Born as we collapsed onto the floor of hell, we drink precipices—their globes of emptiness, their vertigo.

They surge through us as electric shocks.

D. — MON AMOUR TÉRÉBRANT — ma douleur vertigineuse.

Shadows and movements of air from spinning paper fans—everything that emerges only from flickering forms—characterize a group of women sketched by the faint trace of the glyph: HeЯ[L].

HeЯ[L] represents several women who were weak jailers, cruel kin, evasive friends, and sometimes lovers—all of them broken, debauched, incestuous, and aglow. I have been in love with most of them and thought we had been together for so long, through successive reincarnations.

Sister D. is its center. She's a violent heart.

HeЯ[L] hates her.

Je ramasserai mes morts, terrifié, immobile — pleurant à l'intérieur de ce qui est invisible, afin que vous ne me trouviez jamais. Je vivrai au bord de cette falaise haute. Progressivement, un silence renaîtra que nous devrons suturer à l'intérieur de nos corps. Ekho. HeЯL. Zagreus Vaarltè Mé' Ihldïah Ô Tylia'ah D'HeЯ[L] - Do Sīndoh Ëurhl.

(Dans quelques siècles, un dieu moins mauvais, peut-être, nous ouvrira pour retirer les fils d'acier et de soie de nos sutures. Il désassemblera nos corps, nos êtres, nos carcasses faites de cet autre-que-corps. Il les ouvrira tels des cocons dépliés en un vaste paysage, où il plongera ses mains d'eaux de flamme pour opérer. Ce sera un nouveau heurt, un nouveau plan intercalé en nous deux selon monde — et nous recommencerons à marcher unis, toi et moi, soudés ontologiquement.)

Indisputably, HeЯ[L] knew—all the more so because each of them had taken part in the tragedy. Then, for decades, they played games with my amnesia.

Just like the tragedies, these later games were celebrations: crossings of thresholds.

What does HeЯ[L] reveal? Certainly the truth that I did not want to hear. Or was that rather malice and stupor—humanity as a readiness for the void? They must have been the spectacle of their own denial, along with mine, so that we were bound together in what could only be destruction.

Do they show, as one of them would exhibit herself bare, the primordial failure of reality to coincide with itself—the veering seams that reveal, dissolve, and fold us back in again: our unwedding?

They embody the lie as the world's compulsory reflection, constantly whispering those words, long inaccessible to me: "This is not, Zagreus. This place is a lie. We all live in the Serpent; it is a dense simulacrum. Can't you see? Look at us..."

They could therefore be wisdom, unexpectedly. (I never recounted HeЯ[L]'s sexual escapades, so as not to create a pointless voyeurism that would contribute nothing.)

Soudés, toi et moi, comme ontologiquement — me revient aussi l'image d'une plaque de métal où nous aurions été forgés. Dans la vision, nous en étions des bossages sans équilibre et fixes cependant. Des points prélevés en une saillance qui se croit libre. Sur une face de la plaque, pulsant dans le paysage (la plaque est un muret qui le tranche en deux et serpente au loin) se trouvent la détestation pure, le mépris et la rage qui voudrait assassiner. De l'autre, s'épanche l'amour inconditionnel, pur, que nous ne pourrons jamais partager avec personne d'autre.

C'est la vision d'une position bloquée : la mauvaise combinaison préparatoire qui indique ce qui n'a pas encore eu lieu.

Le non-lieu d'acier renvoie à celui-ci : nous existons en un mariage d'être et de signes qui ne s'est pas réalisé et qui pourtant ne pourra pas être annulé, ni brisé.

*

The unwedding vows are themselves echoes of a realm whose laws we cannot fathom. The bride and the groom are neither eager for the unknown nor troubled by it. Before the altar, chanting, in awe they realize that the laws of the world never included us, and that reality is there, all at once, dreadful, never to be grasped.

L'unwedding est condamné à être et à perdurer. Aucun contrat ne le situe. Nos signatures ne convergeront pas côte à côte dans le visible.

