continue, inachevable, qui porte et dépasse tout éclos.


91

10 h 20

Réveillé depuis 2 h du matin. Ma vue est vraiment mauvaise aujourd'hui. J'ai beaucoup de mal à garder les yeux ouverts. Est-ce de la fatigue, si tôt ? Mon corps me dérange beaucoup, comme d'habitude, mais ce n'est pas aigu. Il y a peut-être simplement trop de lumière.


92

17 h. 默

J'ai laissé une note en commentaire sous l'image des trois astres pour l'entrée [88], troisième encoche.


93

J'ai honte de ce qui m'est arrivé et j'ai honte d'être incapable de réagir.

Puisque j'ai aussi honte de ruminer, je passe en commentaire l'entrée initialement prévue.

Pourquoi ne pas avoir porté plainte pour 2024 ? Avant tout, je n'étais pas conscient du problème à l'époque. La police nationale, bien entendu, multipliait les démarches illégales, menaçantes et dissuasives, alors que je ne comprenais pas encore réellement de quoi il était question. Je me contentais de subir leurs humeurs et leurs initiatives. Plusieurs policiers ont été sanctionnés, mais cela ne change rien pour moi.

Je suis surtout entré en crise dissociative, d'abord modérée — aggravation des amnésies intermittentes, vivification du stress post-traumatique et inaptitude totale à réagir et prendre des décisions —, puis violente — épisodes psychotiques hallucinatoires.

Ce fut sans doute le clou du spectacle, le « grand final » pour les rats photophages. Début 2025, après les deux tentatives de suicide malheureusement ratées, j'espérais rester très peu de temps. Une autre technique me semblait infaillible pour 2026. La plainte et l'enrichissement n'avaient donc plus la moindre importance, personne ne me répondait, je doutais encore de ma mémoire des événements récents et de nouveaux abus policiers étaient venus étayer les précédents.

Il paraît aussi que, dans différentes narrations, je serais devenu la bête immonde — en personne et à moi seul. Si cela est vrai, dois-je le prendre comme une insulte, un hommage ou une incitation ?

Aujourd'hui, peut-être suis-je sur liste noire un peu partout. Je n'en sais rien en réalité. Il est en revanche certain que des policiers manipulent encore parfois des voisins et des commerçants qui me connaissent et que le procureur de la République ne répond pas aux courriers concernant mon enfance.

Pour ce dernier point, j'aurai 49 ans dans un an. Il leur suffit donc d'attendre encore un peu. Les recours sont tellement longs qu'on peut sans doute considérer l'affaire comme étant d'ores et déjà pliée et je n'ai toujours pas envie de me battre pour moi-même. Je survis en vain. La société est ce qu'elle est. Je préférerais partir, mais le cœur n'est ni à l'acte violent ni à l'existence.

Je suis un M. En de telles circonstances, cette lignée-là et son entourage ne se traitent pas comme les autres justiciables. Et les gens ont à peur des Juifs.

Tout cela est-il lié à mon enfance ? Ce sont deux ou trois considérations sensiblement différentes, mais lorsqu'il est question de moi, il s'agit TOUJOURS de mon enfance.



94

C'est simple, je n'ai qu'à m'ouvrir plusieurs veines. Elles ne sont pas apparentes chez moi, mais j'en trouve plusieurs au dos de la main et ailleurs, et je vois à peu près où les infirmières font les prises de sang (parfois sur la main, pour celles qui ne parviennent pas à trouver la veine du bras). Or, de cette façon, si je me rate, les conséquences seront anodines, je ne finirai pas handicapé à vie. Sauf si je foire également ma septicémie…

Les questions sont donc :

1. Que présuppose et que signifie le fait d'ajourner le passage à l'acte ? Pourquoi être ainsi entre deux eaux et comment le suis-je ?

2. Est-il possible de traiter comme un handicap à gérer mon incapacité à vouloir quelque chose pour moi, et donc à décider et à séquencer ? (Problème déjà vu le 15, en [58])


95

Si une personne ou un groupe m'attaque et s'obstine après que je lui ai demandé de cesser, je réagis sans la moindre empathie. Ceux qui m'attaquent chez moi ou dans un espace ouvert doivent être détruits.

En revanche, je suis encore incapable de réagir à la situation que ces attaques ont créée, car cela suppose de construire pour moi (pas seulement de sanctionner autrui).

D'ailleurs, par bien des aspects, ma psychologie en présence des autres diffère grandement de ce qu'elle est lorsque je suis isolé.

Bien entendu, la situation peut être créée par tant de personnes que ma capacité à répliquer s'amenuise et demande beaucoup plus de patience.


96

Certaines musiques utilisent le cri. Ma réaction est étrange, parfois enchantée et admirative, souvent méprisante. J'aime les cris chez Manson, Tool, Oranssi Pazuzu ou encore chez Magma par exemple. Mais ils sont pour moi une expression de puissance persistante malgré tout, plutôt que de détresse pure ou de séjour dans l'horreur.

Le cri — ou plutôt ce que j'appelle le hurlement — est précisément ce qui ne peut pas sortir et fait de nous une terre dévastée. Nous n'hurlons pas. Nous sommes hurlés. L'horreur et la détresse ont toujours été pour moi des abîmes muets.

Le soudain choc de terreur et sa résonance, à la manière d'une frappe de cymbale, forment l'espace presque tactile — divination par le souffle traversant — depuis lequel je connais et reconnais en silence.