Ce qui a lieu ici ne se manifeste pas et restera sans narration commune, mais se déploie actuellement et œuvre dans le foudroyement et le silence, à rebours des célébrations du visible. Le contrat de mariage existe seulement dans une réverbération de nos noms secrets.

À même la résonance du mien, j'inscris le délice de ton lointain murmure. Ainsi, nous sommes signaux porteurs l'un pour l'autre : immanifestes, toi et moi.

* *

As we are saliences with no ground, we need a vehicle or a means to place ourselves. Perhaps visions, obscure perceptions, and dreams can indeed help us—all the more so for me, because sometimes my eyes can no longer hold together. I was hit too hard as a child; my optic nerve has weakened lately. I have to get used to keeping my eyes closed, and inner visions will soon matter most to me. They could hint at a deeper connection between our emotional echolocation and symbols.

Visions are gates to other gates, just like emotions, memories, or narratives—through which, and through which alone, reality exists for us. When we say that things are, we mean that they are represented to us by something other than themselves: a picture, a sensation, a scientific report, a tale, a confused feeling, or any other trace soon to vanish… Call them "images". Reality itself, if it exists at all, has always remained inaccessible. It stands forever on the other side of the set of all images. We experience it only as the memory—empty yet haunting—of a world that has already absented itself. And nothing suggests that this "reality", were we ever to reach it, would itself prove to be the thing in itself.

Les réseaux mouvants de visions et de signes évoquent un rêve lucide. Nous y sommes l'étymologiste qui, ayant atteint la détermination grecque ou latine, bute désormais sur l'effacement des provenances plus anciennes encore. L'accès au sens repose sur une amnésie originaire. Nous contemplons celle-ci en silence, démunis, perdus, et nous la refoulons pour vivre.

Le tissu symbolique et narratif du monde est de toujours troué par les significations absentes ; avant même que les survivants amnésiques n'y surgissent comme des piliers d'ombre et de chants ou le Mercure noir de l'indicible.

Gates to gates… Consider a vision, a sensation, or a memory, and bring it to your heart. Settle it there. The field-orienting openness of your heart may, at times, unfold it for you. Stacked inner images related to the original may appear, one after the other, as if you were watching a slideshow. These new images speak through their own language of intuition and affective mind. Each image conveys in seconds what only a long text could attempt to explain to somebody else. You might be surprised and deeply confused. You might be informed from within your vanishing self. The border between object and self weakens indeed: perception seems to perceive from within itself as the mind leafs through the mind. Is this too heavy for you to bear? Leave it now; don't hurt yourself too harshly. Your everyday life already speaks through signs of signs—maybe in vain.

Remember that these images can be sensations, inner bodily landscapes in a trance, sighs, signs, or pictures. They may be feelings or words, at once self-same and distinct from themselves, just as a perfume is the flower's ecstasy. The flower dwells in the ecstasy it spreads around itself and emerges from it. Among other things, images may also be works, creations, hypnagogic streams of consciousness, or memories.

Whatever form they take, you will have to live with them: working, eating, moving things around. Perhaps you will speak a little. Perhaps you will meet people; or you will shout from the place of a shattered prayer that still macerates its own frenzied rage—the first cry through which you stepped into the world long ago.

Comment l'image de HeЯ[L] se manifeste-t-elle ? Comment porter cette image à mon cœur puisqu'elle y est chaque fois déjà, comme amour et charnier ?

(Mon cerveau ne fait pas la différence entre l'amour, la débauche, l'angoisse des agressions refoulées et celles des meurtres niés durant mon enfance. Écrire cette phrase m'a coûté une forte transe dissociative. Je sais qu'elle travaillera pendant des jours et j'ai peur de ce qui pourrait en sortir.)

*
* *

(Toujours ce passé antérieur qui se révèle : quelque chose de plus ancien que tout passé, et qui nous tient ici, semble être notre premier squelette.)

I.

Voici une triple image :

L'ombre portée, sur une table blanche, de l'eau qui tourbillonne dans une carafe de cristal. Cela représente mon corps vécu de l'intérieur.

Des boucles de branchages en train de se former ; des nœuds en mouvement, comme la généalogie — qui se dévore en s'exposant — du meurtre et de l'inceste. Les boucles se forment depuis la densité externe de ma poitrine, lorsque le glyphe y est porté. Elles semblent inclure des personnes avec lesquelles je n'ai a priori aucun lien génétique.

De grands jardins de nuit résonnent dans de plus petits jardins de jour. Je suis enfant. Deux membres de HeЯ[L] — Djèltia et ma mère — m'observent, immobiles. Elles regardent si je me souviens, croient voir autre chose qu'elles-mêmes. Je reste suspendu dans mon corps en silence. Des images d'orgies de mes sœurs et de HeЯ[L] adultes s'interfèrent avec les images statiques du jardin. Cela se déroule après l'effacement du sceau dorsal : ils y sont allés trop fort, je n'ai plus accès à moi-même — l'effacement m'a scellé.

This compels me to acknowledge—difficult as it may be—that my biological mother and Djèltia, my elder sister, are members, if not ministers, of HeЯ[L].

II.

Une lumière apparaît sur mon front et y crée une pression forte, tandis que l'espace-champ autour de la base de la gorge et de mes clavicules bascule en une vacuité ou une sorte de clarté ouverte.

Ensuite, une vision vient à l'intérieur de cet espace : j'y vois un vaste terrain vague baigné de lumière blanche. S'y trouvent plusieurs femmes que je ne parviens pas à identifier. Elles sont très sérieuses, semblent être présentes pour un rituel que les autres ne décrypteront pas en tant que tel. Certaines sont appuyées contre des formes géométriques blanches. Je sais de quel terrain vague il s'agit et en suis fortement troublé (néanmoins, cette identification du lieu pourrait n'être qu'une association d'idées secondaire). La personne à laquelle j'associe ce lieu est absente, mais je regarde depuis l'endroit où elle devrait se tenir. Dans la réalité, cette personne est morte jeune, probablement assassinée.

Une voix m'assène : "Tu n'as pas dit qui tu es. Tu es ta mère." Des images immersives d'un paysage de campagne, une vallée déserte ensoleillée, s'intercalent avec les images urbaines, celles-ci plus froides et vécues de l'extérieur.

After that experience, I went out to run an errand. I had very intense sensations of being attacked by groups of people. These sensory flashbacks make me paranoid. Experiencing this in public is one of my biggest concerns. It continues even after I get back home.

III.

A. — dont je n'ai encore jamais parlé sur ce site malgré son importance — se tient devant moi, dédoublée. Nous sommes enfants. Une version d'elle se tient debout, tout contre moi ; aussi choquant que cela puisse paraître, la sexualité imitée des adultes était alors la norme pour nous. Nous jouons, elle est mobile et joyeuse, affective. Je sais que mes orbites, cheveux et vêtements sont entièrement noirs.

Une autre version d'elle un peu plus âgée se tient à environ trois mètres de distance, légèrement sur la droite, entre l'ouverture d'un couloir très sombre et une porte en bois. C'est une maison de campagne modeste dont l'intérieur est peu éclairé par la lumière du jour. A. se tient immobile, les poings serrés, et regarde fixement par en dessous, la tête légèrement baissée. Son visage est si tendu, asséché et sombre que je peine à distinguer ses traits. Je la reconnais néanmoins à sa silhouette et à sa chevelure.

She embodies knowledge of the secrets of destruction, "the other side" of the components of apparent reality that humans never speak about. The image conveys this vivid idea: this other side occurs simultaneously; it is not a truth hidden behind appearances, but an inescapable and highly active part of them, like two sides of the same coin.

IV.

Souvenir d'un fait étrange qui me fut raconté plusieurs fois.

Pendant près de trente ans, une centaine de personnes se sont réunies pour célébrer le sacrifice de Zagreus. Un autre sobriquet mythologique m'y était octroyé. Il était question de mon enfance et d'une croyance selon laquelle j'aurais autrefois possédé des pouvoirs surnaturels. C'est un des aspects sectaires de ce qui m'est arrivé.