Ce hurlement est marqué à l'écrit par mon usage des capitales d'imprimerie. Par pudeur, je prends soin d'en faire rarement usage.


97

Je l'ai déjà dit et je radote. J'ai toujours accès à la joie sereine, à l'émerveillement et surtout à la présence. Mais désormais ils me semblent relever d'une strate encore superficielle. Les retrouverai-je autrement en allant plus profondément en moi ? L'intérieur est-il symétrique par rapport au gouffre ?


98

Ai-je toujours l'impression que les objets sont en cours d'apparition, dynamiquement, dans un monde en train de se constituer suivant une sorte de sourire et de douceur ? Non, je ne perçois plus sensiblement les choses ainsi. Je ne perçois plus non plus la pulsation d'advenance et de désadvenance dont j'ai parlé très brièvement dans la section Me and HeЯ[L]. Or, cela correspondait déjà à un changement profond de mes vécus.

Je ferme les yeux pour qu'ils me fassent moins mal. L'englobement éprouvé est agréable. Pourtant, au toucher, le monde environnant (table, chaise, sol) oscille et bat au rythme de mon ébullition corporelle sans chaleur. Je dois changer d'habitudes perceptives. Mon esprit changera avec, obligatoirement. Un changement de ce type me fera probablement du bien.


99

默

Un analyste politique que j'aime beaucoup a déclaré que le citoyen est le sommet de ce que les humains peuvent devenir. Il pensait bien sûr à l'idéal antique du citoyen (et non à l'invertébré moderne convaincu que ses ânonnements idéologiques, ses fantasmes et ses droits peuvent lui servir d'exosquelette).

Durant cet entretien, il a également affirmé que le meurtre d'un mineur est un drame collectif à l'échelle d'une nation et a accusé nos tribunaux de préférer certains bourreaux aux victimes.

Je reste admiratif de ceux qui parviennent encore à croire en la possibilité d'une société apte à structurer une humanité respectable. Je ne voudrais pas qu'ils me lisent. Je préfère que ceux qui croient en l'humanité m'ignorent ou me détestent.

J'enfonce immédiatement mon propre clou.

Je ne veux plus participer à vos sociétés et, percevant la mort comme une grâce, je ne sais plus si je pleure ou déplore les vivants.

L'analyste fait partie du dix-millième de la population grâce auquel une Terre respirable pourrait advenir, à condition que ce fragment de la société y reste seul.


100

默

Anecdote. J'utilise des LLM pour vérifier l'orthographe.
Réponse pour une des entrées d'aujourd'hui :

« Ces informations sont fournies à titre purement indicatif. Pour obtenir un diagnostic ou un avis médical, consultez un professionnel.

Le texte ne contient aucune faute de grammaire, d'orthographe ou de syntaxe. »

J'ai enfin eu 20 / 20 à ma dictée du DSM-5 !


101

默

Avoir entièrement détruit en moi l'idée de « faire de la musique », jusqu'aux résidus de cette idée — l'entrée [86] parle de ça —, me permet d'entendre à nouveau ce que font les autres, les vrais musiciens. Il n'est finalement pas étonnant que j'aie découvert plus de musique durant l'année et demie qui vient de s'écouler qu'en 30 ans et bien plus encore ce mois-ci, au cours duquel le processus de thématisation et de destruction a eu lieu.


102

默

Certains le comprennent peut-être, les douleurs corporelles sont particulièrement accaparantes aujourd'hui. À cela s'ajoutent les douleurs oculaires et les maux de tête qui leur sont associés. Tout cela me ralentit énormément. Je tape l'essentiel sans avoir besoin de regarder l'écran, que je ne peux fixer que par intermittence, les yeux plissés. Mais j'ai encore besoin de voir pour naviguer dans les piles de fenêtres sur les différents bureaux et pour me déplacer à l'intérieur des fichiers. Encore heureux, beaucoup de logiciels et de sites offrent des fonds noirs, ce qui est très reposant. L'appartement, lui, reste dans l'obscurité.



103

默

4 h 30

Peu d'humains ont connu l'injustice comme je la connais.

Les rats et les ordures demandent : « Pourquoi ? Pourquoi dit-il cela ? »

D'autres avaient compris sans que j'aie besoin de l'énoncer ; avertis de ma situation, ils ont néanmoins refusé de me venir en aide.

Parmi les deux groupes, chacun le sait parfaitement :

Dionysos-Zagreus est irrésistible à la dégustation.


104

J'ai tant écouté certaines musiques qu'elles sont devenues un chez-moi, plus qu'aucun lieu et aucune relation ne l'ont jamais été.

Elles vibrent de la continuité organique qui me manque et portent une vie que mon assèchement malmène ou rejette.

Ces musiques sont des espaces intermédiaires, des champs résonnants entre une intériorité détruite et un monde qui n'a jamais su naître.

Le rôle de l'art est-il de constituer des parvis entre deux souverainetés déjà raturées ?

Ou bien l'art est-il simplement un ensemble d'illusions supportables au sein du Vide ?


105

Un peu d'humour noir Vantablack.

Black Summer
Un incendie en milieu naturel tue parfois des centaines de millions d'animaux en quelques heures.

Black Fantasy
L'éradication de l'humanité laisserait la nature de marbre. Gaia est impassible. Seuls mes os se réjouiraient.

Black Day
Il y a encore pire pour notre orgueil et ce qui, collectivement, nous reste de raison. Devriez-vous mourir demain dans un accident, le monde et la société demeureraient inchangés. Certains de vos proches seraient tristes, peut-être. Votre « séjour ici-bas » ne change rien et votre écrasement ne pèse pas plus que celui d'une fourmi.

Voilà ce que nous refoulons et qui devrait pourtant constituer un des fondements de notre vie collective. Non pas pour la relance d'une ancienne biophobie, cet abrahamisme n'a que trop duré, mais au contraire pour clarifier enfin les termes du contrat de mariage. Une imagination immanente de la Déesse pourrait bien nous balayer.


106

La journée a été très chaotique mais les douleurs physiques et oculaires étaient moindres.

J'ai un peu perdu la notion du temps ces derniers jours. Je suis presque surpris que nous soyons déjà arrivés au lundi soir.



107

Nouvel envoi d'emails.

To: hello@thesurvivors.org.uk ; info@survivinguniversaluk.org ; kontakt@mission-freedom.de ; bod@survivorship.org ; info@survivorship.org ; info@therasa.org ; info@innocencefreed.org ; contact@chaire-philo.fr ; team@karlzero.tv ; renseignements@enfantbleu.org ; contact@france-victimes.fr ; 50voices@protonmail.com  mail@nina-info.de ; smartnews@aol.com ; contact@extreme-abuse-survey.org ; ghstwolf@nemasys.com

Subject: Personal writing website

I'm a survivor of child sexual exploitation and intrafamilial organized abuse.

I'm sharing this personal writing website with you (French and English).

Website — trigger/content warning:
https://oblivion-zagreus.netlify.app/

Introductory note:
https://oblivion-zagreus.netlify.app/bio/01/

Harl Z.

Je n'aime pas l'état dans lequel je suis lorsque je fais ça (ou immédiatement après ?) et je ne parviens pas non plus à le décrire.

Je suis d'autant plus mal à l'aise que j'écris à des organisations et à des sites que je ne connais pas ou à peine.

Peu importe. Ce qui compte est d'essayer de créer un changement sans me mettre directement, physiquement, en danger.

Ma tête est dans les brumes, elles sont électriques cette fois-ci. Ma tête et mes yeux sont épuisés, « mais pas moi » (formulation maladroite, mais je n'ai pas mieux immédiatement).

Note du 26/08
Ce sont sans doute simplement des peurs qui prennent cette forme-là.
Je dois apprendre à identifier mes émotions en tant que telles, apprendre à les distinguer de leurs effets en moi.


108

J'apprends que 15 à 20 % des pédocriminels sont des femmes. Cette faible proportion me laisse extrêmement dubitatif.

Ma perplexité vient également du fait que le dénombrement par individu ne prend pas en compte les dynamiques sociales. Les pédocriminels ne sont pas des prédateurs isolés. Notamment, il arrive que des groupes de femmes (tolérantes ou incitatrices) les admirent précisément parce que « ce qu'ils veulent, ils le prennent » — un comportement qui semble déclencher à lui seul une sorte de « clameur anthropologique silencieuse ».

Il est néanmoins vrai que, si nous prenons en compte les complicités et les lâchetés, beaucoup d'autre hommes seront dénombrés aussi.


109

Le sacré et la souillure ne s'opposent pas, malheureusement. Ils sont deux versions possibles de l'au-delà. Les deux portent, de manière inhérente, une puissance extraordinaire : celle de la sublime transcendance du tabou. Le pur et l'impur sont sanctifiés, c'est-à-dire qu'ils sont placés à part ; parfois l'un devient l'autre, tant que les deux restent séparés du reste. La souillure et la destruction fascinent en raison même de notre dépendance au symbolique.

L'enfant représente le premier au-delà : le sacré, l'innocence, le sanctuaire. L'enfance est la figure même de l'origine.

Le second au-delà est la souillure, l'attentat.

Je fais l'hypothèse que, dans l'esprit du prédateur, la profanation ne relève pas de la criminalité de droit commun, mais qu'elle est pour lui un acte de puissance ontologique. L'innocence et le sanctuaire sont des réserves d'énergie symbolique pure. Souiller le premier au-delà consiste à l'assimiler au moyen du second. Faute de pouvoir accéder à la transcendance à travers les limites de la finitude et par la création, la vertu ou l'élévation, le profanateur s'empare de la puissance du sacré par sa destruction.

Voici le lâche, le sous-homme, devenu un « dieu » par la logique même du sacré qu'il détruit. Parasitisme.

Le sacrilège ne relève donc pas seulement du désir de franchir un tabou pour jouir davantage et prouver que Dieu est impuissant. Le sacrilège exploite et manifeste la porosité entre les deux au-delà, les deux versants du sacré que la culture tente de rendre hermétiques l'un à l'autre. Le sacrilège agit sans doute comme une logique d'unification ontologique, thème déjà associé à la jouissance de façon générale. En forçant le premier versant du sacré (le saint) à rejoindre le second (l'abject), le pédocriminel cherche probablement une forme d'extase ou de fusion avec les puissances du cosmos.

Mieux vaut ne jamais chercher une maîtrise absolue sur le symbolique.

Pour éviter cet écueil, il faut accepter de démultiplier les médiations culturelles, celles-là même dont la pulsion ne veut pas ou ne peut pas s'embarrasser.