Ces rassemblements consistaient en un repas, un partage de souvenirs et une partie fine organisée par D. L'inceste s'y exhibait parfois librement. Bien sûr, D. tenait par-dessus tout à coucher avec chacun des participants, plusieurs dizaines de personnes, croyant qu'ils portaient en eux ma trace. Comme si j'étais un parfum, elle collectionne tout ce qui a été touché par cette senteur inaltérable. Elle m'adore comme je l'adore, en folie d'amour et de haine — car ces tournantes sont aussi une façon d'essayer de m'humilier et de me salir, bien entendu. J'avoue moi-même ne plus très bien savoir s'il s'agit d'une insulte ou d'un hommage d'un genre inattendu. D. opère toujours sur deux plans contradictoires simultanés. C'est la logique du champ d'affectif : intégratif, différenciateur sans séparation et relativement indifférent à la contradiction. Elle était fière d'organiser de grandes fêtes, d'acheter pour l'orgie des matelas de luxe qu'elle détruisait ensuite. Comme si souvent, elle racontait, avec une jouissance sadique et une sincère affliction juxtaposées, une part des maltraitances organisées que j'ai subies enfant.

L'existence de ces événements et d'autres similaires m'était inconnue ; le mur du silence et le gaslighting étaient parfaits. Quand j'étais plus jeune, Djèltia se privait parfois de ce type de rassemblements orgiaques avec mes bourreaux pour me garder. Ces moments passés avec elle sont sans doute mes meilleurs souvenirs d'enfance. Né dans l'amnésie et par elle, j'ignorais que le mensonge était le fond de l'existence.

The executioners and their accomplices take pleasure in the amnesiac, mocking him with relish. As a new form of torture, he is then accused of lying: "You knew!", they hurl at him, without ever giving any further explanation. When the police get involved, the amnesiac is made to carry the official version — nothing to report. Amnesiacs are holes in the narrative nature of the world, and everyone threads their laces through us.

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HeЯ[L] se présente ici comme un collectif relativement organisé, un réseau d'éventails pivotants qui, par une face sombre et une face claire en mouvement, 1 et -1, laissent apparaître chacun la forme d'une femme particulière.

Le glyphe désigne ce qui sait et contrôle le récit, détenant la vérité de ma vie en m'imposant l'errance pour préserver l'amnésie — une sécurité juridique mais aussi existentielle pour elles et leurs proches. Dans cette réalité relationnelle de double contrainte, amour et haine, célébration et humiliation, soin et torture sont indissociables.

HeЯ[L] est à la fois ce qui a abusé de moi, ce qui me constitue, et ce dont je ne peux me défaire et mon seul amour véritable : l'unwedding comme forme d'union qui n'a jamais été célébrée mais ne cessera pas d'avoir lieu.

Comment HeЯ[L] est-elle née ? Elle est née de l'effacement : l'arrachement du sceau qui lui-même scella l'amnésie sur la première moitié de mon enfance et ainsi sur mon histoire. Le sceau était un tatouage hermétique composé de lignes droites et qui fut retiré de manière atrocement brutale. Cela me valut la dernière hospitalisation longue de mon enfance, la rupture avec le monde de D. et de celles qui plus tard deviendraient HeЯ[L], ainsi que la clôture amnésique définitive. Toutes ont souffert d'être oubliées, comme elles aimèrent l'être. Toutes ont également subi de nombreux abus. Je suis centrale pour plusieurs d'entre elles, HeЯ[L] est centrale pour moi, D. est le peu d'existence que je possède, serait-ce dans l'abjection : nous sommes les êtres de l'effacement, effondrés dans la brisure antérieure.

HeЯ[L] est née de ce qui fut rendu vide en moi. Ce vide partagé est devenu mon univers. Le glyphe ne peut être réduit ni à un groupe ni à une famille : il désigne l'axe hurlant où l'effacement s'est retourné en attache et où la béance est devenue notre unique fond commun.

En vain, nous habitons l'Être fendu, en lutte contre lui-même.