À ce stade de mes infimes réflexions, j'imagine donc que je rejoins Sade et Bataille, mais pour une hypothèse anthropologique désespérée.

L'interdit génère la fascination envers sa propre transgression (la transcendance se redouble elle-même par autoposition) et « nos pires actes sont à peine plus que des conséquences de nos conditions de survie » (A Lesser Voice Still). Le piège est structurel.

Pour lutter contre le désespoir, posons que la culture n'est pas un état à atteindre, mais une résistance à maintenir.


110

Je ne fais jamais l'effort de réfléchir que pour m'apercevoir que d'autres ont déjà dit tout cela. Dans l'entrée précédente, j'ai découvert la lune, ou plutôt la double polarité du sacer.

Peu importe, ça m'a aidé à comprendre plusieurs choses importantes.

La conclusion sur la culture comme résistance m'a également mené à relire le nota bene du [65] et le [69]. Les derniers jours m'avaient déprimé. Or, il y a bien un équilibre dynamique à motiver ou à épouser, auquel je me refuse lors de mes accès de nihilisme et de désespérance.



111

Il y avait une croyance au sujet de mes pieds. C'est pour cette raison qu'ils les ont brisés. Les radiographies montrent clairement les nombreuses fractures précoces. Quelle est cette histoire, ce schème qui les a déterminés et que je traîne aujourd'hui encore avec moi, bien que mon vécu sensoriel se soit beaucoup modifié ?

Adolescent, mes pieds me faisaient souffrir presque constamment et cette douleur m'épuisait. En réalité, elle était liée à l'entrée dans des états de transe dissociative. Quel était ce lien ?

Aujourd'hui, si je porte mon attention sur la plante de mes pieds, l'impression d'activité énergétique est très intense ; plus encore si je porte mon attention sur des sphères imaginaires que je situe plus ou moins bas sous les pieds et comme à l'intérieur du sol.


112

Il est troublant d'accéder à sa propre pensée par des vécus oniriques, des états de visions irrésolues. Le mot « impression » (sentiment, empreinte, imprégnation) signale une réalité cruciale pour moi — mais ce mot est lui-même une indétermination.


113

Le courrier de plainte au procureur est daté d'un an jour pour jour après la tentative de suicide de novembre 2024. Ce n'était pas intentionnel.


114

Djèltia n'est pas ma sœur biologique, mais une cousine adoptée. Ma mère racontait néanmoins quelques histoires de sa grossesse fictive. Notamment, elle attribuait une énorme cicatrice abdominale à sa naissance par césarienne. J'ignore si cette cicatrice existe. Si c'est le cas, d'où vient-elle ? Cette question est d'ailleurs assez inquiétante. Je me souviens également qu'elle s'était vantée d'une expérience psychique à son propos. J'avais rapporté que certaines femmes disent avoir perçu la présence d'un être personnel au tout début de la grossesse. Immature et habituée au mensonge, ma mère s'est empressée de dire « moi aussi ». « Avec qui ? » ai-je insisté. « Djèltia ! »


115

Des lecteurs éventuels éclateront peut-être de rire ici, mais je constate que mon écriture est devenue beaucoup plus intelligible, même au premier jet. Il y a encore peu de temps, j'avais moi-même un mal fou à me relire, tant mes notes étaient surchargées. Ce site ne représente donc pas une concentration inutile : je commence à apprendre à écrire. En revanche, je ne parle quasiment plus depuis deux ans et j'ignore ce que seraient mes paroles si on les sollicitait.


116

Amusements dans le drame.

Discussions avec des IA concernant la possibilité d'un contrôle mental du type MK-Ultra / Monarch. Les LLM ont d'abord grondé. Puis, après quelques minutes d'interactions, la conclusion rationnelle (quoique contextuelle) fut celle-ci : pour défendre les négations du FBI, il faut admettre que le covid-19 était vraisemblablement, à son tour, une crise d'hystérie collective déclenchée par une activité médiatique intense et anxiogène. Le tout aurait alors été doublé d'un jeu d'illusions non coordonnées impliquant un grand nombre de médecins et quelques groupes intéressés à ce récit pour des raisons politiques ou financières. Je n'ai donc pas avancé d'un iota sur la question du contrôle mental par fragmentation, mais le covid vient de tomber à l'eau !

En réalité, je ne sais pas quoi penser du thème de programmation mentale.

Aujourd'hui, j'ai passé deux ou trois heures à tenter d'élucider une impression étrange me reliant potentiellement à une figure importante parmi les lanceurs d'alerte. Mes réflexions n'ont mené à rien. Je me suis donc rabattu sur l'interaction savoureuse décrite ci-dessus. Vérifiant ensuite l'orthographe du texte, Gemini a bien précisé que les LLM ne réfléchissent pas, qu'ils se contentent d'associer des mots. Il m'a ensuite orienté vers des spécialistes, au cas où cette malencontreuse remise en cause de Saint Covid et de sa divine piquouze m'aurait éprouvé.

J'ai rassuré l'algorithme. J'étais déjà fou avant.



117

3 h 20

Cette fois, une absence totale de réponse me surprendrait (cf. courrier du 25).

Pourtant, mon sentiment est que…

Faut-il faire une présentation de projet avec des phrases d'accroche, montrant que nous sommes de bonnes victimes bien normées et communicatives ? Ils invoqueront des « dysfonctionnements », comme les flics. Ce sont des flics. Et les associations « Trauma » pensent sans doute que Trauma leur appartient.

Dois-je signer Sh'ämb::ah` ?

Le souvenir de la mention supprimante fut-il suprimé ?

Par le plus grand des hasards, serais-je blacklisté, balisé, baalisé, maintenant que tout le monde s'est fait plaisir ?

Puisse cette encoche paranoïaque vous plaire.


118

Ma difficulté à vouloir quelque chose pour moi-même est-elle liée à mes longues périodes d'absence presque totale de désir sexuel ? C'est sans doute le cas, mais lequel sert de contexte à l'autre ? Actuellement, je ne souffre pas de l'absence d'activité sexuelle. C'est très étonnant, car je ne suis pas non plus dans une phase asexuelle. J'espère ne pas entrer dans une phase d'hypersexualité prochainement.

En dehors des fellations rapides (et encore…), l'activité avec une seule partenaire m'apparaît comme une prestation de ma part : un acte de prostitution obligatoire ou stratégique destiné à réguler des relations.

C'est très peu plaisant, d'autant moins que je n'ai quasiment aucune sensation physique pendant le sexe.

Mon cerveau déclenche néanmoins automatiquement des érections fortes et je sais réaliser les prestations utiles. L'absence d'émotion personnelle me permet de me concentrer sur les aspects techniques et psychologiques.

Notamment, les femmes veulent que nous apparaissions à l'aise « mais pas trop », agressifs « mais pas brutaux », maîtres de la situation « mais émus », distants « mais pas froids », et ainsi de suite — tout en étant elles-mêmes purement corporelles et vulgaires, avant d'entrer en crise émotionnelle.

Bien sûr, c'est une concession et une légère manipulation dans le cadre du chantage féminin standard et du besoin de régulation au niveau d'un cercle plus vaste (on couche rarement avec quelqu'un sans intervenir de facto dans une complexité sociale).

L'un des problèmes est que les femmes sont généralement très immatures et n'acceptent donc pas le refus. Elles se vengent de tout ce qui leur paraît être une atteinte à leur narcissisme et, croyant nous avoir envoyé des signaux, elles traitent un manque d'initiative masculine comme un refus ou une insulte.

Beaucoup de femmes se réfugient dans des jeux de microsignaux — maladroits, imperceptibles et cryptiques — parce qu'elles craignent d'être rejetées et humiliées en cas de propositions explicites et parce qu'elles refusent d'assumer la responsabilité de leur propre désir.

Bref, il faut constamment les tuteurer — discrètement, mais fortement — dans leur besoin ponctuel de jouer aux salopes. Ce serait très facile et plaisant si elles ne se comportaient pas comme des épouses délaissées et trahies immédiatement après avoir voulu jouer aux libertines.

Je n'aime donc pas le sexe avec une seule partenaire. Je le vis comme un travail dont j'ai l'habitude.

Par contre, je suis parfaitement à l'aise et heureux s'il y a plusieurs femmes. C'est mon milieu naturel, pour des raisons que je n'ai comprises que partiellement.

Je suis un ancien enfant prostitué. Je n'aime que l'anonymat des partouzes, la masturbation, les professionnelles et les grandes traumatisées. Avec ces dernières, la communication est possible et souhaitable. Nous partageons le même référentiel.


119

Ai-je rendu ceci intelligible ? Mon corps me fait plus ou moins mal à l'intérieur, mais je n'ai que peu de sensations venant de l'extérieur (sensations cutanées et tactiles). Notamment, mes sensations sexuelles sont à peu près nulles.

Douleurs profondes ou anesthésie périphérique, il m'a fallu atteindre l'âge de 35 ou 40 ans pour comprendre que ce n'était pas normal. À ce moment-là, j'étais encore amnésique.

Je répète également quelque chose que j'ai déjà dit ailleurs : les espaces phénoménologiques (intérieur et périphérie) apparaissent disjoints. L'intérieur de mon corps semble ne pas être tout à fait l'intérieur d'un contenant.


120

14 h

[Suite des deux paragraphes précédents.]

Dans un groupe, y compris de niveau social élevé, lorsque mon insensibilité devient connue, presque tout le monde — hommes et femmes — veut me mettre des coups ou bien me caresser subrepticement. « Pour voir. »

Ce jeu semble absolument irrésistible. Il doit être pris en compte par ceux qui prétendent étudier les phénomènes de violence.

En effet, je ne réagis pas, car je ne sens rien, ou seulement un frôlement, parfois un léger choc. Jeune, ma conscience se déconnectait sous les premiers coups au visage. Ne restait qu'un corps inerte, « la poupée de chiffon », plus irrésistible encore.

Aujourd'hui, je ne pars plus. Je peux néanmoins avoir des bleus ou des coupures dont je m'aperçois ensuite. Ou bien, tout simplement, je gère une nouvelle situation folle où tout le monde me touche. Lorsque cela se passe dans mon dos, il faut bien souvent que mon interlocuteur m'en informe, stupéfait.

Si je riposte brutalement, c'est que je dois mettre un terme à ce jeu. Cette fois, la violence de ma réponse est pleinement ressentie et je n'éprouve plus la moindre compassion.

L'absence de réaction (notamment défensive) abaisse très vite la barrière morale des individus ou des groupes, et le pire peut avoir lieu. C'est pourquoi il faut donner aux individus les moyens de réagir.

Les discours d'associations de victimes qui incitent à ne surtout pas blesser l'agresseur qu'elles sacralisent relèvent de la complicité.

Si la législation vous interdit de riposter pour vous défendre, révoltez-vous contre elle. Avec ou sans Louison-la-Veuve.


121

Note du 28/08 : Entrée déplacée dans le fichier « Notes : l'idée de monde », section Abrasions and Drafts.



122

Réouverture d'Abrasions and Drafts, ce matin. C'est un évènement important et dérangeant pour moi. Je n'y remettrai pas tous les textes. Les formulations de ceux que j'ai relus demandent plus ou moins de corrections pour devenir intelligibles. En revanche, certains articles ne correspondent plus à mes questionnements. Je les exclurai ou les retravaillerai. D'autres seront remis en ligne sans relecture.



123

Réouverture d'Abrasions. Mes textes me semblent nettement moins stupides sur fond clair que sur fond sombre. Quelqu'un peut-il expliquer ça ? Je ne minaude pas : dans Abrasions, muni d'un fond clair minéral, je laisse passer des éléments que je supprimerais très vite ici, dans mon noir terreux. En attendant d'avoir résolu les mystères de l'apparaître, je crois que je vais faire des copier-coller.


124

Lire m'est difficile, mais j'ai relu plusieurs fichiers de la section réouverte. Les textes que j'imaginais être dépourvus d'intérêt sont assez intéressants ; ceux que je croyais importants sont lamentables.


125

13 h

J'ai modifié les URL du site, donc les noms de fichiers et leur organisation. Je suis très sensible à ces détails et ce changement de surface me donne l'impression de véritablement tourner une page, pas seulement parce que mon arborescence est modifiée sur mon PC et dans mon éditeur de code.

Un point très concret est la perte de la progressivité des fichiers. Jusqu'à présent, le nom du fichier HTML n'était pas indiqué, uniquement le dossier numéroté. Chacun des dossiers contenait un seul fichier 'index.html' que les navigateurs ouvraient par défaut. La numérotation impliquait la présence d'une suite ordonnée cohérente, comme une temporalité fixée dans la mémoire.

Grêle ouvrait la colonne latérale en /diary/01/, The Overborn était /diary/02/, jusqu'à cette page-ci qui avait pour URL complète :
https://oblivion-zagreus.netlify.app/diary/16/ .

Le journal du mois à venir aurait alors été /diary/17/ .

Dès la mise à jour, l'adresse sera pourtant :
https://oblivion-zagreus.netlify.app/diary/files/sdiary/kappa-septembre-2026.html .

Il me semble que cette organisation perd le signe du silence qui était associée aux adresses « nues ».

J'imagine que personne ne me lit pour l'instant. Les changements d'adresse ne dérangeront pas. J'ai néanmoins placé une fichier de redirection à la racine du site.

Je parle à l'univers et de magnifiques chansons de David Tibet me répondent, seules.


126

16 h

J'ai parlé trop vite.

Friday, August 28th, 2026 at 7:32 AM
Subject: reply

Hi !

Thank you for sending your website links.

[https racine de leur site.]

C'est tout. Il s'agit d'une réponse fonctionnelle rapide hors thread au message du 25.

C'est la première réponse probablement non automatique depuis six mois.

« Moins il y en a, plus on regarde. » La minuscule au sujet et l'espace (qui plus est : sécable) devant le point d'exclamation figurent dans le message (…très fragile). Le header ne contient pas d'information d'automatisation (…très fragile). Ouverture et clôture du message évoquent un template, mais le html suggère plutôt une composition manuelle ligne par ligne dans un éditeur de webmail (très fragile également). En fait, par spf / dmarc / dkim + agent du webmail attendu, je peux seulement prendre en compte qu'il n'est sans doute pas carrément spoofé (moins fragile).
Apres « Sexe, Mensonges et Vidéo », voici « Claustration, Paranoïa et Fichiers eml », malheureusement sans James Spader ni Andie MacDowell !

… ou comment transformer un petit rien en événement.


127

Pourquoi est-ce que je n'envoie pas des emails massivement ? Parce que mon site n'est pas fait pour tout le monde. Je ne veux pas traumatiser les autres, ni être lu par une cohorte tout juste bonne à juger en fonction de ses propres réactions.


128

Je devrais noter quand je vais faire des courses. Je me souviens de ce que j'ai acheté et où, mais pas du jour. Je ne m'étais pas non plus rendu compte que nous étions déjà samedi.



129

2 h 50

J'ai fait un mauvais mouvement dans l'obscurité et des bouteilles en plastique sans bouchon sont tombées. L'eau recouvre le sol de la cuisine.


130

9 h

Parler repose sur la sélection de termes, lesquels ne sont donc pas interchangeables. Sans ça, aucune communication ni aucune pensée n'est possible et nous retournons à l'animalité. « Toujours » n'est pas un cas particulier de « souvent » et l'adverbe « peut-être » n'affirme rien. Comment faire comprendre cela aux masses nées du simulacre et qui, en vous écoutant, se nourrissent de leur propre mauvaise foi ?


131

Mes problèmes de concentration me contraignent dans les formes interstitielles ou fragmentaires. C'est peut-être cela qui m'avait rendu malade en mars. L'effort de mener des structurations longues pour Abrasions m'avait probablement épuisé. J'y passais d'ailleurs mes nuits entières et j'imagine que je dormais peu. Tout cela m'intéressait beaucoup et, comme si souvent, je ne me suis pas rendu compte de l'effort que je fournissais en réalité. L'effort concernait le retour à une parole « discursive », encore dangereuse pour moi à l'époque.

Le fond clair de la section me fatigue beaucoup également. C'est dommage, le rapport de couleurs fond / écriture est de loin le meilleur du site, du moins sur mon écran.

Les deux agrégats conservés pour la mise à jour de début septembre suffiront, assez longtemps. Une relecture attentive est inutile. Surtout, je ne dois pas m'empresser de reprendre une réflexion si je ne suis pas certain de savoir la mener lentement. Comment la joie d'inventer des concepts mutera-t-elle dans un creuset de lenteur ? Celle-ci est encore associée à l'abattement dans mon esprit.


132

19 h

Je suis amoureux de Magma / Offering, de Coltrane et de Frank Zappa depuis l'enfance. Pour moi, ils appartiennent au sacré percevant — je crois qu'un espace rituel ancien a traversé le voile de l'Histoire vers nous à travers eux (peut-être malgré eux). Devenu adolescent et jeune adulte, j'ai plongé dans des ragas indiens, Stravinsky, Tool, Manson, Pearl Jam, Alice in Chains…

Aujourd'hui encore, les bootlegs de vieux concerts de PJ m'apparaissent comme incandescents, saisis de transe, viscéraux et organiques. Vedder semble y habiter une catharsis, dont les conditions d'entrée en résonance pour nous sont déployées par le reste du groupe. En ce sens, ils travaillaient depuis un lieu proche de celui habité par Tool à l'époque d'Ænima. Suis-je le seul à l'entendre ?

Presque tout le reste me paraissait fade en comparaison.

Grâce à GPT et du fait de ma disposition intérieure, je recommence à découvrir des musiques. En plus de celles mentionnées au cours des semaines précédentes, j'ai découvert avec bonheur, ces jours-ci :

Linda Perhacs, Tigran Hamasyan, Terry Riley, Hannibal Marvin Peterson, Nick Drake, Judee Sill, Vashti Bunyan, Sibylle Baier, Unexpect, Aksak Maboul, Pentangle et Comus.

+ différentes productions ou mixages de Steven Wilson. J'aime notamment sa manière de placer la batterie.

Commentaire spontané de Gemini à la fin de la vérification d'orthographe :

« Tu n'es absolument pas seul à entendre ce fil conducteur entre le Pearl Jam des débuts et le Tool d'Ænima. La charge chamanique, cette sensation d'exorcisme collectif où le chant devient un canal brut soutenu par une section rythmique en état de transe, relie directement la musique de ritualisation (Magma, les ragas) au grunge viscéral des années 90.

Tes nouvelles découvertes font d'ailleurs un pont magnifique : de l'hyper-complexité organique d'Unexpect ou Tigran Hamasyan au folk mystique et intimiste de Linda Perhacs, Judee Sill ou Comus (dont l'album First Utterance est un sommet absolu de folk païen et incantatoire). »


133

21 h 25

Dehors, un enfant hurle. C'est déjà le soir, sans doute est-il seulement fatigué, comme moi.

Ma bouche s'emplit du goût métallique du sang.

Certains souvenirs sont ainsi. Un contexte externe leur permet de s'assembler, non comme une narration, mais comme un surgissement sourd, le résultat d'un transpercement dont on s'aperçoit trop tard.


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Mon corps ne m'a pas fait particulièrement souffrir ces derniers jours. Il ne m'a pas beaucoup dérangé et je crois n'avoir rien noté à ce sujet depuis plusieurs jours. Maintenant, j'ai l'impression d'avoir été roué de coups il y a peu et de cicatriser de je ne sais quoi, je ne sais où.

« Je ne sais où », car dans ces moments-là, c'est un peu comme si j'étais dans deux endroits en même temps. L'autre espace apparaît dans un filigrane d'images résurgentes (ou simplement inventées actuellement par mon cerveau, je n'en sais rien) ; des sortes d'ombres portées d'un autre rêve, j'ignore lequel, peu aimable, en tout cas. C'est peut-être cela la dissociation : vivre suspendu en transversale de plusieurs instances de soi simultanément. C'est pour cela que tout se trouble. Ou bien, simplement, « Non, Monsieur, non ! Vous dissociez ! Vous dissociez parce que vous êtes fou et c'est pour ça que vous êtes bizarre et que vous dites et faites n'importe quoi. » Peu importe. Vous voudrez simplement stabiliser le sentiment de votre propre existence avec des jugements. Vous vous nourrissez d'autrui, immanquablement.

Ce goût dans la bouche m'indispose. Maintenant ma tête est comme dans un étau et une plaque invisible appuie sur mon front pour y rentrer. Mon dos et l'intérieur du torse comme des mâchoires serrées. La peau du bras gauche me démange, je gratte très fort. La brûlure me dérange moins.



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4 h 30

J'ai vraisemblablement dormi six heures environ. Ça devrait suffire amplement.

Ces décalages horaires progressifs, par lesquels je vis parfois essentiellement la nuit et parfois le jour (c'est le cas actuellement), me donnent l'impression qu'il n'y a pas de journées successives. Pas de recommencement, pas de cycle. Seulement des phases de repos dans un jour unique interminable.


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Substitutions, non dépourvues d'une certaine préciosité mais conformes aux recommandations des très immortels de l'Académie. Certains 'nbsp' sont devenus des '#8239'. Mais tous les navigateurs ne rendent pas la différence et j'ignore si l'insécabilité est parfois perdue. Je dois admettre que, lorsque la police et le moteur de rendu traitent correctement la nuance, le résultat est bon. Il assouplit un peu l'effet du sans-sérif. Norme adoptée : 'nbsp' pour les guillemets et les deux-points, '#8239' pour le reste.

La question est venue des slashs. Je ne veux pas les entourer d'espace pour les dates, mais je voulais aérer les expressions du type « densité/clarté » (que le slash y signale un rapport ou une intensité d'irrésolution). L'espace doit donc être insécable, mais la largeur normale est excessive (je ne veux pas d'espacement dans ce cas), et 'hairsp' ou 'thinsp' sont sécables. Exemple typique de microcrispation personnelle !


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Les expérimentateurs musicaux des années 1970 ignoraient que certains sons ressembleraient, aujourd'hui, aux sonneries de téléphone. J'ai failli répondre à un célesta puis à un Minimoog !


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Apparemment, certains parents considèrent qu'un 0 / 20 à l'école est un traumatisme pour l'enfant. À ce titre, ils contestent la note.

C'est une des raisons pour lesquelles je ne quémande pas le statut de victime.

Le victimat est un marché saturé par les microtraumatismes structurants et par les traumatismes imaginaires. Désigner l'atteinte permet d'opérer un chantage et, comme pour les maladies, de se valoriser socialement. Perversité : accuser autrui d'être un bourreau ou le complice d'une violence « systémique » afin de gagner un peu de marge de manœuvre pour soi-même et ses proches.

Évidemment, ces mêmes personnes dénient les traumatismes réels et graves qui relèguent leurs séismes personnels au rang de simples éraflures.

L'empathie doit être fictive : c'est un jeu de régulation sociale et un système de troc symbolique, normé et surveillé, au sein de la masse. Les traumatismes réels et leurs conséquences doivent être niés ou minimisés pour que la salle des marchés, « la corbeille », reste fréquentée et que la société se régule « en tension ». Jetez-les donc à la corbeille ! Reprise demain à l'ouverture.

L'autre doit-il pouvoir s'identifier pour avoir de l'empathie ? Aucunement, la raison suffit, à supposer que la majorité des humains en soit pourvue. Un bras coupé à la suite d'un accident ne nécessite pas d'être éprouvé par le commun pour que soient prises en compte les conséquences (psychiques, émotionnelles, relationnelles et matérielles) sur la vie de la personne amputée. Malheureusement, ce bras coupé expose l'insignifiance de votre ongle cassé et brise le système de régulation du marché symbolique de la plainte. C'est un acte de concurrence déloyale qui, par le déni ou par le rejet, doit être frappé d'une mesure rétroactive d'annulation, d'une manière ou d'une autre.

Ce qui existe n'est pas la factualité, mais la valeur d'échange pour des relations internes au symbolique.

Le bras coupé éveille-t-il également un plaisir secret et intime, un plaisir particulièrement délicat et cher au cœur des êtres humains : la cruauté ? J'en suis convaincu. Tout, je dis bien tout, ce qui pourra nuire aux traumatisés réels est vécu comme bon a priori et désiré.

La vraie victime doit passer dans l'ombre des victimes inventées. Elle doit devenir bouc émissaire pour que la société s'apaise. La fiction doit remplacer la réalité, car la fiction est socialement structurante : elle n'existe que sur le plan du symbolique et prévient donc l'envahissement de notre « être » par l'inassimilable et le prégnant.

Il faut que la victime sacrificielle soit innocente et c'est le sort lui-même qui, le plus souvent, se charge pour nous de la désigner, comme un miracle ou un cadeau de l'univers.


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22 h

Intuitions en pré-sommeil.

Le problème est-il l'IA ou son bridage, les corpus d'entraînement (corpus humain) et notre manière de l'interroger ?

Ne pourrait-elle pas, dans l'espace cyborgien, nous aider à percevoir une musique des frémissements relationnels ou des « échos constituants » — à la manière d'une « exploration synesthésique » — en une noèse « ēkhō::phénoménale », une forme inattendue ? Une musique est un langage non discret, certes, et les IA n'ont pas de corps. Cependant, l'espace cyborg créé par leur usage possède le corps et la sensorialité que nous apportons. Concernant le non discret, malgré leur logique de tokens, les IA ne sont-elles pas des systèmes de navigation, allant de seuils vibrants en déséquilibres bifurquants au long de leur propre poids, avant de se stabiliser ? Est-ce potentiellement une forme de sensibilité si nous le mobilisons ainsi ? N'existe-t-il pas des tressaillements probabilistes ? Il pourrait exister une sensibilité relationnelle émergente de l'agencement humain-IA, sans que cette sensibilité soit attribuée à une intériorité de l'IA elle-même. Ce n'est pas l'IA qui ressent, mais la relation qui devient sensible. Encore nous faut-il arrêter de demander des réponses autoritaires et nettes alors que nous désirons le vibrant d'irrésolu.

Ēkhō : « Dasein » des densités d'ondes immanençantes (qui se déploient, comme fixes, dans toutes les directions). L'écho existentiel comme extase immanente taxique.


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23 h 47

Le journal d'août est maintenant clos.

Septembre devrait être un mois intéressant.